• Français à l’étranger : mensonges et contre-vérités du candidat sortant

    par fédération • 04 mai 2012

     

    Le candidat sortant dit avoir « eu à cœur de tenir les promesses [qu’il avait] faites à destination de la communauté française résidant hors de France ».

    • FAUX : Dans la lettre qu’il avait adressée aux Français établis hors de France en 2007, Nicolas Sarkozy proposait la « création d’un fonds « assurance indemnisation des Français spoliés » lors de conflits survenus dans [le] pays d’accueil ». Cinq ans plus tard, force est de constater que cet engagement n’a pas été respecté.

    A la différence du candidat sortant, François Hollande ne promet que ce qu’il pourra tenir.

    Le candidat-sortant justifie ainsi la gratuité dans les lycées : « Nous avons mis en œuvre la prise en charge des frais de scolarité car je souhaite au chaque enfant français puisse accéder à un enseignement français de qualité, y compris à l’étranger, et ce, au nom du principe d’égalité auquel je suis profondément attaché ».

    • FAUX : Cette mesure est un échec, elle n’a pas permis d’ouvrir l’accès à l’enseignement français à l’étranger. En réalité, la « PEC » profite à une infime minorité, 2% de des enfants français qui vivent à l’étranger, et elle ne couvre effectivement, en moyenne mondiale, que 78% des frais de scolarité des lycéens, parfois beaucoup moins. Et surtout, la « PEC » ne s’inscrit nullement dans le principe d’égalité dont se prévaut N. Sarkozy. Elle est, en effet, attribuée, sans condition de ressources à 7 600 lycéens alors que les critères d’attribution des bourses de 24000 élèves sont, dans le même temps, rendus plus sévères excluant du réseau nombre d’enfants des classes moyennes. Et bien plus, cette mesure en déstabilisant tout le système d’enseignement français à l’étranger participe à l’explosion des frais de scolarité à laquelle ont dû faire face les familles et les pénalise donc doublement.

    François Hollande propose de substituer à la « PEC » un programme – socialement juste et budgétairement soutenable – de bourses scolaires attribuées sur critères sociaux et régionaux.

    Le candidat sortant veut poursuivre son « ambitieux programme de modernisation des bâtiments existants et de développement de notre parc immobilier scolaire à l’étranger ».

    • FAUX : Cet « ambitieux programme » est, en réalité, celui des familles. En effet, l’AEFE ( Agence pour l’enseignement du français à l’étranger) n’a pas les moyens de créer les établissements nécessaires à l’accueil des enfants français. Et les « partenariats publics privés », proposés par l’UMP pour développer les lycées français à l’étranger, n’ont jamais pu être mis en place à l’étranger (de surcroit, la Cour des comptes a démontré le coût exorbitant des réalisations effectuées en France). Ce sont donc les établissements c’est-à-dire en pratique, les familles qui remboursent les emprunts nécessaires aux opérations immobilières.

    François Hollande veut mettre fin au désengagement, continu depuis 2002, de l’Etat au financement du réseau. Il s’engage à élaborer un plan quinquennal pour établir les besoins en financement de chaque établissement permettant d’assurer leur pérennité, leur qualité et leur sécurité.

    Le candidat sortant affirme s’être « opposé à la double imposition des Français de l’étranger souhaitée par le Parti socialiste, qui aurait concerné tous les Français de l’étranger et dont l’assiette aurait été l’ensemble de [leurs] revenus ».

    • FAUX : Le Parti socialiste n’a jamais proposé d’instaurer une double imposition des Français établis hors de France. L’initiative à laquelle se réfère Nicolas Sarkozy était isolée et ne reflétait en rien la position de l’ensemble des parlementaires socialistes. Les Français établis hors de France sont assujettis à l’impôt dans leur pays de résidence. Ceux d’entre eux qui ne sont pas fiscalement domiciliés en France mais qui y disposent de revenus de source française et/ou d’une ou plusieurs habitations sont imposables en France, sous réserve des conventions fiscales conclues par la France.

    François Hollande propose de rendre plus juste la fiscalité des Français établis hors de France en respectant le principe de non-double imposition et en rendant effective la déductibilité des charges supportées par les non-résidents percevant exclusivement des revenus de source française.

    Le candidat sortant dit s’être « opposé à la taxation supplémentaire sur les résidences secondaires des non-résidents ».

    • FAUX : C’est le gouvernement de Nicolas Sarkozy qui a proposé, en juin 2011, de surtaxer l’habitation en France des Français établis à l’étranger afin de compenser l’allègement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Cette disposition a été supprimée par le Sénat. En qualifiant de « résidence secondaire » le logement en France de tous les non-résidents, le Gouvernement a nié le statut particulier de l’habitation des Français établis hors de France. Tel avait déjà été le cas en 2010, lorsque le Gouvernement avait donné son aval à la suppression de l’exonération des plus-values immobilières réalisées à l’occasion de la seconde cession de l’habitation en France des non-résidents fiscaux.

    François Hollande rappelle que la possession d’un logement en France permet aux Français résidant à l’étranger de conserver un lien avec leur pays d’origine. Cette habitation leur sert également de point de chute pour leur retraite ainsi que de lieu de repli en en cas de départ précipité du pays de résidence.

    Le candidat sortant propose la « création d’une taxe destinée à décourager l’exil fiscal ».

    • Il n’est pas possible de distinguer les exilés fiscaux des expatriés de bonne foi. Le dispositif proposé par Nicolas Sarkozy n’est pas acceptable car il tend à remettre en cause le principe de territorialité de l’impôt. De plus, sa mise en œuvre supposerait la renégociation de toutes les conventions fiscales que la France a signées avec ses partenaires. Or, une telle opération est inenvisageable car elle poserait de très nombreux problèmes diplomatiques et techniques.

    François Hollande propose de renégocier les conventions fiscales avec la Belgique, le Luxembourg et la Suisse. Ces trois pays concentrent en effet la majorité des exilés fiscaux français. De plus, alors que le candidat sortant souhaite uniquement taxer leurs revenus, François Hollande souhaite également taxer leur patrimoine en les soumettant à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

    Le candidat-sortant souhaite « poursuivre et intensifier l’effort de simplification et de facilitation [des] démarches administratives, en développent la présence consulaire à distance, afin que l’accès à un service public de qualité soit garanti».

    • FAUX : Le quinquennat qui s’achève marque, au contraire, un terrible recul du service public consulaire. En effet, alors même que le nombre de Français de l’étranger n’a cessé d’augmenter, et que, de surcroit, les contraintes administratives qui pèsent sur eux ont été considérablement alourdies, nombre de consulats ont été fermés ou remplacés en consulats à gestion simplifiée (c’est-à-dire, pratiquement dépourvus de toutes leurs attributions consulaires, telles que visas, état civil, affaires sociales…). Et la réduction drastique des moyens humains accroit la charge de travail des personnels et engendrent des délais d’attente de plus en plus longs pour les usagers. Quant au développement de l’administration électronique, parée de toutes les vertus par N. Sarkozy, elle ne permet pas de répondre aux demandes dans de nombreux cas. Ainsi, au-delà même de la « fracture numérique » encore plus perceptible dans certaines régions du monde, de nombreux actes ne peuvent être effectués à distance (par exemple, l’établissement de documents d’identité sécurisés).

