• Interview François Hollande : vision des relations franco-africaines

    Journal Le Messager 3 mai Togo

    Dimanche prochain à 20h, les Français auront reconduit leur chef de l’Etat actuel, Nicolas Sarkozy, dans ses fonctions pour cinq nouvelles années, ou se seront donné un nouveau président en la personne de François Hollande, ancien premier secrétaire du parti socialiste français.

    Dans la seconde hypothèse, l’Afrique entière se demande ce que le nouveau président apportera de nouveau dans le regard français sur l’Afrique.

    Au cours des années 80 marquées par les gouvernements de gauche ou de cohabitation gauche-droite sous François Mitterrand, la France est apparue un moment comme le recours des peuples et opposants politiques africains contre les régimes dictatoriaux, notamment dans les pays francophones. Le fameux « discours de la Baule » de Mitterrand sur la démocratie, servant de référence majeure aux luttes pour la démocratie, avait miroité aux yeux des Africains la fin éminente ou progressive de la nébuleuse « Françafrique », cadre normatif de la néo colonisation pratiquée par les dirigeants africains mandataires des intérêts français. Au point que chaque peuple dont le vote était volé ou détourné par le régime en place, souhaitait que la France intervienne de manière ou d’autres, pour faciliter l’alternance au pouvoir. Mais, le proverbe « chassez le naturel et il revient au galop » est bien connu. De sorte que François Mitterrand lui-même n’a réussi qu’à donner des habits neufs à la Françafrique…

     La désillusion ne pouvait aller sans conséquence psychologique ravageuse sur la perception de la France, par une jeunesse africaine montante et désormais mieux avertie au plan politique. Les peuples africains se sont sentis abandonnés par la France dite « des libertés »,qui a choisi, à leur détriment, de soutenir les dictatures favorables à ses intérêts géostratégiques.

    Les réactions majoritairement violentes de la jeunesse africaine contre l’intervention de la France en Côte d’Ivoire et en Libye, fût-ce sur la demande du Conseil de sécurité, ont bien montré, non pas que Gbagbo ou Kadhafi avait raison contre leur peuple, mais que l’Afrique a désormais mal à la France. Ce mal doit être diagnostiqué et soigné avant qu’il ne soit trop tard.

    Le Messager ne croit pas que reconduit à la tête de la France, Nicolas Sarkozy pour qui « l’Afrique n’est pas entrée dans l’Histoire » alors qu’en réalité elle a fait une partie de l’Histoire de France, serait le médecin idoine. Mais, à l’écoute du peuple camerounais, il s’est demandé si François Hollande qui a si peu parlé de l’Afrique durant sa campagne électorale, devenant le nouveau président de la France, pourrait réussir ce chantier où François Mitterrand s’est cassé les dents.

    Et François Hollande a bien voulu répondre à quelques questions des Africains que votre Quotidien lui a adressées à travers une correspondance particulière du confrère français Christophe Courtin.

    Le futur nouveau président de la France, si les Français en décident ainsi dimanche prochain, nous promet que « le regard français sur l’Afrique doit changer » ; qu’il renforcera entre son pays et l’Afrique, « les liens de société à société » et non seulement d’Etat à Etats ; qu’il s’efforcera d’atteindre le taux de 0,7% du PNB français que ses prédécesseurs ont promis depuis 10 ans en matière d’Aide au développement ; qu’il rompra « définitivement avec les dérives de la Françafrique », etc. C’est tout cela et d’autres choses que vous trouverez dans l’interview ci-après, et qui vous permettront peut-être de juger le maçon au pied du mur d’une coopération rénovée. Certes, les promesses politiques engagent toujours davantage ceux qui y croient que ceux qui les tiennent. Mais, ne vaut-il pas toujours mieux de les écouter ?

    Jean Baptiste SIPA

     

     

    François Hollande

     

    « Le regard français sur l'Afrique doit changer »

     

    Merci Monsieur Hollande d’avoir bien voulu répondre à  notre demande d’interview et, par notre intermédiaire, de vous adresser directement à nos lecteurs au Cameroun et plus généralement aux citoyens africains francophones. Vous souhaitez incarner une présidence « normale » en opposition probablement avec votre principal concurrent. Qu’est-ce un président de la République française « normal » dans ses relations avec l’Afrique sub-saharienne ?

    Le regard français sur l'Afrique doit changer. La confiance et l'amitié qui nous lient aux pays de la rive Sud de la Méditerranée et de l'Afrique subsaharienne est une grande chance pour la France. Mais je veux changer le regard français sur l'Afrique et rompre avec l'arrogance, le paternalisme, les collusions douteuses ou les intermédiaires de l’ombre qui ont terni la relation entre la France et l’Afrique. Je veux aussi tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés. Dans mon esprit, l'essentiel n'est pas seulement de rénover les modalités du partenariat d’Etat à Etat mais, bien davantage, de renforcer les liens "de société à société". Les acteurs de la société civile auront un rôle essentiel à jouer dans cette nouvelle étape de la relation franco-africaine.

     Dans une interview récente sur Afrik.com, à propos de votre faible visibilité supposée sur les questions africaines, vous répondiez qu’en tant que premier secrétaire du parti et comme candidat, vous avez « toujours été engagé aux côtés de ceux qui se battent pour l’instauration de la démocratie et la défense des droits humains sur le continent » et que vous continuerez à le faire demain. Pouvez-vous citer des exemples précis ?

     Je vous renvoie par exemple à mes prises de positions sur la crise ivoirienne lorsque j'étais le premier secrétaire du Parti socialiste : je n’ai pas hésité à rompre avec certains de mes amis lorsque j’ai estimé qu’ils ne respectaient plus les normes démocratiques. Le PS a également soutenu le combat démocratique de Mahamadou Issoufou, lorsqu’il n’était pas encore président de la République du Niger, mais luttait pour que la Constitution du Niger soit respectée. Je l’ai félicité, lors de notre récent entretien, du succès qui a finalement été le sien. Plus récemment, j’ai exprimé mes doutes sur la validité de la candidature du président sénégalais Abdoulaye Wade. On ne peut que se réjouir de la victoire légitime de Macky Sall, avec lequel je me suis également entretenu avant sa venue à Paris. Le président de la République française a un devoir d’exemplarité : je m’y suis toujours tenu.

