• Washington ne cache plus son soulagement après le départ de Sarkozy

     Rédigé par Stephane Trano le Jeudi 17 Mai 2012 à 15:00 |

     Les Etats-Unis accueillent à partir de demain le nouveau président François Hollande dans un climat très favorable et avec grande nouveauté: l'Allemagne n'est plus perçue comme la voix prépondérante de l'Europe et l'Amérique retrouve un partenaire plus indépendant. Les choses seront plus compliquées à Chicago, lors du Sommet de l'OTAN, qu'à Camp David, pour le Sommet du G8. Mais c'est lors de ce premier sommet que tout se mettra en place entre les deux pays.

    Que signifie, pour le Sommet du G8, la nouvelle présidence française? Questionné hier par téléphone, un conseiller de la Maison Blanche laisse échapper avec un brin de malice: « moins de spectacle, plus de travail ». Il se reprend: « Avec Sarkozy, on travaillait bien sûr, mais jamais sur les sujets prévus. » Exit « Sarko l'Américain », bienvenue à Hollande l'Européen. Et ce n'est pas pour déplaire à Barack Obama. Prise au dépourvu lors du week-end électoral du 6 mai, le staff rapproché du président américain à très vite corrigé sa trajectoire et pris la mesure de l'opportunité qui s'offre avec l'élection du Socialiste français. Aux Etats-Unis, les deux hommes sont perçus comme appartenant à la même nuance politique, en gros, le centre-gauche. Et ce n'est pas le moindre des atouts, pour Obama, que de voir arriver l'homme qui s'oppose enfin au rigorisme allemand lequel, depuis de longs mois, inquiétait beaucoup les Américains. 

    UN TRAITE EUROPEEN COUTEUX POUR LES ETATS-UNIS

    Car en pleine période électorale, Barack Obama dirige un pays dont la plupart des experts s'inquiètent de plus en plus des perspectives de l'entrée en vigueur du nouveau Traité européen le 1er Janvier 2013. Pour eux, c'est une corde passée au cou d'une Europe déjà très affaiblie, et un risque de cassure nette de toute chance de croissance pour le continent. Or, par ricochet, les économistes ont calculé que cela coûterait entre 1 à 2 points de croissance aux Etats-Unis, scénario qui n'est tout simplement pas envisageable pour l'Amérique après les quatre ans de ravages que la population vient de traverser. Obama et Hollande plaident en des termes suffisamment rapprochés pour se comprendre, en faveur d'une nouvelle orientation des politiques économiques tournée vers une recherche de croissance plutôt que la solution allemande. 

    DAVID CAMERON EN "FLINGUEUR" DE HOLLANDE

    Il existe donc une chance que lors de ce sommet du G8, un tandem franco-américain émerge sur des bases autrement plus solides que celles qui existaient avec le prédécesseur de François Hollande. Un tandem qui, assez curieusement, va devoir faire face au Premier ministre britannique David Cameron lequel, ces derniers temps, n'a pas hésité à se poser comme le "flingueur" d'Hollande et de sa politique, jusqu'à être prié par Washington de modérer ses ardeurs. David Cameron, qui n’en n'a pas arrêté pour autant de jouer les Cassandre et continue de prévoir l'effondrement de la zone Euro, avait entrainé dans son sillage le Japon, qui s'était prononcé à son tour de manière très critique vis à vis de la dérive européenne illustrée, selon ses dirigeants, par les résultats de l'élection française. Mais là encore, le Japon n'a fait qu'affaiblir sa position à la table du G8. Enfin, et c'est là le premier effet spectaculaire du changement de pouvoir en France, les Etats-Unis changent progressivement de position vis à vis de l'Allemagne et se montrent plus fermes, ce qui n'est pas pour rien dans l'assouplissement soudain de cette dernière vis à vis de la France et de son nouveau dirigeant. Car par ailleurs, les Américains ont un autre problème avec Berlin et le pose désormais clairement sur la table.