    Conscient que les services consulaires sont le point d’accès de tous les Français qui vivent à l’étranger avec l’administration française, que le consulat est ainsi « leur mairie » , François Hollande s’engage à mettre en œuvre un moratoire sur le développement des consulats à gestion simplifiée et à évaluer précisément le réseau consulaire pour définir les priorités de sa réforme.

    Le candidat sortant affirme que « donner toute leur place aux Français de l’étranger dans la nation, c’est leur assurer une représentation au sein du gouvernement par l’intermédiaire du Secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger ».

    • FAUX : La création d’un secrétariat d’Etat aux Français de l’Etranger relevait surtout d’une logique politicienne, en vue des campagnes électorales à venir. Elle n’a pas empêché, comme partout, l’Etat de se désengager de ses responsabilités. Les Français de l’étranger méritent mieux qu’un secrétariat d’Etat d’affichage !

    La priorité de François Hollande est de retrouver un gouvernement effectif et efficace. A l’égard des Français de l’étranger, cela passe par une réelle capacité à assurer un travail interministériel, car ils sont concernés par l’ensemble des politiques publiques. Cette responsabilité devra être coordonnée par le Ministre des affaires étrangères.

    Le candidat-sortant prétend avoir « soutenu l’Organisation Internationale de la Francophonie dans toutes ses actions en faveur du rayonnement de la langue française dans le monde » et « avoir obtenu de moderniser les sommets de la francophonie ».

    • FAUX : En matière de francophonie multilatérale, il n’y a eu aucun engagement français nouveau depuis cinq ans, et même, au contraire une baisse de la contribution financière de la France à l’OIF. Quant à la modernisation des sommets de la francophonie, il convient de rappeler que ceux de 2008 et 2010 étaient respectivement sous présidence canadienne puis Suisse, et non française.

    Le candidat-sortant propose « que ces sommets de la francophonie soient désormais précédés d’un sommet des affaires francophones, qui rendra compte de ses travaux aux chefs d’états et de gouvernement ». Et il « y vois l’occasion d’agir sur l’emploi en mettant en lien les entreprises qui cherchent à recruter des francophones dans un secteur donné et les demandeurs d’emploi qui correspondent à ces profils ».

    • FAUX : D’une part, ce forum francophone des affaires existe déjà et d’autre part, cette volonté d’aider les entreprises à recruter des francophones ne peut que susciter certaines interrogations, quand tout a été fait depuis 5 ans pour fermer les frontières…

    François Hollande s’engage à défendre la langue française, à la promouvoir davantage à l’extérieur. Il conçoit la francophonie comme une grande cause, non pour la France seulement, mais aussi pour ces 250 millions d’humains qui nous font le bonheur et nous donnent la fierté de parler notre langue, une langue de liberté et de culture.
    Il s’engage, s’il est élu président de la République, à être l’un des acteurs du tout prochain sommet de la francophonie, non pas pour défendre sa langue, mais pour défendre la langue française au service de l’humanité et de la diversité culturelle.

    Le candidat sortant assure avoir « souhaité la création de l’Institut Français pour assurer la pérennité du financement et la qualité de notre action culturelle ».

    • FAUX  : Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont très largement affaibli le dispositif culturel français à l’étranger : les moyens financiers du réseau des instituts français et alliances françaises ont subi une diminution de 30% ces 5 dernières années et nombre d’importants lieux de rayonnement culturel en Europe ont fermé (Centre culturel français de Bilbao, section de langue de l’institut français à Vienne, diminution drastique du réseau culturel en Allemagne avec fermeture d’un tiers des antennes culturelles…). Par ailleurs, les plans sociaux se sont succédé dans les instituts culturels sous l’impulsion d’une politique essentiellement comptable et restrictive et la situation des milliers d’agents de recrutement local a été rendu plus précaire encore. Quant à l’Institut Français, il n’est pas aujourd’hui en mesure de mettre en œuvre une politique ambitieuse en matière de coopération. Il participe, dans sa forme actuelle d’établissement public industriel et commercial (EPIC), à la marchandisation de la culture au niveau mondial et à la recherche en priorité du profit alors qu’il devrait œuvrer pour la promotion de la diversité culturelle.

    François Hollande s’engage à promouvoir la culture et la langue française partout dans le monde, en sanctuarisant le budget et en répartissant les crédits pour toutes les missions. Il veut renforcer les synergies entre les instituts, les services de coopération culturelle et les alliances françaises, en misant sur les complémentarités afin de consolider notre présence culturelle à l’étranger.

     


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  • COMMUNIQUE DE PRESSE

    15 avril 2012

     

    François Hollande, Candidat à la présidence de la République


    Réaction de François Hollande sur la résolution 2042 concernant la situation en Syrie

    Le Conseil de sécurité vient enfin d'adopter une première résolution plus d’un an après le début de la brutale répression qui sévit en Syrie. Si je me réjouis de cette première décision unanime du Conseil de sécurité, mes pensées vont aujourd’hui aux milliers de victimes des atrocités commises par le régime de Damas, en particulier aux plus vulnérables d’entre elles, aux enfants de Syrie tombés sous les balles d’un régime sanguinaire. Autant de drames, autant de deuils qui auraient pu être évités, si la communauté internationale avait su réagir à temps.

    L’adoption de la résolution 2042 est un premier pas positif vers un début de règlement de la crise syrienne. Elle autorise le déploiement d’une mission légère d’observateurs et rappelle le gouvernement syrien à ses engagements. C’est désormais sous le regard de la communauté internationale, sur le terrain, que les autorités syriennes vont devoir démontrer de manière indiscutable leur volonté de se conformer enfin à leurs obligations internationales.

    La résolution 2042 ne saurait néanmoins rester sans suite et le Conseil de sécurité doit dès maintenant s’employer à consolider cet acquis en préparant le déploiement d’une mission au mandat plus ambitieux, capable d’accompagner la Syrie vers la paix, l’entente nationale et la démocratie.

    Les soldats, les milices, les nervis et leurs armes doivent retourner dans leurs casernes. Le plan Annan doit être mis en œuvre sans délai. Il est en crucial qu’un accès humanitaire soit ouvert immédiatement aux populations frappées par la violence. Les médias internationaux doivent être autorisés à pénétrer sans entraves sur le territoire syrien.

    Si cette avancée ne s’avérait être qu’un écran de fumée, si elle devait se traduire par de nouvelles dérobades, par de nouvelles injures à la communauté internationale, le Conseil de sécurité devrait assumer pleinement ses responsabilités en sanctionnant sévèrement les responsables des massacres.

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     Ouest France.fr/presidentielle2012

    Français de l'étranger. Les expatriés votent de moins en moins à droite

    Réputés plus conservateurs et abstentionnistes, les Français de l'étranger tendent à imiter la métropole. Selon un sondage, Hollande et Sarkozy font presque jeu égal dans leurs intentions de vote.

    Sur les 2,5 millions de Français vivant à l'étranger, un million d'inscrits sont appelés à voter à la présidentielle. Le profil très classique de l'expatrié de grande entreprise, ancré à droite, est moins représentatif. En 1995, ils étaient 58,56 % à voter Chirac contre 52,64 % en France. Nicolas Sarkozy, en 2007, avait récolté 54 % de leurs suffrages contre 53,06 % pour le reste des Français. Le président sortant avait réalisé des scores phénoménaux en Israël (90,07 %), à Monaco (83 %) ou en Chine (71 %).