     La jeunesse tient une grande place dans votre programme. Vous vous êtes déclaré contre la dernière circulaire restrictive sur les étudiants étrangers en France et vous estimez que l’accueil de ces étudiants contribue au rayonnement de la France. Dont acte. Cependant, au quotidien dans les consulats en Afrique, la réalité est souvent vécue comme arbitraire et vexatoire par les demandeurs de visa. Les interprétations restrictives d’une réglementation déjà dure sont permanentes. Pour un étudiant, un chercheur, un entrepreneur ou un artiste camerounais, l’obtention du visa est une épreuve qui humilie et qui détériore l’image de la France. Il y a un manque de moyens humains criard dans vos consulats, et les agents sont apparemment mal formés. Que comptez-vous faire ?

    Les services de visas à l’étranger sont des services publics qui doivent être irréprochables. Les agents consulaires ne sont pas en cause, même s'il est possible qu'il existe des dysfonctionnements çà et là. Ils exercent un métier extrêmement difficile et ne font qu'appliquer les instructions qui leur sont données par le gouvernement. La droite a, depuis dix ans comme vous le soulignez, considérablement complexifié les conditions d'octroi des visas. Elle a d'ailleurs totalement échoué à atteindre les objectifs de réduction des flux d'immigration qu'elle s'était elle-même fixés. Dans ce domaine comme dans les autres, mon action sera guidée par un souci de justice et de clarté. Les critères seront connus. Les décisions de refus seront mieux motivées. J'ai également proposé que, s'agissant de l'immigration économique, le Parlement français définisse chaque année les conditions de délivrance des visas et un objectif quantitatif. De cette façon, les choses seront totalement transparentes.

     Sur la jeunesse encore. Les nombreux jeunes qui quittent Douala, Yaoundé, Bafoussam, pour franchir le désert, tenter de traverser la méditerranée et venir en Europe, ne sont pas des pauvres hères en guenilles. Ce sont des jeunes, formés, instruits. Ils ont un projet de vie qu’ils ne peuvent réaliser chez eux au Cameroun. Parvenus en Europe, ils sont refoulés comme des chiens ; beaucoup y laissent leur vie. Frontex, le dispositif européen de refoulement des migrants, sous-traité aux pays du Maghreb, sonne comme le nom d’un préservatif. On observe en Europe la pénalisation des migrants. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Que comptez-vous faire pour contribuer à l’arrêt de ce drame humain ?

     La France et l'Europe traversent une crise considérable, avec un taux de chômage et une situation sociale très préoccupants. Chacun comprendra que l'accueil des étrangers en Europe doit s'y faire dans le respect des règles. La France restera engagée, au côté de ses partenaires européens, pour lutter avec fermeté contre les filières organisées d'immigration irrégulière. C'est le corollaire indispensable d'une politique plus juste et sécurisante pour les demandeurs de visas et l'exercice du droit d'asile.

    En Afrique, au Cameroun notamment, il existe un potentiel de développement considérable. Il est dramatique que, malgré la richesse potentielle du continent et la croissance économique robuste qu'il connaît, les jeunes africains les mieux formés ne trouvent pas d'emploi dans leurs pays. Le développement économique constituera une priorité centrale de l'effort de coopération de la France, notamment pour encourager l'initiative privée, qui se heurte trop souvent au mauvais fonctionnement des infrastructures publiques et à la corruption.

     La coopération française de proximité a disparu des écrans radars des Ong et associations africaines. L’aide publique au développement (Apd) française transite via le multilatéral et l’Agence Française de Développement (Afd) dont l’ancien directeur appartient à vos équipes. Depuis la réforme de la coopération française mise en œuvre sous Jospin (1997-2002), les associations de terrain ont le sentiment que la France, dont nous partageons la langue et une grande proximité intellectuelle, s’éloigne de l’Afrique des citoyens. Changerez-vous cette évolution dénoncée d’ailleurs par les associations de solidarité internationale en France regroupées au sein du Crid ? Augmenterez-vous l’Apd ?

    La France a, depuis une dizaine d'année, négligé sa politique de coopération bilatérale. Si les français m'en donnent mandat, mon gouvernement engagera  un processus de large consultation, pour préparer un projet de loi d'orientation et de programmation sur la coopération internationale, qui sera soumis au Parlement. Je souhaite notamment que la France relève le défi de porter à 0,7% du revenu national brut son aide publique au développement. Les gouvernements successifs ont beaucoup trop tergiversé : nous en sommes encore loin et reculons même de ce point de vue, comme l’ont démontré les dernières statistiques de l’Ocde. Nous définirons, ce qui n'a encore jamais été fait, une trajectoire ambitieuse mais réaliste pour y parvenir. J'ai également annoncé que je souhaite accentuer le rôle des organisations de la société civile dans notre coopération. C'est pourquoi j'ai proposé de doubler la part de notre aide qui transite par les Ong.

     Vous souhaitez remettre l’Europe dans une perspective de croissance et vous proposez de revoir le récent pacte de stabilité tel qu’il est en cours de ratification dans plusieurs pays européens. Allez-vous proposer à vos collègues européens de revoir les accords de partenariat économique avec les pays africains et contre lesquels les organisations de solidarité internationale en France se sont mobilisées ?

    Les Accords de Partenariat Economique ne fonctionnent toujours pas. Les négociations sont au point mort, certains pays qui ont signé des accords intérimaires souhaitent les renégocier. Il faudra sans doute envisager un changement radical de méthode.

     Vous avez déclaré que vous alliez faire disparaître les « officines » de la Françafrique. Comment vous y prendrez-vous ? Est-ce possible sans s’attaquer aux paradis fiscaux, aux marchés publics truqués en Afrique, aux connivences politiques, à la faillite des administrations publiques africaines ? Aurez-vous une cellule africaine à l’Elysée ? Arriverez-vous, à faire disparaître le mot Françafrique et ses pratiques ?

    J’ai annoncé que je voulais définitivement rompre avec les dérives de la Françafrique. Il ne s'agit pas seulement de faire disparaître la cellule africaine de l'Élysée, nous le ferons, mais d'ériger la transparence en principe cardinal de toute notre diplomatie africaine. Je veillerai tout particulièrement à ce que l'action des acteurs publics soit  irréprochable en la matière. La justice française fera son travail sans entrave sur les affaires dont elle sera saisie. Je souhaite que cet effort de transparence concerne également les grandes entreprises privées, comme le recommande l'initiative « publiez ce que vous payez ». Vous le voyez, nous ferons notre part du chemin. Mais des efforts décisifs en matière de transparence et de bonne gouvernance doivent également être faits par les pays africains eux-mêmes. Ces réformes indispensables ne viendront pas de l'extérieur.

     La diaspora malienne est importante en France. Des grandes villes (Lille, Montreuil, Anger) ont des coopérations décentralisées anciennes et actives au Mali. La démocratie malienne était citée en exemple par les partenaires au développement. Le pays est sous perfusion financière des bailleurs depuis des années. La société civile malienne semble, sinon soutenir, au moins partager beaucoup d’arguments émis par les putschistes qui viennent d’y remettre les institutions en cause. Au-delà de l’effet direct Libyen et djihadiste sur les évènements, comment analysez-vous l’implosion si soudaine de ce pays modèle ?