    "Les responsables chinois voyaient Sarkozy comme un clown"

    L'Allemagne est restée longtemps insensible aux appels répétés de Washington pour assouplir sa position en faveur d'une politique de croissance. Et dans sa course contre le candidat Hollande, Nicolas Sarkozy a, jusqu'au bout, fait bloc avec la Chancelière allemande. Ce n'est qu'à partir de l'entrée en campagne de l'ancien président français que l'état d'esprit a changé à la Maison Blanche, même si la victoire du candidat socialiste paraissait à la fois peu probable - il est dans la nature des Américains de croire aux happy ends - et risquée, en renforçant le sentiment que les leaders de ces temps de crise sont balayés les uns après les autres par des peuples effrayés. Le New York Times est probablement, de tous les grands quotidiens américains, celui qui reflète le plus ce moment d'incompréhension et de scepticisme vis à vis d'une éventuelle victoire des Socialistes en France et, depuis, n'a toujours pas changé de doctrine, affichant un mépris prononcé vis à vis du changement de pouvoir en France et, plus généralement, vis à vis de l'Europe.

    L'INQUIETUDE FACE AU TANDEM BERLIN-PEKIN

    Mais le New York Times qui, depuis longtemps, regarde les Français avec une forme de condescendance assez curieuse, a publié un long article, dans son édition d'hier, sur les relations entre l'Allemagne et la Chine. Un article qui s'attaque à la « relation spéciale » existant entre ces deux pays, et qui par ricochet, l'oblige à considérer l'importance de la France dans la nouvelle donne qui s'annonce. Didi Kirsten Tatlow écrit ainsi: « La croissance allemande est largement dépendante de la demande chinoise. (...) A présent, il y a une symbiose presque parfaite entre les économies chinoise et allemande: la Chine a besoin de technologie et l'Allemagne a besoin de marchés.  » Mais, et c'est là où le New York Times ramène la France dans le jeu, le quotidien cite le rapport que vient de publier Hans Kundnani, du think tank du Conseil Européen pour les Relations Extérieures, dans lequel celui-ci note: « La Chine sait qu'elle a besoin de plus que de la seule Allemagne en Europe; la France est aussi un partenaire fort. Il est difficile de prédire quel sera l'impact de l'élection de François Hollande. » Mais, souligne Kundnani, « les responsables chinois voyaient Nicolas Sarkozy, le précédent président, comme un clown.  »

     Obama et Hollande en situation de partenaires privilégiés

    Reste que, comme l'écrit le Washington Post ce matin, ce Sommet du G8 est le moment du « grand test pour l'Euro ». Le quotidien écrit: « L'impact d'une sortie de la Grèce de l'Euro serait grave non seulement pour l'Europe mais également pour les Etats-Unis. en affaiblissant brusquement les échanges commerciaux, ce qui heurterait de plein fouet les compagnies américaines, les marchés financiers et le crédit. » C'est pourquoi le Secrétaire d'Etat au Trésor américain, Timothy F. Geitner, déclare à la veille du sommet que les chefs d'Etats réunis « ont un long chemin à faire, un ensemble de défis à relever afin d'assurer au monde qu'ils sont en mesure de gérer ces enjeux. » Le danger pour François Hollande, souligne néanmoins le Washington Post, est de « susciter le scepticisme s'il défend la politique de croissance au prix d'une augmentation de la dette ».

    Toutefois, en programmant un tête à tête avec le Président français rapidement après son arrivée à Washington demain, Barack Obama a donné le ton: il a besoin de François Hollande pour rééquilibrer les forces du G8 et consolider sa propre politique à l'approche des élections de novembre, et de ce fait, il devrait faire aider celui-ci à se faire entendre si ce scepticisme devait être la carte jouée par Londres et Tokyo lors de discussions qui s'annoncent parmi les plus décisives jamais engagées par un G8.


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