    Mais, selon un sondage Opinionway, du 30 mars, l'écart se resserre. Toujours largement en tête au premier tour (37 %), Nicolas Sarkozy ne recueillerait, au second tour, que 51 % des votes des expatriés contre 49 % pour François Hollande. La grande interrogation sera la participation. En 2007, au premier tour, 59,7 % se sont abstenus, contre seulement 16,23 % en moyenne nationale.

    Onze députés pour la première fois

    Les Français de l'étranger voteront aussi pour les législatives. Pour la première fois dans l'histoire, ils seront invités à élire onze représentants à l'Assemblée nationale. La création des députés français de l'étranger fait partie des engagements pris par Nicolas Sarkozy en 2007. Ainsi, la Constitution a été modifiée en 2008 pour découper le monde en onze circonscriptions.

    Autre innovation: un secrétariat d'État a vu le jour pour être « au plus près des préoccupations » des Français à l'étranger, selon Thierry Mariani, chargé du dossier et lui-même candidat à la députation dans la 11e circonscription (Russie, Asie, Océanie). Depuis, les secrétaires d'État David Douillet puis Édouard Courtial ont multiplié les déplacements. Les socialistes n'ont pas manqué de critiquer un « découpage absurde fait pour favoriser la majorité actuelle ».

    Raphaël LAURENT.
     
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    Français de l'étranger : Démagogie électoraliste : le coûteux projet de Sarkozy

    Par Europe1.fr avec agences

    Publié le 20 avril 2012 à 07h42Mis à jour le 20 avril 2012 à 07h47

     Nicolas Sarkozy. © Max PPP

     Le candidat veut étendre la prise en charge des frais de scolarité des enfants d'expatriés.

    La mesure pourrait être très coûteuse. Nicolas Sarkozy s'est engagé à étendre progressivement à toutes les classes de collège la prise en charge des frais de scolarité des enfants d'expatriés dans les établissements scolaires français de l'étranger.

     Nicolas Sarkozy promet dans une lettre aux Français de l'étranger diffusée jeudi, l'extension de la prise en charge des frais de scolarité aux élèves de collège. Actuellement, cette mesure est instituée pour les seuls élèves de lycée.

     L'enseignement français, "une priorité"

    "Je refuse catégoriquement de revenir à un système qui reposerait uniquement sur les bourses scolaires car ce système reviendrait à sacrifier l'éducation des enfants des classes moyennes, qui seraient toujours trop riches pour bénéficier des bourses et toujours trop pauvres pour pouvoir scolariser leurs enfants dans les lycées français", y plaide-t-il.

    "Je le mesure, l'accès à l'éducation française à l'étranger est encore difficile pour bon nombre d'entre vous et demeure pour beaucoup un sujet d'inquiétude", poursuit le président et candidat de l'UMP. Le président-candidat souligne que la première de ses "priorités a été et demeure l'accès à l'enseignement français".

    Une promesse déjà faite en 2007

    Sauf que la proposition n'est pas nouvelle. La prise en charge des frais de scolarité était l'une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Mais la prise en charge des frais de scolarité imposés aux 110.000 Français de l'étranger a finalement été instituée pour les seuls élèves de lycée pour des raisons de coûts.

    Cette mesure a d'ailleurs été gelée en 2010 à la suite d'un rapport parlementaire qui dénonçait "son inéquité et son coût pour l'Etat". Un rapport parlementaire publié en 2010 a en effet chiffré à 107 millions d'euros le coût de la mesure pour les seuls lycées français de l'étranger. Selon les trois députés à l'origine de ce rapport le coût devrait augmenter progressivement à 126 millions en 2011, 150 millions en 2012 et 177 millions en 2013.

    Si cette mesure "devait être étendue à l'ensemble des cycles scolaires, primaire et secondaire, le coût pour les finances publiques pourrait atteindre quelque 700 millions d'euros", indiquent les députés qui ont enquêté sur le sujet, cités par Le Monde.

     Une proposition électoraliste

    La France compte un total de 485 établissements scolaires à l'étranger, qui accueillent 300.000 élèves, dont 110.000 Français. Dans le même temps, un peu plus d'un million de Français de l'étranger, très exactement 1.075.746, se sont inscrits sur les listes électorales pour la présidentielle et les législatives, soit 30,9% de plus que lors de la présidentielle de 2007.

    Il y a cinq ans, ils avaient voté à 53,99% pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour, soit un peu moins d'un point de plus que son score national. Un sondage Opinionway pour Lepetitjournal.com et TV5 Monde publié fin mars le place en tête des intentions de vote au premier tour avec 37%, devant le candidat socialiste François Hollande qui est crédité de 27%. La même enquête lui attribuait 51% des suffrages exprimés contre 49% pour François Hollande au second tour.

     


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  • Elections présidentielle : le Débat

    La rédaction du JDD a noté la prestation de François Hollande

    Trois journalistes du JDD et du JDD.fr ont jugé et noté la prestation de François Hollande dans le débat d'entre-deux-tours. Moyenne des notes : 8,5/10.

    La minute de vérité

    Bruno Jeudy, Rédacteur en Chef au JDD

    D'emblée, il marque un point en se montrant offensif, en interrompant Nicolas Sarkozy. Il parvient à l'énerver: "Ce n'est pas vous qui posez les questions, ce n'est pas vous qui donnez les notes".

    Benjamin Bonneau, Chef d’édition politique au JDD.fr

    "Moi président de la république…", répète en boucle François Hollande, déclinant ensuite ses ambitions et critiquant en creux le style de son rival. Travaillée, la séquence devrait marquer les esprits.

    Soazig Quéméner, Journaliste politique au JDD

    Moi, président de la République... Seize fois d'affilée. En quelques minutes, Hollande dresse un réquisitoire en règle contre la présidence Sarkozy.

    Le style

    Bruno Jeudy, Rédacteur en Chef au JDD

    Plus offensif que prévu, esquive sur les sujets difficiles (burqa, vote des étrangers, dettes et nucléaire) et a réussi à enfermer son rival sur le bilan.

    Benjamin Bonneau, Chef d’édition politique au JDD.fr

    S’est défendu avec apprêté, n’a laissé passé aucune imprécision, n‘hésitant pas à couper la parole au président sortant. Une autorité (déjà) présidentielle.

    Soazig Quéméner, Journaliste politique au JDD

    Ce soir, Hollande s'est inspiré du style... Sarkozy. A l'attaque, surchauffé, très bien préparé. Bien que favori des sondages, il est monté au filet dès la première minute et n'a pas cessé de smatcher tout en s'efforçant de rassurer. "Que les Français n'aient pas peur", a-t-il conclu.

    La phrase

    Bruno Jeudy

    "Monsieur Sarkozy vous aurez du mal à vous faire passer pour une victime."

    Benjamin Bonneau

    Le débat s'envenime. "Je ne peux vous laisser me traiter de menteur", tonne François Hollande. On l’attendait gestionnaire, il a attaqué, et a très vite donné le ton.

    Soazig Quéméner

    "Monsieur Sarkozy, vous aurez du mal à passer pour une victime."