    Le Mali traverse une crise sérieuse. Elle résulte notamment de l'installation au Sahara d'un véritable sanctuaire pour le mouvement terrorisme international. Aqmi et ses démembrements y prospèrent notamment grâce à toutes sortes de trafics qui traversent cette immensité désertique. Manifestement, les conséquences à long terme de l’intervention en Libye n’ont pas été toutes bien appréhendées. J'ai cependant confiance dans la mobilisation de la Cedeao dont nous coopérons activement avec les pays membres dans la communauté internationale, pour s'attaquer à cette question. J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer ma condamnation du putsch, tout comme des déclarations unilatérales d’indépendance du Mnla. L’ordre constitutionnel doit être rétabli pleinement et sans délai, et l’intégrité du territoire garantie dans ce pays.

     Une bonne nouvelle est arrivée du Sénégal voisin. Elle montre que la transition à la tête de l’Etat par des élections est encore possible en Afrique francophone. Pourtant la tentation dynastique, les tripatouillages constitutionnels qui font le quotidien de nos Etats africains, étaient bien présents. Qu’est ce qui a fait renoncer Abdoulaye Wade au coup de force selon vous ?

    L'élection au Sénégal est venue montrer aux sceptiques et aux pessimistes que la démocratie s'enracine en Afrique, que des élections à fort enjeu peuvent s'y dérouler dans des conditions exemplaires. Ce résultat a été permis grâce à la vigilance du peuple sénégalais et à la transparence des procédures de votes. Je souhaite au peuple sénégalais que les élections législatives prévues dans quelques semaines soient marquées par le même esprit. Je forme également le vœu que cette démonstration de démocratie soit entendue sur tout le continent et même au delà.

     Il y a un peu plus d’une année, la France intervenait militairement en Côte d’Ivoire et en Libye, en même temps. Une bonne partie de la société civile et des intellectuels camerounais, à tort ou à raison, y voyaient une résurgence de l’arrogance et de l’esprit colonial français. Au Cameroun, la rue africaine était pro Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?

    Dans les deux cas, la France est intervenue dans le cadre d'un mandat défini par le conseil de sécurité des Nations-Unies, pour protéger les populations civiles, ainsi que les ressortissants français, dans le cadre de la Côte d'Ivoire. Je suis favorable à ce que les Nations-Unis fassent prévaloir, chaque fois que cela est possible et nécessaire, le principe de "responsabilité de protéger". Ce principe doit toutefois être appliqué avec discernement, l'ingérence n'étant pas toujours le meilleur chemin de la stabilisation, pensons à l'Irak par exemple. Sur le fond du dossier ivoirien, je rappelle que l’ensemble des partis ivoiriens s’étaient mis d’accord, à Pretoria en 2005, pour que l’Onu accompagne le processus électoral puis, en 2007, en certifie les résultats. Les Nations unies ont rempli cette mission, au premier tour, sans que personne y trouve à redire. Je regrette que les résultats certifiés par les Nations Unies au second tour n’aient pas été acceptés par Laurent Gbagbo. Le respect du vote est un principe fondamental, sans lequel il ne peut y avoir de démocratie. Je sais que le travail des Nations Unies a été contesté, mais pour ma part je reste convaincu de l’utilité et de la légitimité de cette organisation essentielle.

     Une élection présidentielle s’est déroulée au Cameroun en septembre 2011. Deux dispositifs de suivi du scrutin portés par les acteurs de la société civile (Transparency international sur financement de l’Ue, et Un Monde Avenir pilotant un ensemble d’Osc sur financement de l’Onu), ont clairement documenté que le scrutin était entaché de telles irrégularités qu’il ne pouvait asseoir la légitimité du vainqueur. Après une courte prise de distance diplomatique, les chancelleries, notamment la France et l’UE, ont vite tourné la page. La nouvelle aristocratie politico-administrative du système Biya peut continuer tranquillement le pillage des ressources du pays (forêts, mines, productions agricoles) et étrangler le processus démocratique. Les intérêts français sont puissants au Cameroun (Bouygues, France Télécom, Bolloré, Pmu). La diplomatie de votre pays semble très indulgente pour le régime. Pourquoi ?

    Il y a effectivement encore des progrès importants à réaliser pour améliorer la gouvernance démocratique au Cameroun, comme dans d’autres pays. Mais ce n'est pas à la France de porter, seule, un jugement unilatéral sur tel ou tel processus électoral. C'est, comme je l’évoquais plus haut, le rôle des institutions régionales, de l'Union africaine et des Nations-Unies.

    J'ai la conviction que le décollage de l'Afrique ne pourra pas faire l'impasse sur une amélioration de sa gouvernance. La France apportera tout son concours aux pays désireux de progresser dans ce domaine. Nous apporterons également, dans tous les pays où notre coopération sera présente, un appui plus important qu'il ne l'est actuellement à la société civile, et nous serons attentifs à la liberté d'expression de toutes les sensibilités.

     Un dernier mot, un bon mot. Vous les aimez, dit-on : la Corrèze ou le Zambèze ?

     Les deux! Nos destins sont tellement liés. L'Afrique a besoin que l'Europe se redresse, sorte de cette crise économique qui tient l'économie mondiale au bord du gouffre : nous somme vos premiers clients. Mais la France a également besoin de l'Afrique, de son inventivité, de sa croissance. L'Afrique est un marché important pour nos entreprises. Je souhaite construire, avec les pays africains, notamment francophones, un partenariat plus fort, rénové et équilibré. C'est notre intérêt mutuel.

     Nous vous remercions, Monsieur Hollande, pour votre disponibilité, et vous souhaitons bon vent.

    Propos recueillis pour Le Messager par Christophe Courtin

    (Ndlr : les passages soulignés le sont de la Rédaction).


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  • La victoire des socialistes comme amorce du changement pour les Français de l'étranger

     

                La victoire de la gauche et des socialistes aux élections sénatoriales françaises représente un vent d'espoir pour tout les français qui, en France et dans le monde, revendiquent le changement.

     

                Désormais la date du 25 septembre 2011 restera gravée dans les mémoires comme celle qui a mis fin à « l'anomalie démocratique » que représentait la chambre haute du Parlement dans l'édifice institutionnel de la Cinquième République. A l'issue du renouvellement de la moitié de ses 348 sièges, la gauche détient désormais plus de 175 sénateurs de gauche – dont 122 socialistes – ce qui marque la conquête du dernier bastion détenu par la droite dans une constitution qui, à sa promulgation en 1958, était taillée pour elle. Trente ans après la victoire du socialiste François Mitterrand à la présidence de la République et le début de la « reconquête » par la gauche des plus hautes fonctions de l'Etat, c'est un vent d'espoir que symbolise aujourd'hui l'alternance au Sénat. Et à l'étranger, c'est cette même possibilité de changement, qui apparaît.

                En effet, le renouvellement de la moitié des douze sièges représentants les français établis hors de France a permis l'élection de deux nouveaux sénateurs socialistes, précédemment élus à l'Assemblée des Français de l'Etranger : Hélène Conway, née en Algérie et élue d'Irlande, et Jean-Yves Leconte, élu de Pologne, soit un de plus que lors de la dernière législature. Dans le contexte d'un regain d'intérêt des français pour les primaires socialistes d'octobre prochain – le débat réunissant les six candidats diffusé le 15 septembre dernier par France 2 a attiré près de 4,5 millions de téléspectateurs – la force de cette victoire, c'est de démontrer que la gauche, même lorsque, comme souvent à l'étranger, ce n'est pas sa terre d'élection, peut gagner.

                C'est ce message qu'entendent vous faire partager les membres de la section du Parti Socialiste français à Madagascar et les deux candidats Jean-Daniel Chaoui et Rita Maalouf aux prochaines élections législatives dans votre circonscription. Un message qui veut que demain, une autre politique soit possible.

     

    Jean-Daniel Chaoui

    Candidat élection législative 10ème circonscription des Français de l’Etranger

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     Le Monde.fr        29/09/2011

    Edouard Courtial nommé secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger

     Edouard Courtial, actuellement responsable national des fédérations UMP a été nommé secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger, mercredi 28 septembre, en remplacement de David Douillet, nommé ministre des sports, poste laissé vacant par Chantal Jouanno qui a démissionné après avoir été élue sénatrice de Paris.

    M. Courtial, âgé de 38 ans, est notamment connu pour faire partie de la "cellule riposte" de Brice Hortefeux, un groupe d'une douzaine de responsables du parti chargé de valoriser le bilan de Nicolas Sarkozy et de répliquer à la gauche.

    Ce groupe s'était rassemblé pour la première fois le 21 septembre et réunissait également les députés Hervé Novelli, Éric Ciotti et Axel Poniatowski, l'ancien ministre Alain Carignon et le sénateur Roger Karoutchi.

    M. Courtial est maire d'Agnetz et était jusqu'à lors député de la 7e circonscription de l'Oise depuis 2002, ce qui faisait de lui le benjamin de l'Assemblée nationale. Son blog indique qu'il est marié et père de deux enfants.


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  •  Une victoire historique

     Ce dimanche 25 septembre 2012 restera dans l’histoire politique française comme un jour particulier, qui voit pour la première fois de la Vème République la gauche conquérir la majorité du Sénat. Le résultat de ce scrutin est une véritable déroute pour Nicolas Sarkozy et pour la droite, qui paient au prix fort la mise à sac du service public dans les territoires, les transferts de responsabilités sans ressources financières, le gel des dotations de l’Etat et la suppression de la taxe professionnelle. La gauche a gagné car elle a su se rassembler et convaincre les grands électeurs qu’elle offre pour l’avenir les garanties d’une puissance publique juste et solidaire.

    Ce jour est particulier aussi pour nous, socialistes français à l’étranger. Hélène Conway et Jean-Yves Leconte ont été brillamment élus et il n’aura manqué que 6 voix pour que Kalliopi Ango-Ela les accompagne au Sénat. En gagnant un siège de plus, nous avons contribué à cette alternance politique dans une assemblée que l’on croyait, il y a peu encore, ancrée à droite ad vitam eternam en raison d’un mode de scrutin inique et d’une carte électorale désuète.

    Ce soir, un élément fondateur de la victoire de 2012 a été posé. Nicolas Sarkozy ne pourra plus recourir à la loi organique pour déconstruire la décentralisation. Et le futur Président du Sénat nommera au Conseil Constitutionnel un membre ouvert, indépendant, non-inféodé à la droite et à la bande du Fouquet’s.

    Bravo à Hélène et Jean-Yves et merci aux grands électeurs du groupe Français du Monde-ADFE à l’Assemblée des Français de l’Etranger. Savourons ce moment. C’est à gauche que s’écrit l’avenir. 

    Pierre-Yves Leborgn’

    Premier Secrétaire de la Fédération socialiste des Français de l’Etranger

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     PROJET DE LOI-CADRE PORTANT ORGANISATION TERRITORIALE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE – JUILLET 2012

     EXPOSÉ DES MOTIFS

     L’unité de la République renforcée par la reconnaissance de la diversité.

    Notre République, c’est une population, un territoire, des institutions.

    Notre République est une et indivisible, son organisation est décentralisée.

    L’exercice des prérogatives de puissance publique peut être partagé ou réparti entre plusieurs personnes publiques. L’action publique peut être exercée par plusieurs acteurs de la puissance publique. Comme le rappelle l’article L. 110 du Code de l’urbanisme, le territoire est le patrimoine

    commun de la nation. C’est le même territoire et ce sont les mêmes citoyens qui sont concernés par les choix politiques de toutes les collectivités publiques, de l’État à la commune.

    La diversité des situations ne doit pas être un obstacle à l’égalité de droit. Elle ne doit pas être un frein à l’efficacité publique, ni à la solidarité nationale. Le territoire ne peut pas être source d’une inégalité de plus entre les habitants.

    Les différentes « réformes » portant sur les collectivités territoriales et l’organisation de l’État dans les territoires, ont dessiné par accumulation une organisation territoriale de la République qui ne répond plus clairement à ces objectifs d’égalité, d’efficacité et de solidarité. La loi de décembre 2010 et la réforme de la fiscalité locale de 2010 constituent à cet égard une véritable régression par rapport à l’esprit et le souffle portés par « l’acte premier » de la décentralisation que

    furent la loi Deferre de mars 1982.

    Au regard des grandes mutations qui traversent notre société, notre économie, notre environnement, l’égalité des fins doit se conjuguer avec la diversité des moyens. Garantir l’égalité réelle de droit, de traitement, de l’implication démocratique, aux habitants de notre territoire, où qu’ils résident, réclame le réexamen de l’organisation territoriale des prérogatives publiques, un véritable « acte III » de la décentralisation.

    Cette ambition doit – plus que seulement prendre en compte – se fonder sur la diversité des territoires de notre pays.

     Les trois principes de l’organisation territoriale de la République

    Trois principes guident l’organisation territoriale de la République française.