    Le flop

    Bruno Jeudy

    Sa défense sur son programme nucléaire. Il a rendu les armes en lâchant les Verts. "Ce n'est pas mon accord".

    Benjamin Bonneau

    Nicolas Sarkozy place son adversaire face à ses contradictions sur les centres de rétention. Le socialiste rame. Conclusion tranchante :"Vous vous noyez Monsieur Hollande" sur l'immigration.

    Soazig Quéméner

    Quand François Hollande parle d'assignation à résidence pour les immigrés sans papiers.

    Les notes

    Bruno Jeudy

    9/10. Présumé moins débatteur que Nicolas Sarkozy, François Hollande résiste aux coups, pas de KO. Sa tirade "Moi président de la République" lui donne le point de la victoire.

    Benjamin Bonneau

    8,5/10. Il avait tout à perdre. Jamais pris au dépourvu, il a (peut-être) tout gagné.

    Soazig Quéméner

    8/10. Avec ces plus de deux heures et demi de débat, François Hollande a fait bien plus que préserver sa position de favori.

    Le vainqueur du débat

    Bruno Jeudy

    Hollande. Petite victoire aux points pour le candidat socialiste. Le favori Nicolas Sarkozy n'a pas trouvé le coup gagnant. Hollande a résisté aux attaques et mieux conclu.

    Benjamin Bonneau

    Nicolas Sarkozy attendait beaucoup de ce débat pour combler son retard. Offensif, il s’est heurté à un François Hollande qui ne l’a jamais lâché. Avantage au socialiste.

    Soazig Quéméner

    Ce soir, on n'a absolument rien appris sur son programme, mais l'homme Hollande, peu connu des Français, et souvent croqué en "mou", a montré des nerfs à toute épreuve. Sur-médiatisé depuis dix ans, Nicolas Sarkozy n'avait finalement pas grand chose à faire découvrir.

    Rédaction - leJDD.fr

    mercredi 02 mai 2012

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    Pour Jean-Luc Mélenchon, "Hollande a plié en quatre Nicolas Sarkozy"

    Le Monde.fr | 03.05.2012 à 08h26 • Mis à jour le 03.05.2012 à 10h30

    Par Raphaëlle Besse Desmoulières

    Le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a suivi le débat entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, mercredi 2 mai, à son ancien QG de campagne, "L'Usine", aux Lilas (Seine-Saint-Denis), dans son bureau. Peu avant la fin du débat, il a rejoint les quelques militants rassemblés devant un écran géant dans le hall de L'Usine.

    "François Hollande a plié en quatre Nicolas Sarkozy, qui était fébrile, peu sûr de lui, se prenant les pieds dans le tapis des chiffres, déclamant des absurdités du genre 'il y a plus d'immigration illégale que légale', chiffrant à 10 % l'augmentation du pouvoir d'achat des fonctionnaires", a jugé M. Mélenchon à l'issue du débat mercredi soir.

    "Je crois que Nicolas Sarkozy a commencé à intérioriser la défaite. Il faisait pitié, il se débattait, il trépignait, il s'agitait. On avait le sentiment qu'il perdait pied. Hollande était au niveau du combat et Sarkozy n'y était pas. Passé les deux-trois premières minutes, où ça tournait en rond et où on s'ennuyait mortellement, après, l'autre a commencé à se débattre et à couler. Il n'y a pas eu de match en fait", a-t-il asséné.

    "DEVOIR DE RESERVE"

    Le candidat, qui a fait 11,10 % au premier tour, a estimé : "On est bien parti pour avoir un bon résultat dimanche et atteindre notre objectif, qui est de sortir M. Sarkozy et voilà que si c'est François Hollande, ça m'a l'air de faire un président tout à fait digne, non ? Jusqu'à lundi, il y aura un devoir de réserve à l'égard des critiques [vis-à-vis de François Hollande]. D'ici à dimanche, il ne faut pas compter sur moi pour rendre plus difficile la manœuvre d'éjection de Nicolas Sarkozy. On a des comptes à régler avec celui-là. Mon énergie, c'est à lui que je la réserve. Dimanche, c'est le vote du peuple, ça tranche, terminé, il n'est plus président."

    "Nous venons de vivre 15 jours absolument infects, a encore ajouté M. Mélenchon. On n'a jamais vu ça ! A faire de la propagande haineuse pour opposer les Français les uns aux autres, et il a encore recommencé ce soir, d'une manière un peu tordue, à sous-entendre que, dès lors qu'on a un musulman en face de soi, il y a un problème. Sur ce point, j'ai retrouvé dans la bouche de François Hollande des arguments que j'ai utilisés. J'en étais très content. Qu'est-ce qui lui permet de dire que quelqu'un, parce qu'il a telle religion, va avoir un comportement communautaire ? Il n'a pas un comportement communautaire, lui, de petit Blanc insolent, raciste ? J'ai dit un mot de trop, mais je trouve qu'il finit aussi mal qu'il a commencé la quinzaine. C'est bien parti. Cétait un bon moment de la campagne. Ça faisait plaisir de voir Sarkozy se faire plier comme ça. J'aurais aimé le faire moi-même."

    Raphaëlle Besse Desmoulières

     


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  • Campagne Présidentielle 2012

    Nicolas Le PEN

     Le titre récent du "Wall street journal" concernant "Nicolas Le Pen" posait clairement  la question de savoir si, désormais, Marine Le Pen est la seule représentante de l'extrême droite et si elle n'était "débordée" par le Président sortant. Retraçons le parcours qui nous amena, progressivement, en cinq ans de quinquennat, à ce titre du grand quotidien américain de "Nicolas Le Pen".

      La création du "Ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire" introduisit naturellement le débat sur "l'Identité nationale" en novembre 2009. L'objectif de l'UMP était de sédentariser durablement  les électeurs du Front National (FN) après la réussite du "phagocytage" du FN par le candidat Sarkozy lors de la présidentielle de 2007. Le "ton" du quinquennat était donné. N. Sarkozy entendait s'approprier les thèses et les discours xénophobes du FN.

     La suite ne fut que la mise en place régulière de cette stratégie confiée à Brice Hortefeux d'abord, puis à Claude Guéant ensuite et parfois assumée par N. Sarkozy lui-même.

    Quelques florilèges des discours et actions frontistes de l'UMP : 

    * "L'envolée" de N. Sarkozy lors du discours de Grenoble en juillet 2010, sur les Room et les gens du voyage, coupables de non-assimilation.

    * Les déclarations de C. Guéant sur les enfants d'immigrés qui font baisser le niveau dans les écoles, sur les civilisations qui ne se valent pas, sur le droit de vote des étrangers et dernièrement le débat sur la viande Halal...

    * Le durcissement des conditions de séjour des étrangers légaux en France concernant l'accès au RSA et aux régimes sociaux...ainsi que le regroupement familial.

    *  L'obsession des mariages blancs qui conduit à multiplier les difficultés d'entrée en France pour les conjoints étrangers de citoyen français.

    * Les modifications des conditions d'entrée et de séjour des étudiants étrangers en France : augmentations de 50% des conditions de ressources et suppression de la possibilité d'exercer un premier emploi en France.