     1. la justice sociale, notamment dans ses dimensions d’accès à l’emploi, d’accès au logement et d’égalité devant les services publics où que l’on habite sur le territoire national, que ces services publics soient de la responsabilité des collectivités territoriales ou de l’État. La réforme proposée conduit à reconnaître l’initiative locale pour lutter contre les inégalités sociales et territoriales, mais aussi pour le développement local. La justice sociale doit également guider la réforme de la fiscalité locale. En particulier, une péréquation nationale viendra réduire les écarts de ressources entre collectivités, dans la mesure où ils sont dus à un écart de richesse et de charges entre territoires. Cette péréquation pourra être verticale et horizontale.

     2. l’efficacité de l’action publique, qui repose sur la lisibilité de la répartition des compétences et sur l’adéquation des missions et des moyens des collectivités publiques. La loi précise les compétences que l’État assume exclusivement et celles qu’ils partage ou délègue, en partie ou totalement. Une « conférence régionale des compétences », rassemblant l’État et les collectivités territoriales, a pour mission de décrire, dans chaque région, la répartition des compétences publiques non exclusivement exercées par l’État. Cette répartition prendra la forme de transferts, de délégation, ou de partage entre les collectivités publiques, sur la base des compétences exercées avant la loi de décembre 2010. Dans le cas d’un partage, elle désignera une collectivité « chef de file », dont les responsabilités sont définies dans la loi-cadre. Cette répartition a valeur d’expérimentation sur une durée donnée. Une loi de validation interviendra à l’issue de la période. Cette méthode repose sur la clause de compétence générale des collectivités. D’autres expérimentations seront également lancées pour le transfert partiel d’un pouvoir réglementaire à certaines collectivités, dans des cadres spécifiques comme la gestion de l’eau, les transports, ou tout autre domaine où l’efficacité de l’action publique s’en trouverait renforcée.

     3. la haute qualité démocratique, qui exige de lever plusieurs obstacles à une plus juste représentation de la population résidant sur le territoire national. Suite à l’abrogation du conseiller territorial, de nouveaux modes de scrutin sont mis en place pour les Départements et les Régions. En ce qui concerne la clarté des choix politiques des projets des EPCI, des innovations sont aussi proposées pour permettre aux EPCI d’assumer leurs choix politiques devant leurs électeurs. [Le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales et la gestion des instruments de la démocratie participative sont d’ores et déjà actés par le parti socialiste]. Pour faciliter l’accès de tous à la fonction élective, la loi-cadre modifie également le statut des élus.


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    Spécial Afrique : le marché de la drogue.

     

    SlateAfrique.com

    «Tout le continent est touché par le trafic de drogue»

    L'Afrique est une plate-forme pour le transit de drogues dures vers l'Europe et les Etats-Unis. Un G8 sur le trafic vient de se tenir à Paris, avec des ministres africains et latino-américains.

    Une réunion du G8 consacrée au trafic de drogue s'est tenue le 10 mai 2011 à Paris, sous l'égide de la présidence française, en présence de ministres africains et latino-américains. Une première à la mesure de l'inquiétude que suscite l'importance du trafic de cocaïne entre l'Amérique latine, l'Afrique et l'Europe. Pour Christophe Champin, journaliste à RFI et auteur d'Afrique noire, poudre blanche (André Versailles éditions/RFI), l'Afrique de l'Ouest n'est pas la seule région du continent concernée par ce phénomène et la cocaïne est loin d'être la seule drogue dure qui transite par cette partie du monde.

     SlateAfrique – Le 10 mai 2011, la première réunion d’un «G8 drogue» s’est tenue à Paris.  Pourquoi cette mobilisation?

    Christophe Champin – Le premier constat, c’est que la consommation de cocaïne en Europe flambe depuis une dizaine d’années. En 1998, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la demande aux Etats-Unis était quatre fois plus importante que sur le Vieux continent. Aujourd’hui, les deux marchés sont équivalents [en 2009, l’ONUDC estimait la production mondiale de cocaïne entre 842 et 1.111 tonnes. 750 tonnes ont été saisies. Environ 123 tonnes sont consommées en Europe et 179 tonnes aux Etats-Unis, ndlr]. Il est donc clair que les organisations criminelles qui produisent de la cocaïne en Amérique latine ont fait de l’Europe leur nouvelle priorité. Le deuxième constat c'est que, même si la majorité des cargaisons qui quittent l’Amérique latine arrivent directement par voie maritime en Europe, l’Afrique a, à partir du début des années 2000, été perçue par les trafiquants comme une plate-forme idéale pour le stockage et la redistribution de la coke. Or les Occidentaux et ceux des dirigeants africains qui veulent sincèrement lutter contre ce fléau ont compris que la cocaïne et l’argent sale ne peuvent que contribuer à renforcer la corruption et la criminalisation des Etats de la région. Mais ce qui les inquiète plus encore, ce sont les liens possibles entre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui opère entre l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest, et ce trafic de drogue.

    SlateAfrique – A quel point Aqmi a-t-elle partie liée avec les trafiquants?

    Christophe Champin – Différents groupes qui se réclament d’Aqmi –comme d’autres groupes armés d’ailleurs car ils ne sont pas les seuls– opèrent dans la bande sahélo-saharienne, qui s’étend des confins du Tchad et du Soudan jusqu’à l’Afrique du Nord, et qui est bordée notamment par le Mali, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger. Or une partie des combattants d’Aqmi prélèverait une taxe sur les marchandises qui transitent illégalement par les zones qu’ils contrôlent –notamment la cocaïne et le haschich–, voire offriraient leurs services pour transporter et sécuriser les convois. D’autres groupes armés font la même chose, mais, bien évidemment, le fait qu’Aqmi, qui représente une très grave menace pour la sécurité, puisse profiter de ce trafic incite forcément l’Europe et les Etats-Unis à se mobiliser aux côtés des Etats africains concernés.

    SlateAfrique – La bande sahélo-saharienne est-elle en Afrique la principale voie d’acheminement de la cocaïne vers l’Europe?

    Christophe Champin – On ne dispose pas de chiffres, car il n’y a, à ce jour, pas eu de saisie importante sur place. Mais plusieurs indices montrent que cette zone joue un rôle clé. Tout d'abord, il existe, de longue date, des routes de la contrebande dans cette région. Elles ont été utilisées pour le trafic de cigarettes et de haschich. Elles le sont, depuis quelques années, pour la cocaïne. Il y a eu en novembre 2009 la découverte au nord du Mali de la carcasse d’un Boeing 727-200, venu du Venezuela, importante porte de sortie pour la cocaïne, et en ayant vraisemblablement transporté plusieurs tonnes. Le 25 janvier suivant, selon l’ONUDC, un autre appareil, un Beech Craft BE 300, également en provenance du Venezuela, probablement chargé de poudre blanche, s’est posé au Mali près de la frontière mauritanienne. En octobre 2010, 34 personnes ont été arrêtées au Maroc en lien avec un réseau de trafic de drogue, suspectées d’avoir effectué huit voyages entre le Mali et Tanger pour transporter 600 kg de cocaïne. Et ce ne sont pas les seuls exemples.