    * Les discours sur la déchéance de la nationalité, la remise en cause de la bi-nationalité, l'amalgame entre exilés fiscaux et français de l'étranger qui fait le lien entre nationalité et fiscalité comme si les Français de l'étranger ne payaient pas des impôts.

    * La remise en cause des accords de Schengen dont l'objet est de renégocier les conditions d'entrée des étrangers en Europe et en France...

     La liste n'est pas exhaustive. La droite Sarkoziste surprend par cette inclinaison xénophobe prononcée qui était habituellement l'apanage du FN. Si l'objectif électoraliste est évident, N Sarkozy et son entourage donnent cependant l'impression de s'enliser dans l'obsession de la distinction entre Français et entre étrangers, une obsession "ignorante et destructrice des valeurs fondamentales de la République" selon Patrick Weil (p.210 dans "80 propositions qui ne coûtent pas 80 milliards", Grasset, janvier 2012). Il ajoute que cette obsession de l'origine "est la marque de fabrique de cette présidence...Quand c'est un Président de la République en fonction qui cherchent à délégitimer, par des discours répétés, la présence dans la nation française d'un certain nombre de ses concitoyens...cela contribue à la désintégration de la nation."

     Nicolas Le Pen est bien prêt à tout pour conserver le pouvoir, y compris à épouser les thèses xénophobes du FN dont nous avons vu, avec Patrick Weil, qu'il n'en était pas si éloigné par ses convictions et ses choix politiques. Le 22 avril et le 6 mai doivent permettre de tourner cette page noircie de notre République française.

    Jean-Daniel Chaoui, Conseiller à l'Assemblée des Français de l'Etranger (AFE)

    Candidat élection législatives 2012 pour la 10ème circonscription des Français de l'étranger. 30/04/2012

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    Pourquoi la stratégie « Front contre Front » de Mélenchon n’a pas marché

    Vendredi 27 Avril 2012

    « Nous avons porté l'essentiel du combat contre le Front national », déclamait dimanche le candidat du Front de gauche. Mais cela n'a pas suffi, au vu du score obtenu par l'extrême droite au premier tour du scrutin présidentiel. Pour David Djaïz, l'écart entre Mélenchon et Marine Le Pen s'est joué sur la bataille culturelle.

     Durant les dernières semaines de la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a affirmé vouloir s’attaquer prioritairement au Front national en menant le combat culturel, Front (de gauche) contre Front (national). Les résultats du premier tour sont décevants au regard de cet objectif puisque, avec 17,9% des voix et près de 6,5 millions d’électeurs, Marine Le Pen devance largement son adversaire principal, qui ne recueille que 11,1% des suffrages exprimés.

    Pris dans l’absolu, le score de Mélenchon est un beau score : il a démultiplié le score réalisé par Marie-Georges Buffet en 2007 à la même élection, et surtout grâce à une campagne très réussie, très esthétique (colorée notamment par de nombreuses références historiques et littéraires), il a remis sur les rails une certaine tradition de la gauche, tout à la fois frondeuse (pour ne pas dire révolutionnaire), républicaine et sociale.

    Pour autant l’écart avec Marine Le Pen est important et mérite quelques tentatives d’explications. Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a-t-il échoué à ramener dans le giron de la gauche les catégories populaires, qui continuent de voter massivement pour le FN ? Quatre raisons, en vérité reliées et interdépendantes, mais isolées ici pour le bien de l’analyse, nous paraissent expliquer cet échec partiel.

     Manque de temps

    Jean-Luc Mélenchon a affirmé vouloir mener une bataille culturelle contre Marine Le Pen à trois mois du premier tour. La stratégie était la bonne : c’est bien l’imaginaire collectif que la gauche doit reconquérir à l’hégémonie de la droite, par l’action militante et syndicale, par l’éducation populaire, par la formation politique. Mais cela ne peut se faire que sur le temps long et dans un climat apaisé.

    Une victoire de François Hollande à la présidentielle desserrerait l’étau et permettrait aux différentes composantes de la gauche de mener ce combat culturel, après avoir gagné le combat électoral.

     Silence face au sentiment d’insécurité culturelle

    Jean-Luc Mélenchon a offert des réponses plutôt convaincantes à l’insécurité économique et sociale des Français comme le montrent plusieurs enquêtes. Malheureusement, et comme le rappelle Laurent Bouvet dans un texte publié le 24 avril dans le Monde, sa campagne a été beaucoup moins percutante s’agissant de l’insécurité culturelle, à quoi l’on pourrait ajouter l’insécurité affective qui est un déterminant important du vote FN.

    L’insécurité a bel et bien été le thème central de cette campagne, tellement massif et protéiforme que les commentateurs ne s’en sont pas rendus compte. Cette insécurité a pris mille visages et n’est plus la seule insécurité « policière » qui avait occupé la campagne de 2002 : il y a l’insécurité économique (peur du chômage et des délocalisations dans un contexte de crise de la mondialisation), l’insécurité sociale (peur de la casse des services publics et des commerces de proximité), l’insécurité culturelle-identitaire (peur de l’immigration et de la dissolution de l’identité française-occidentale) et enfin l’insécurité la plus difficile à appréhender pour le sociologue, l’insécurité affective, qui est le sentiment de voir ses points de repères habituels se dissoudre ou se rétrécir dans un monde où tout s’accélère. Force est de reconnaître que le Front de gauche n’a pas su répondre à ces deux dernières formes d’insécurité qui sont moins discursives mais qui pourtant surdéterminent les autres.

     Impression d’incohérence voire de contradiction

    Si Jean-Luc Mélenchon n’a pas réussi à articuler une réponse forte à ces quatre insécurités, c’est d’abord parce qu’il est difficile pour la gauche de les traiter en bloc. Au besoin de protection économique et sociale, la gauche ajoute toujours une composante d’émancipation collective (protection des plus démunis et des exclus, égalité, universalisme) qui ne répond pas (plus) au sentiment d’insécurité culturelle et affective exprimé par les plus fragilisés de nos compatriotes.

    C’est ce qui a brouillé le discours de Jean-Luc Mélenchon pour de nombreux électeurs, qui ont eu l’impression qu’il était à la fois protecteur en matière économique, et laxiste en matière d’immigration, d’identité nationale, ou de lutte contre la délinquance.

    Les tentatives très louables de Jean-Luc Mélenchon de proposer un discours original sur l’immigration ont été franchement infructueuses. A l’opposé, le discours de Marine Le Pen, sans composante émancipatrice, a donné l’impression d’une plus grande cohérence et « compacité », répondant d’un bloc aux quatre insécurités.

    Marine Le Pen a paru proposer un ensemble homogène de remparts, contre la finance, contre l’Europe de Bruxelles, contre l’immigration, contre la solitude des « oubliés » et des « invisibles ». Surtout, elle n’a pas été embarrassée par la dimension collective, voire collectiviste, portée par le Front de gauche. Quand la détresse atteint son paroxysme et que le terreau culturel n’est pas favorable, il est hélas très difficile de faire de la composante émancipatrice un sérieux argument de campagne pour toucher les classes populaires.

     

    Anticommunisme et Antisocialisme des classes populaires

    La droitisation de l’imaginaire collectif très bien décrite par Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin dans Voyage au bout de la droite touche particulièrement les classes populaires depuis trente ans. Parallèlement, l’imaginaire de gauche est en déclin, pour de nombreuses raisons : effondrement du PC et de sa contre-culture, ralliement d’une partie des socialistes au néo-libéralisme, etc. 