    Pour autant, la bande sahélo-saharienne n’est pas la seule voie d’acheminement. La coke est aussi transportée par des passeurs sur des vols commerciaux à partir d'aéroports africains. En 2010, beaucoup d'entre eux sont partis du Cameroun et du Bénin, mais aussi d'autres Etats de la région comme le Sénégal, le Ghana et le Nigeria. La cocaïne emprunte aussi la voie maritime, notamment à l’intérieur de conteneurs à partir de ports africains. Selon l'ONUDC, 178.000 conteneurs sont arrivés aux Pays-Bas en provenance d'Afrique en 2009 et 2010. Impossible de les contrôler tous...

    SlateAfrique –  L'Afrique de l'Ouest est-elle la seule concernée par ce trafic? 

    Christophe Champin –  Loin de là. On parle beaucoup de l'Afrique de l'Ouest. Mais c'est tout le continent qui est concerné par le transit des drogues dures. L'Afrique du Sud et le Mozambique, en particulier, sont aussi de très importantes plaques tournantes de la cocaïne et, de longue date, également pour d'autres drogues.

    SlateAfrique  – Quelles sont, justement, les autres drogues dures qui transitent par ces régions? 

    Christophe Champin – Bien avant la cocaïne, la première drogue dure qui a transité par le continent africain était l'héroïne. Dès les années 80, des passeurs nigérians ont commencé à transporter cette drogue de l'Asie du Sud vers les Etats-Unis, via le continent africain, avec comme porte d'entrée la corne de l'Afrique. Petit à petit, des Nigérians sont devenus des acteurs majeurs de ce trafic, au point d'être implantés aussi bien en Amérique latine, en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Depuis le début des années 2000, ces trafiquants font affaire avec les organisations criminelles colombiennes pour le trafic de cocaïne via l'Afrique. Mais l'héroïne continue à y transiter, en entrant notamment par l’Ethiopie et le Kenya. Pour exemple, en 2007, les autorités ghanéennes ont arrêté, sur demande des Etats-Unis, des membres éminents d'un réseau disposant de laboratoires de fabrication d'héroïne en Afghanistan. Ils utilisaient l'Afrique de l'Ouest comme plate-forme de redistribution vers l'Europe et les Etats-Unis.

    SlateAfrique – La cocaïne ne serait donc qu'une partie seulement du problème?

    Christophe Champin  – Oui. L’héroïne continue à transiter par le continent. Mais il y aussi le mandrax, une drogue synthétique fabriquée en Asie, qui inonde l'Afrique australe depuis trois décennies, où elle fait des ravages. Il faut, en outre, bien comprendre que nous sommes face à des organisations criminelles habituées à déjouer les pièges tendus par les services antidrogues les plus aguerris. Certains tombent dans les filets, grâce aux efforts constants la DEA (Drug Enforcement Administration) américaine et des services antidrogues européens. Mais les trafiquants font preuve d'une impressionnante capacité d'adaptation pour leur échapper. Prenez les réseaux nigérians. Ils ont déjà renforcé leur diversification en se lançant dans les drogues synthétiques, en particulier les méthamphétamines, très consommées aux Etats-Unis. C'est traditionnellement une spécialité des cartels mexicains qui fournissent le marché américain. Ces derniers mois, les arrestations en Afrique de passeurs, souvent nigérians, porteurs de méthamphétamines augmentent. Une bonne partie de ces «mules» devait se rendre au Japon, où cette drogue est également consommée et commercialisée par les célèbres yakuzas, avec lesquels les groupes criminels nigérians font affaire! On soupçonne même l'existence de laboratoires sur le continent africain.

    SlateAfrique – A vous entendre, le combat semble désespéré...

    Christophe Champin  – Il est en tous cas extrêmement difficile. Prenez l'exemple de la cocaïne: malgré le nombre impressionnant de saisies chaque année, le marché reste stable en Europe et les prix, qui avaient énormément baissé depuis une décennie, n'ont pas augmenté, même si la pureté des doses vendues dans la rue s'est en revanche détériorée. Depuis quarante ans, les Etats-Unis ont dépensé des milliards de dollars en Amérique latine pour combattre les cartels de la drogue. Ils ont remporté des victoires, mais ils sont loin d'avoir gagné la guerre. Les efforts considérables menés en Colombie, premier producteur de cocaïne au monde, ont poussé les organisations criminelles à se replier davantage sur les deux autres pays producteurs que sont le Pérou et la Bolivie, dont la production de cocaïne ne cesse d'augmenter.

    SlateAfrique – Et en Afrique? La lutte s’organise-t-elle?

    Christophe Champin  – Les Européens et les Américains ont pris conscience de la gravité du problème. Pour preuve, ce «G8 drogue», auquel participaient plusieurs ministres africains, s'est tenu à Paris début mai pour élaborer un plan de lutte contre le trafic. Jamais, jusqu'ici, ce thème n'avait été à l'agenda du club des pays riches. Plusieurs pays européens –dont la France, la Grande-Bretagne, le Portugal et l'Espagne– de même que les Etats-Unis, multiplient déjà les actions de coopération avec les pays africains. Les Européens coordonnent leurs actions en mer à travers le MAOC-N, basé à Lisbonne. Mais la coopération entre pays africains, dont les moyens de lutte au niveau national sont déjà faibles, n'en est qu'à ses balbutiements. Or une telle coordination est essentielle. Les Européens, eux, ont compris qu'il ne sert à rien de se battre tout seul dans son coin contre des organisations criminelles transnationales.

    SlateAfrique –  Y-a-t-il des «narco-Etats» en Afrique?

    Christophe Champin  – Si l'on entend par «narco-Etat» un pays dont les dirigeants sont mêlés au trafic et tirent une partie de leurs ressources du trafic, la réponse est non. Ce qui ne veut pas dire que les organisations criminelles n’ont pas réussi à s’infiltrer dans les institutions politiques de certains pays. Depuis une dizaine d’années, il existe plusieurs cas de personnalités politiques arrêtées pour leur implication avérée ou présumée dans le trafic de drogue. Même s’ils ont depuis été libérés et qu’ils clament leur innocence, deux des fils de l’ancien président guinéen Lansana Conté ont tout de même été arrêtés pour cette raison. Au Maroc, le fils de l’ancien président mauritanien Ould Aidallah croupit en prison dans une affaire de trafic de cocaïne. Le 6 mai, Sheryl Cwele, épouse du ministre sud-africain de la Sécurité, a été condamnée à douze ans de prison pour trafic de drogue. L’autre volet du problème concerne le blanchiment. Le Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (Giaba) a publié, récemment, un rapport (PDF) qui dresse un constat inquiétant à propos de l’infiltration de l’argent sale dans les économies de nombreux pays de la région, notamment dans l’immobilier, le tourisme et l’import-export.

    Propos recueillis par Pierre Cherruau

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    A l'ouest, l'économie de la drogue en plein boom

    Le trafic de drogue et le blanchiment d'argent sale sont devenus des activités florissantes en Afrique de l'Ouest. Un crime organisé parfois au plus haut niveau des Etats.

    Presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest sont aujourd’hui touchés par l’économie de la drogue. Le crime organisé a en effet connu un développement prodigieux et spectaculaire ces dernières années dans cette partie du continent. A telle enseigne que le trafic de drogue et le blanchiment de l’argent qui en découle sont devenus des activités ordinaires de bien des acteurs économiques et sociopolitiques.

    Le Bénin en plaque tournante

    De par sa proximité avec son voisin géant le Nigeria, le Bénin est depuis longtemps une plaque tournante de nombreux trafiquants de drogue nigérians. Mais aussi de Ghanéens, qui préfèrent transiter par ce pays pour se rendre en Europe ou ailleurs. Sans oublier de plus en plus de Béninois, même des personnes au-dessus de tout soupçon, qui participent à ce commerce bien plus lucratif que tous les autres, de connivence avec des commerçants libanais ou indo-pakistanais généralement. Cette situation oblige les autorités béninoises en charge de la lutte contre le trafic des stupéfiants à redoubler de vigilance.

    «Un de nos compatriotes qui était venu rencontrer des gens qui voulaient faire des affaires avec lui s’est vu remettre à son départ une mallette pleine de drogue. Comme elle était tellement lourde, il a eu la présence d’esprit de l’ouvrir et d’en découvrir le contenu», raconte un diplomate européen en poste à Cotonou. Récemment encore, un trafiquant qui avait avalé des boulettes de drogue a été arrêté à l’aéroport international Cardinal Bernadin Gantin de cette ville principale.

    Le phénomène n’est pas nouveau. Loin s’en faut. Et on serait même tenté de dire que les trafiquants affinent tellement leurs stratagèmes pour passer les frontières qu’il y a de moins en moins d’arrestations.

    Policiers ripoux

    En août 2007, une barque a échoué sur les plages de Grand-Popo et Ouidah après avoir chaviré avec ses occupants. Lesquels ont réussi à prendre la fuite en abandonnant deux de leurs complices. Des kilos et des kilos de drogue se sont alors déversés. Certains habitants ne se sont pas fait prier pour se servir avant l’arrivée des agents de police. Parmi ces derniers, il s’est trouvé des indélicats pour en subtiliser aussi. Au total, 53 civils et 8 fonctionnaires de police ont été interpellés et écroués, parmi lesquels le Directeur général de la police nationale (DGPN), Antoine Azonhounmè.

    «Aujourd’hui au Bénin, on retrouve même des trafiquants notoires de drogue partout, y compris à l’Assemblée nationale. Ils y vont parce qu’ils ont besoin de l’immunité parlementaire pour continuer à trafiquer impunément. Et ils se servent de cet argent pour acheter le vote des citoyens», s’indigne Arnaud Houssou, commerçant au marché international de Dantokpa à Cotonou.

    Des régimes impliqués dans le trafic

    Depuis que la longue crise sociopolitique en Guinée-Bissau a rendu le pays dépendant du trafic de drogue, il est devenu non seulement le réceptacle mais aussi le redistributeur de toute la drogue en provenance d’Amérique latine, à la faveur de la chute du régime de Lansana Conté, dont la triste réputation en la matière était aussi de notoriété publique. On se souvient d’ailleurs que son fils, Ousmane Conté, commandant dans l’armée guinéenne, a été arrêté et jeté en prison par l’ex-président Dadis Camara avant son éviction du pouvoir.

    Tout comme la Guinée et la Guinée-Bissau, l’économie du Togo a survécu en grande partie grâce à ce crime organisé pendant les années de mise au ban par l’Union européenne. Des années de sanctions économiques contre le régime du président Gnassingbé Eyadema au cours desquelles Lomé (la capitale) a attiré des trafiquants de tout acabit et de toutes nationalités. Même si des Libanais restent toujours les champions, toutes catégories confondues.

    Aqmi croise la route des trafics

    Avec la création d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), les chemins de la drogue se sont multipliés en Afrique de l’Ouest. L’Aqmi participe à ce trafic comme à celui de cigarettes et d’armes. Le Mali, qui subit déjà les conséquences des enlèvements d’occidentaux par le réseau islamiste, fait également les frais d’un trafic de drogue en pleine expansion.

    En novembre 2009, un avion en provenance du Venezuela a atterri à Gao au nord-est du pays, avec de la cocaïne et des produits illicites à son bord. Un faits divers aussi rocambolesque qu’inquiétant. Selon Alexandre Schmidt, le responsable de l’Office de l’ONU contre la drogue et le crime (ONUDC), les trafiquants avaient incendié l’avion pour détruire toute trace de ce trafic. Mais les enquêteurs ont pu identifier la provenance de l’avion, apparemment affrété par des cartels de la drogue. Le 9 mars 2011, un pilote de nationalité française a été arrêté en rapport avec cette affaire.

    Dans un récent rapport de l’ONUDC, l’Afrique de l’Ouest est considérée comme «un point de transit important dans le commerce de drogue d’Amérique latine vers l’Europe». A y regarder de près, le crime organisé dû à ce trafic prend des proportions on ne peut plus alarmantes dans toutes les capitales de la région. Mais la partie visible de l’iceberg reste les grands immeubles de verre ou de marbre qui y champignonnent ainsi que les grosses et rutilantes voitures de dernière génération qui y circulent. Dans ces pays, l’argent du blanchiment est injecté dans les économies par divers canaux. Sans que les pouvoirs publics puissent lutter contre ce phénomène, faute de moyens efficaces ou de volonté politique.

    Tanri Worodongou


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  •  Site SlateAfrique

    Les 5 plus gros mensonges sur l'Afrique

    L'Afrique évolue plus vite que l'image que beaucoup ont d'elle. Des préjugés sur le continent noir persistent. Démenti sur 5 idées reçues.