    Entre un discours protecteur individualiste, celui de Marine Le Pen, et un discours protecteur collectiviste et universaliste, celui de Jean-Luc Mélenchon, les classes populaires (principalement les ouvriers et les jeunes sans diplôme) préfèrent celui de Marine Le Pen. L’idée de communauté (mon village, ma « race », ma religion et, plus étonnant, « ma République ») a remplacé celle de société dans la représentation commune. Comme le redit Alain Mergier dans une interview aux Echos parue le 23 avril « dans les classes populaires, l’antisocialisme domine ».

    En temps de crise, Hobbes a raison contre Rousseau : le pessimisme anthropologique et l’individualisme sont plus porteurs. La reconstruction d’un imaginaire alternatif prendra du temps.

    Pour la permettre, ou du moins lui créer des conditions favorables, une victoire de François Hollande le 6 mai prochain est indispensable

     

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    La droite m'effraie, la gauche m'inquiète !

    Le Monde.fr | 27.04.2012 à 10h58 • Mis à jour le 27.04.2012 à 11h20

    Par Dominique de Villepin, ancien premier ministre

    La campagne du premier tour a été indigente. Celle du second devient indigne. L'instrumentalisation de faits divers, l'improvisation de bien des propositions, le débauchage sans vergogne de voix extrémistes, tiennent aujourd'hui lieu de débat. Les lignes rouges républicaines sont franchies une à une.

    Je veux le dire aujourd'hui avec gravité. C'est une route sans retour. La dérive électoraliste qui s'est engagée est un processus incontrôlable et sans fin. Une concession en entraînera toujours une autre. Un gage à l'extrémisme toujours un plus grand encore. Une digue rompue en fera céder une autre. Halte au feu !

    Je ne peux cautionner cette dérive.

    Le combat contre la logique des idées simples, de la peur et de la force, c'est l'engagement de toute ma vie politique au nom d'une certaine idée de la France. C'est la même spirale qui a entraîné la guerre en Irak et qui nourrit l'islamisme au nom du choc des civilisations. C'est la même spirale qui entraîne le Proche-Orient vers un désespoir toujours plus profond. La division n'a pas de fin. La haine n'a pas de fond. C'est cette conviction qui avait conduit Jacques Chirac à tracer des limites claires entre la droite républicaine et l'extrême droite. C'est cette conviction qui m'a conduit, cinq ans durant, à alerter contre les risques de dérive, de stigmatisation et de division.

    Je ne supporte pas l'hystérie générale qui s'est emparée de l'élection dans laquelle le peuple français est pris en otage par six millions d'électeurs en colère. Aujourd'hui, tout se passe comme s'il n'y avait en France que des électeurs du Front national. Comme s'il n'y avait pas d'autres questions que le halal, l'immigration légale, les horaires de piscines municipales. La compétitivité, l'éducation, l'agriculture, l'innovation : disparues. L'Europe, le chômage, les déficits sociaux, la délinquance ? Lus jusqu'à l'absurde à travers les lunettes déformantes et rétrécissantes du FN. Les responsables politiques ne cessent de se laisser creuser l'écart entre le discours et les actes, nourrissant la rage et le désenchantement. Le FN n'est que le produit dérivé de ce mensonge généralisé.

    C'est mon devoir de responsable politique d'assumer aujourd'hui l'exigence de mon héritage gaulliste en disant le poison mortel qui menace la droite : celui du reniement de ses valeurs, celui du sacrifice de ce qui fait notre identité. C'est mon devoir vis-à-vis des électeurs de la majorité qui, comme moi, s'interrogent, doutent du bien-fondé d'une telle politique, mais qui veulent croire que dans cette majorité il y a des hommes et des femmes dont la conscience reste en éveil et qui ne cesseront de se dresser pour que l'intérêt général prévale, pour que la dignité de notre pays l'emporte.

    Ne nous abîmons pas. Chacun de nous doit prendre ses responsabilités pour faire revenir notre monde politique à la raison et retrouver un chemin d'espérance, de réconciliation et de refondation. A la force et à la peur, nous ne pouvons, citoyens libres, qu'opposer le droit, la raison et l'humanité.

    La véritable réponse à cette dérive, ce sera de reconstruire un avenir pour notre pays.

    Aujourd'hui, c'est vrai, la droite m'effraie, mais la gauche m'inquiète. Le 6 mai, quoi qu'il arrive, sera la victoire d'un homme, mais pas la victoire de la France. Tout sera à faire. Tout sera à réinventer. Nous aurons une tâche formidable devant nous: la réconciliation des Français.

    Aucun des deux projets ne sera à même d'apporter les réponses nécessaires à une crise d'une gravité exceptionnelle. Alors faisons vivre deux exigences.

    La première exigence, c'est de regarder plus loin que cette élection pour affronter les grands défis à venir. Notre réponse au chômage, au déclin industriel, au défi énergétique, notre réorientation vers une économie de la connaissance par une éducation nationale plus juste et plus efficace, notre place en Europe, nous ne les trouverons pas dans l'idéologie. La clé de ces urgences, c'est le rassemblement, c'est l'action, c'est le sens du devoir.

    La deuxième exigence c'est, au-delà du bulletin de vote, au-delà du choix d'un nom, d'assumer jour après jour notre citoyenneté, avec vigilance et responsabilité face à tous les grands choix de notre nation.

    Mon rôle n'est pas de dire pour qui voter, car chacun doit prendre ses responsabilités. Les citoyens ne sont ni des moutons ni des enfants turbulents. Le 6 mai, que chacun vote en pensant à la France et à ce qu'elle a toujours porté de meilleur, à ses valeurs de respect, de dignité et d'humanisme, parce que, en conscience, il faut bien choisir.

    Et le 7 mai, tout restera à faire, il faudra se rassembler pour agir. C'est dans cette ligne que je m'engagerai dans la voie du redressement de notre pays.

    Dominique de Villepin, ancien premier ministre

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    Pour le milliardaire et propriétaire du Point, François Pinault: "Sarkozy perd les pédales. Il est cuit !"

    Le Monde publie, cet après-midi, un article qui rapporte des propos très durs du milliardaire et propriétaire du Point, François Pinault, contre le Président de la République.

    Le Monde écrit:

    *Le milliardaire tire ses salves en direction du président sortant dont il moque la dernière formule : "Présomption de légitime défense, c'est comme au Far West, il faut dégainer le premier ! Il perd les pédales. Les gens proches de lui pensent qu'il pourrait encore gagner. Il est cuit! C'est comme dans le bunker de 1945.""


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  • Révélations ; Média-Part, samedi 28 avril

    Ce que dit un document officiel libyenSarkozy-Kadhafi: lapreuve du financement

    Par Fabrice Arfi et Karl Laske

     

    Le régime de Mouammar Kadhafi a bien décidé de financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Mediapart a retrouvé un document officiel libyen qui le prouve. Cette note issue des archives des services secrets a été rédigée il y a plus de cinq ans. L’en-tête et le blason vert de la Jamahiriya préimprimés s’effacent d’ailleurs légèrement. Ce document, avec d’autres, a échappé aux destructions de l’offensive militaire occidentale. D’anciens hauts responsables du pays, aujourd’hui dans la clandestinité, ont accepté de le communiquer à Mediapart ces tout derniers jours.