    Tout n'est effectivement pas rose pour le grand continent noir, mais les idées reçues restent tenaces, notamment en ce qui concerne les conflits, la corruption ou la croissance économique, l'immigration ou le développement. 

    1. L'Afrique est un continent en proie à la guerre

    Faux. Avec 68 conflits actuels répertoriés dans le monde en février 2011, 27 seulement se déroulent en Afrique, contre 36 en Asie.

    Les conflits sont définis sur une échelle d'intensité, de «paix instable» à conflit à «haute intensité». Les plus hauts niveaux sont le plus souvent situés en Asie: il y en a aujourd'hui 4, dont un seul en Afrique (en Somalie). Idem pour les conflits de moyenne intensité (8 au total), 2 seulement se situent en Afrique, contre 6 dans les autres continents, Asie (Philipines), Moyen-Orient (Palestine) mais aussi en Russie (Tchétchénie) ou au Mexique. Les territoires disputés entre 2 ou plusieurs parties se chiffrent à 42 en Afrique, contre 68 en Asie. La guerre n'est donc pas propre à l'Afrique et n'a pas de couleur particulière, à part celle du sang, le rouge, la même pour tout le monde.

    2. Les migrants africains envahissent l'Europe

    Faux. Sur les quelques 200 millions de migrants dans le monde, qui vivent en dehors de leur pays de naissance, il n'y a que 15 millions d'Africains subsahariens résidant en dehors du continent, et seul 1 africain sur 30 a choisi de vivre en France.

    A l'échelle mondiale, seulement deux migrants sur cinq s'installent dans les pays de l'OCDE, tandis que les autres vont dans les pays du Tiers-Monde, d'Asie ou du Golfe.

    Pour le continent africain, les migrations se font souvent Sud-Sud et non pas Sud-Nord. A l'exemple du dernier conflit en date: si 20.000 Libyens ont amerri sur la petite île italienne de Lampedusa, faisant frémir une Europe de 700 millions d'habitants, le même nombre de Libyens est actuellement réfugié dans le camp de Choucha, en Tunisie, pays de 10 millions d'habitants. A cela, il faut ajouter 50.000 autres Libyens répartis dans le petit pays du jasmin, et 350.000 subsahariens.

    En fait, en Afrique, les conflits ou les problèmes économiques engendrent plus souvent des déplacements latéraux. Des milliers de Libyens sont réfugiés en Egypte ou en Algérie. Les populations du Darfour soudanais vont au Tchad, les réfugiés rwandais dans les pays voisins et à Tamanrasset, ville du Sud Algérien, où 20 nationalités africaines cohabitent, représentant 40% de la population de la ville. Le Sénégal ou la Côte d'Ivoire accueillent bien plus d'immigrés africains que la France, qui elle-même accueille moins d'Africains que la Belgique par exemple, qui elle, est au bord de la «guerre civile» —un conflit entre «blancs».

    3. L'Afrique est surpeuplée

    Faux. Ce n'est pas le continent le plus peuplé. Il l'est beaucoup moins que l'Asie, avec ses 3,9 milliards d'habitants; aussi peuplé que le continent américain (900 millions); et un peu plus que l'Europe, avec ses 922 millions d'habitants estimés en 2005.

    Car la population africaine est répartie sur une surface de 30 millions de kilomètres carrés, soit trois fois plus que l'Europe. Il y a de la place en Afrique, même pour les «blancs» en crise. L'Afrique est d'ailleurs la troisième destination des Français qui s'expatrient, après les Etats-Unis et le Proche et Moyen-Orient. Un amusant calcul fait apparaître qu'il y aurait plus de «blancs» en Afrique que d'Africains en Europe. En effet, les Européens sont nombreux au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou encore au Gabon: ils y sont 170.000, répartis entre l'Afrique francophone (120.000), le Maghreb (50.000) et l'Afrique non francophone (10.000).

    4. L'Afrique est en proie à un sous-développement persistant

    Faux. En dehors du Maghreb et de l'Afrique du Sud, connus pour créer de la croissance régulière, plusieurs pays du continent obtiennent de bons résultats économiques et les «lions africains», champions de la croissance à deux chiffres comme le Ghana et l'Ethiopie, sont des exemples de réussite. L'Afrique attire les investissements étrangers, à tel point que le Fonds monétaire international (FMI) prévoit un afflux de capitaux pour cette année 2011 et l'année prochaine.

    Bien sûr, parmi les 10 pays les plus corrompus de la planète il y a 4 pays africains, mais il y a aussi 5 pays asiatiques et un pays d'Amérique, Haïti. Pourtant, sur l'ensemble des continents, l'Afrique est au même niveau de corruption que l'Amérique Centrale et du Sud, ainsi que de l'Asie.

    Economiquement, l’Afrique a enregistré sa plus forte croissance ces deux dernières décennies, avec un taux de croissance du Produit intérieur brut d’environ 5% par an en moyenne, à tel point que le continent noir est devenu, depuis 2009, le premier partenaire commercial de la Chine, qui y investit massivement.

    Cette croissance se poursuit d'une façon continue: la Banque africaine de développement prévoit +3,7% pour 2011, alors que la croissance mondiale prévue par le FMI pour la même année est autour de +4%, répartie entre +2,5% et +3% pour les Etats-Unis, autour de +1,5% pour l'Europe (prévisions avant la crise grecque), avec un petit +1,3% pour la France.

    5. Les Africains immigrés coûtent cher à l'Etat français

    Faux. Ils rapportent plus à l'Etat français qu'ils ne leur en coûtent; les dernières études l'ont bien montré. Les immigrés, dont les Africains (Maghreb et Afrique noire) représentent  une population de 2 millions de personnes sur 5,3 millions d'immigrés —soit la plus forte communauté étrangère par continent— restent mal perçus.

    Il y a d'abord moins d'immigrés en France qu’aux États-Unis, au Canada, en Suède, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne ou même en Italie. De plus, l'immigration est en baisse quand on la compare aux dernières années ou aux siècles précédents. En 2010, elle est plus basse qu'en 1920 ou qu'au début du XIXe siècle.

    Surtout, l'étude conduite par le professeur Chojnicki et remise en juillet 2010 au ministère des Affaires sociales montre que l'immigration rapporte 12 milliards d'euros à l'Etat français (48 milliards de dépenses et 60 de recettes). Elle contredit celle menée par Jean-Paul Gourévitch en 2008, qui faisait apparaître un solde négatif de plus de 26 milliards d'euros pour le contribuable français du fait de l’immigration.

    Chawki Amari

     


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