     Dès 2006, le régime libyen avait choisi « d’appuyer la campagne électorale» de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, et ce pour un « montant de cinquante millions d’euros » : c’est ce qu’indique en toutes lettres cette note datée du 10 décembre 2006, signée par Moussa Koussa, l’ancien chef des services de renseignements extérieurs de la Libye.

    Un accord « sur le montant et les modes de versement » aurait été validé quelques mois plus tôt par Brice Hortefeux, alors ministre délégué aux collectivités locales, en présence de l’homme d’affaires Ziad Takieddine, qui a introduit dès 2005 en Libye les proches du ministre de l’intérieur, notamment Claude Guéant, et Nicolas Sarkozy lui-même. Le directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Bachir Saleh, alors à la tête du Libyan African Portfolio (LAP, soit l'un des fonds d'investissement financier du régime libyen), aurait de son côté été chargé de superviser les paiements.

    « Mon client n'était pas présent à la réunion indiquée dans le document, nous a indiqué Me Samia Maktouf, l’avocate de M. Takieddine. En revanche, il pense que ce document est crédible, vu la date et les personnes qui apparaissent dans ce document outre lui-même. »

    « Ce document prouve qu'on est en présence d'une affaire d'Etat, que ces 50 millions d'euros aient été versés ou non, a lui-même commenté M. Takieddine, rencontré par Mediapart vendredi 27 avril. L'enquête sera difficile parce que beaucoup d'intervenants sont morts pendant la guerre en Libye, mais c'est déjà important de rendre public ce document. » Cette réponse de Ziad Takieddine – malgré son hostilité exprimée de multiples fois à notre égard – est celle d’un acteur clé de la lune de miel franco-libyenne, qui a secrètement conseillé Claude Guéant jusqu’à la veille de la guerre, comme en attestent de nombreuses notes publiées par Mediapart.

    L’une d’entre elles, rédigée le 6 septembre 2005 par Ziad Takieddine et adressée à Claude Guéant, affirmait ainsi que certains pourparlers franco-libyens devaient « revêtir un caractère secret ». « L’autre avantage : plus d'aise pour évoquer l'autre sujet important, de la manière la plus directe...», précisait le document, mystérieusement.

    L’élément nouveau que nous publions aujourd’hui vient désormais confirmer les accusations portées par les principaux dirigeants libyens eux-mêmes peu avant le déclenchement de la guerre sous l'impulsion de la France, en mars 2011. Mouammar Kadhafi, son fils Saïf al-Islam et un ancien chef des services secrets, Abdallah Senoussi, avaient en effet tous trois affirmé publiquement détenir des preuves d'un financement occulte du président français. La découverte de la note de M. Koussa exige désormais que s’engagent des investigations officielles – qu’elles soient judiciaires, policières ou parlementaires – sur cet épisode sombre et occulte des relations franco-libyennes.

    La face cachée de l’arrivée de Nicolas Sarkozy sur la scène libyenne, en 2005, puis en 2007, apparaissait déjà en filigrane dans le dossier des ventes d’armes à l’Arabie saoudite et au Pakistan instruit par les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, en particulier à travers l’activité de lobbying déployée par M. Takieddine en faveur de l’ancien ministre de l’intérieur auprès de Tripoli. Or l’enquête entre leurs mains vient d’être élargie par un réquisitoire supplétif, le 5 avril dernier, à tous les faits de blanchiment présumés apparus jusqu’à ce jour.

    Les investigations visent l’intermédiaire, mais aussi plusieurs proches du chef de l’Etat, Thierry Gaubert, Brice Hortefeux, Nicolas Bazire ou encore plus indirectement Jean-François Copé. Echappée des secrets de la dictature déchue, la note décisive que nous reproduisons ci-dessus – et dont la traduction intégrale est sous l'onglet Prolonger – vient en outre confirmer les propos de l'ancien médecin de M. Takieddine, qui avait suivi alors les déplacements de l'homme d'affaires, notamment en Libye, et avait rapporté des projets de financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la Libye.

    Selon des connaisseurs du régime libyen à qui nous l'avons soumis, ce document, dont le signataire et le destinataire appartenaient au premier cercle de Kadhafi, est conforme, jusque dans son style, aux habitudes bureaucratiques du régime. Outre celle du calendrier grégorien, la deuxième date qui y figure conforte son authenticité : elle n'est pas celle du calendrier musulman habituel, mais de celui imposé par le dictateur, qui part de l'année du décès du prophète Mahomet, l'an 632.

    Un document authentique, selon Ziad Takieddine

    Depuis plusieurs mois, nous avons entrepris des recherches pour retrouver des dépositaires d’archives du régime déchu, en rencontrant à Paris et à l’étranger plusieurs représentants de factions libyennes, dont certaines avaient conservé des documents et d’autres s’en étaient emparés, en marge des affrontements armés. Ainsi, Mediapart a publié ici, dès le 10 avril dernier, des documents des services spéciaux libyens demandant des mesures de surveillance d’opposants toubous domiciliés en France.

    Le document décisif que nous publions aujourd’hui, sous la signature de Moussa Koussa, a été adressé, le 10 décembre 2006, à un ancien homme clé du régime libyen, Bachir Saleh, surnommé le “caissier de Kadhafi”. Directeur de cabinet du “guide” déchu, M. Saleh était aussi le responsable du Libyan African Portfolio (LAP), le puissant fonds souverain libyen crédité de plus de 40 milliards de dollars. Sous l’ère Kadhafi, le LAP a servi à d’innombrables opérations d’investissement. Certaines avouables (tourisme, pétrole, agriculture, télécommunications…). Et d’autres moins, comme l’ont confirmé plusieurs sources libyennes concordantes. Contacté sur son numéro de téléphone portable français, M. Saleh n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    Connu pour avoir été l’un des plus proches collaborateurs de Mouammar Kadhafi et le mentor de deux de ses fils (Motassem et Saïf al-Islam), Moussa Koussa a quant à lui été le patron pendant plus de quinze ans, entre 1994-2011, des services secrets extérieurs libyens (l’équivalent de la DGSE française), avant de devenir le ministre des affaires étrangères de la Libye.

    Notons que l’auteur de cette note et son destinataire ont vécu, à l’heure de la chute du régime Kadhafi, des destins similaires. Moussa Koussa vit actuellement au Qatar, sous protection, après avoir fui la Libye en guerre, en mars 2011, ralliant d’abord Londres, puis quelques semaines plus tard Doha. Bachir Saleh, emprisonné brièvement par les rebelles du Conseil national de transition (CNT) avant d’être relâché en août dernier, a été exfiltré et accueilli par les Français. Comme l'a rapporté Le Canard enchaîné, lui et sa famille bénéficient toujours de la protection des autorités françaises qui leur ont accordé un titre de séjour provisoire.

    Les deux paragraphes écrits par Moussa Koussa sont sans équivoque sur le sujet explosif abordé. « En référence aux instructions émises par le bureau de liaison du comité populaire général concernant l’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros », peut-on d'abord y lire. Puis M. Koussa affirme transmettre et confirmer « l’accord de principe sur le sujet cité ci-dessus ». Le montant pharaonique promis par les Libyens est à rapprocher des 20 millions d’euros officiellement dépensés par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007.

    L’ancien chef des services secrets extérieurs de Mouammar Kadhafi ajoute dans sa note que l’accord évoqué est formulé « après avoir pris connaissance du procès-verbal de la réunion tenue le 6. 10. 2006, à laquelle ont participé de notre côté le directeur des services de renseignements libyens (Abdallah Senoussi, ndlr) et le président du Fonds libyen des investissements africains (Bachir Saleh, ndlr), et du côté français Monsieur Brice Hortefeux et Monsieur Ziad Takieddine ». Ce serait « au cours » de cette entrevue qu’« un accord a été conclu pour déterminer le montant et le mode de paiement ». Le document ne précise cependant pas le lieu de cette réunion, qui s’est tenue un an jour pour jour après une visite de Nicolas Sarkozy en Libye.

    Ziad Takieddine, rencontré par Mediapart en présence de ses avocats, vendredi 27 avril, n’a pas contesté l’authenticité du document que nous lui avons présenté, tout en précisant comme Me Samia Maktouf, son avocate, qu’il n’avait pas été présent, le jour indiqué, à cette réunion.

    « Je n'ai pas assisté à cette réunion, mais elle a certainement pu avoir lieu, nous a indiqué M. Takieddine. Votre document reflète un accord signé par Moussa Koussa pour soutenir la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, et Brice Hortefeux a été effectivement là-bas à cette date ainsi qu'à d'autres dates, ça, c'est sûr. M. Moussa Koussa et les autres personnes citées étaient effectivement des relais avec la France. »

    Selon M. Takieddine, Claude Guéant, l’ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, et « son correspondant en matière de renseignement d'Etat », Bernard Squarcini, étaient parallèlement en lien étroit avec M. Koussa. « Cela se passait nécessairement en secret, vu la sensibilité des relations entre les services de renseignement », précise-t-il, tout en confirmant l’implication, côté libyen, de Béchir Saleh, comme représentant du LAP, et Abdallah Senoussi lui-même « dans les relations de la Libye avec la France ».

    « J'ai les éléments et je n'hésiterai pas à les sortir »

    Les relevés des voyages de M. Takieddine, dont la justice française détient la copie depuis plusieurs mois, montrent toutefois que l’homme d’affaires était à Tripoli le 9 décembre 2006, soit la veille de la rédaction de la note de Moussa Koussa. Il était également en Libye quelques jours plus tôt, les 20 et 21 novembre.

    Dans un entretien accordé le 25 avril à l’hebdomadaire Jeune Afrique, M. Takieddine déclare avoir été informé en mars 2011 par Saif al-Islam Kadhafi de l’existence d’un « versement d’argent » pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

    « Lors de ma dernière rencontre avec Seif al-Islam que j'ai interrogé, il m'avait bien dit : “J'ai les éléments et je n'hésiterai pas à les sortir”, explique M. Takieddine à Mediapart. En réalité, il ne pensait pas que Nicolas Sarkozy irait jusqu'au bout. On peut penser que c'est pour cette raison que le système a protégé Bachir Saleh (exfiltration et production d'un passeport diplomatique) et qu'ils ont essayé par tous les moyens de tuer Saif al-Islam qui a été à l'origine de ces révélations. Par ailleurs, cela explique l'accueil que Monsieur Claude Guéant m'a réservé dès mon retour de Libye, en m'arrêtant à l'aéroport (ndlr, le 5 mars 2011), car il pouvait penser que j'étais moi-même en possession de ces documents, pour pouvoir les subtiliser. »

    Ce n’est pas la première fois que le nom de Brice Hortefeux est associé à l’arrière-plan financier des relations franco-libyennes. Mais le haut responsable de l’UMP, intime de Nicolas Sarkozy, a toujours démenti. « Je n'ai jamais rencontré Moussa Koussa et Bachir Saleh, a déclaré M. Hortefeux à Mediapart, le 27 avril. J'ai déjà rencontré Abdallah Senoussi, qui connaissait beaucoup de monde, mais nous n'avons jamais eu de discussion sur un financement électoral. Je suis allé en Libye une seule fois dans ma vie, en 2005. J'oppose donc un démenti catégorique et vérifiable. »

    Comme Mediapart l’avait rapporté (ici), les confessions de l’ancien médecin de M. Takieddine, couchées sur papier le 20 décembre 2006 par le directeur d’une société de renseignements privés suisse, Jean-Charles Brisard, évoquaient déjà le nom de M. Hortefeux dans un schéma de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye en 2007. En des termes plus télégraphiques : « MODALITES FIN CAMPAGNE NS », « FIN LIB 50 ME », « MONTAGE INCLUT SOC BH PAN + BANQUE SUISSE (ND) » et « FIN CAMPAGNE TOTALEMENT REGLE ». Le mémo Brisard avançait aussi le chiffre de 50 millions d’euros affectés à la campagne de M. Sarkozy.

    « C'est grotesque », avait réagi Nicolas Sarkozy sur le plateau de TF1, le 12 mars dernier. « S'il (Kadhafi, ndlr) l'avait financée (la campagne, ndlr), je n'aurais pas été très reconnaissant », avait ironisé le président-candidat, en référence à l’intervention militaire française en Libye. Contacté vendredi 27 avril, l'Elysée n'a pas souhaité faire de nouveaux commentaires.

    L’actuel ministre de l'intérieur français, Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy place Beauvau, en 2006, a lui-même admis ses contacts répétés avec Moussa Koussa, début 2007, devant la commission d'enquête parlementaire sur la libération des infirmières bulgares. La sollicitude de la France vis-à-vis de Bachir Saleh pourrait aujourd’hui trouver son explication par sa connaissance des lourds secrets franco-libyens. Et des circuits financiers qu'il a lui-même supervisés.

    Quant à Abdallah Senoussi, également cité dans la note de décembre 2006, comme ayant participé aux réunions préparatoires avec Brice Hortefeux, au sujet du financement de la campagne électorale de 2007, il aurait été arrêté il y a quelques semaines en Mauritanie, mais aucune image n’est venue confirmer une telle affirmation. Il est réclamé par la Libye, mais également par la Cour pénale internationale (CPI), et la France, ayant été condamné par contumace à Paris dans l’affaire de l’attentat contre le DC-10 d’UTA.

    Une chose est en revanche certaine : les forces de l’Otan ont bombardé le 19 août 2011, à 5 heures du matin, la maison d’Abdallah Senoussi, située dans le quartier résidentiel de Gharghour, à Tripoli. Un cuisinier indien avait trouvé la mort dans le raid et une école avait été détruite. « C'est un quartier résidentiel. Pourquoi l'Otan bombarde ce site ? Il n'y a pas de militaires ici », avait alors dénoncé un voisin, Faouzia Ali, cité par l’Agence France-Presse.

    La réponse se trouve peut-être dans les secrets qui lient M. Senoussi à la France. « C'est le principal témoin de la corruption financière et des accords qui ont impliqué de nombreux dirigeants et pays, dont la France », a affirmé en mars dernier à l'agence Reuters une source « haut placée dans le renseignement arabe ».

     


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