• CONSIDÉRATIONS POLITIQUES

    SUR LES BOULEVERSEMENTS ECONOMIQUES EN COURS

    (20 janvier 2012)

     La France, l’Union européenne et plus largement l’ensemble du monde développé subissent depuis 2007 des bouleversements économiques et sociaux inouïs. Dans l’Union européenne en particulier, ils ne cessent d’aggraver de jour en jour les conditions de vie qui, pour un nombre croissant de citoyens, sont devenues véritablement tragiques.

    Face à une telle situation, le mot de crise apparaît inadapté et même trompeur. Comme l’écrit Philippe Genestier, chercheur en sciences sociales, dans le Monde du 31 octobre 2011, « Ce mot nous piège : nous incitant à considérer ce basculement comme un dérèglement temporaire, il nous empêche de l’appréhender comme un processus de fond ». Car nous assistons effectivement depuis le premier choc pétrolier du milieu des années 1970 à un basculement de l'axe de rotation de l'activité productive sur la planète.

    Devant cette situation, ballottés par les flots, les dirigeants européens naviguent à vue. Un jour, ils parlent de plans de relance, le lendemain, de rigueur.

    Comme chacun de vous, je ne cesse, moi aussi, de m’interroger non sans anxiété, pourquoi le cacher, sur le sens profond de ce qui est en train de se passer et sur l’avenir de notre pays et de l’Europe. Et, compte tenu de la gravité de la situation, mon premier devoir de candidat à la députation est de faire part aux électeurs que vous êtes de l’état de mes réflexions sur cette question politique fondamentale dont dépendent toutes les autres.

    Je ferai une première observation pour constater l’extraordinaire diversité des analyses faites, à propos de ces bouleversements, par des personnes toutes apparemment aussi qualifiées les unes que les autres. Il est notamment surprenant d’observer à quel point les économistes, qui pourtant se revendiquent scientifiques dans leur démarche, parviennent à des conclusions diamétralement opposées aussi bien dans leurs analyses que dans leurs conclusions. Ce qui me paraît confirmer une intuition pour moi très ancienne : si l’économie, au cours des dernières décennies, a usé et parfois abusé des instruments mathématiques qui lui donnent une coloration scientifique indubitable, elle n’en reste pas moins une science humaine. Jadis, elle était enseignée sous le nom d’« économie politique ». En lui ôtant son qualificatif qui prenait en compte sa dimension politique et donc humaine, on l’a trompeusement déguisée en une science dure. C’est donc politiquement que je veux envisager les bouleversements économiques en cours.

    Je n’ai certes pas la prétention de distinguer à priori, par moi-même et avec mes seules lumières, ce qui est réellement en train d’advenir et ce qu’il convient de faire en conséquence. J’ai bien sûr écouté dans la diversité de leurs analyses les économistes, les chercheurs, les responsables politiques, et généralement tous ceux qui ont travaillé sur ce basculement du monde et je suis ainsi parvenu à me forger quelques convictions « politiques » fortes, que je me propose de vous faire partager ici.

    1°) Nous ne sommes pas en présence d’une crise conjoncturelle mais d’un bouleversement systémique dont il est fondamental de bien discerner les causes ;

    2°) Faute de l’avoir fait correctement, par incapacité à s’arracher aux postulats de la pensée néolibérale qui gouverne le monde depuis 30 ou 40 ans, le FMI, l’Union Européenne, et les gouvernements de droite mais parfois aussi de gauche, prenant les effets – l’endettement des Etats – pour la cause, imposent mécaniquement aux citoyens des pays d’Europe des politiques déflationnistes qui, loin de guérir le mal, l’aggravera jusqu’à provoquer des catastrophes économiques et sociales, si rien ne change.

    3°) Les néolibéraux, responsables de la crise, entendent en faire porter la responsabilité à  notre modèle de société fondé sur le respect de la personne, y compris au travail, et aux spéculateurs (car les néolibéraux au pouvoir  affectent désormais d’avoir une pensée différente de ceux qui spéculent, ce qui est une blague, il n’est que de se souvenir, par exemple, qu’en 2007 Nicolas Sarkozy voulait importer en France le modèle de prêt hypothécaire américain, formidable instrument de spéculation globale qui a provoqué la crise dite des “subprimes”, et déclencha les catastrophes économiques en chaîne que nous connaissons.).

    Ainsi, cette crise est, selon moi, celle de la pensée néolibérale en action. C’est donc des gouvernements tels que celui de MM. Sarkozy et Fillon ne peuvent par hypothèse ni la combattre efficacement, ni porter remède aux conséquences sociales qu’elle engendre, notamment l’accroissement du chômage. Comment en effet pourrait-on sortir d’une déflagration systémique provoquée par les excès du néolibéralisme par des voies néolibérales ?

    4°) Il faut donc que soit mis fin aux politiques déflationnistes imposées en Europe par les dirigeants néolibéraux et, dans l’immédiat, que la Banque Centrale Européenne (BCE) soit dotée des moyens de lutter contre la spéculation qui augmente la dette des Etats en renchérissant leur remboursement. Quel que soit le moyen technique mis en œuvre, il faut que la BCE puisse monétiser sans limite la dette des pays de la zone Euro, ce qui revient à de la création monétaire. Dans la période actuelle, la priorité de la politique monétaire ne doit plus être la lutte contre l’inflation mais la lutte contre le chômage.

    5°) Les citoyens de l’Union Européenne devront donc être associés à un débat fondamental sur les nouvelles formes de la croissance qu’ils souhaitent, compte tenu des contraintes économiques et environnementales qui s’imposent à eux. En effet, les formes et les moyens de la croissance qui ont prévalu jusqu’ici ne sont plus soutenables, ni économiquement, ni écologiquement.

    Ce sont ces convictions dont j’ai tenté de justifier les fondements dans les réflexions ci-dessous.

     

    I - DONC, QUE S’EST-IL PASSÉ ET QUE SE PASSE-T-IL ?

    Le bouleversement systémique que nous vivons n’est pas dû à l’endettement des Etats, il est la conséquence de la dérégulation des échanges (la mondialisation) et de la dérégulation des marchés financiers, qui ont provoqué l’endettement des Etats.

     

    1°) La mondialisation et l’endettement public

    Depuis une trentaine d’années, la pensée néolibérale dominante a imposé au monde entier l’idée que le taux de profit des grandes entreprises est le critère unique de la bonne gestion d’un pays. C’est en vertu de ce principe qu’on a ouvert sans régulation les frontières aux biens du tiers-monde et de la Chine.

    Selon le dogme, cette mondialisation régulée par le seul marché global était « bonne pour tout le monde ». Aux pays du tiers-monde, elle devait permettre de se développer par l’industrialisation et ne plus être seulement des exportateurs de matières premières. Aux pays développés elle devait apporter un surcroît  de prospérité grâce aux gains de productivité rendus possibles par la suppression de toute régulation autre que celle de la « main invisible » du marché global.

    Concernant les pays sous-développés chacun, notamment en Afrique, peut apprécier ce qu’il en est de l‘espoir d’industrialisation apportant la prospérité.

    En Europe, la mondialisation a permis aux importateurs de la grande distribution et à l’industrie de s’approvisionner à des prix asiatiques et de vendre à des prix européens, s’assurant de la sorte des profits considérables.

    En effet, bien que pratiquant le contrôle des changes et enfreignant toutes les règles du libre-échange, la Chine a pu être admise au sein de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en 2001, ce qui lui a permis d’accéder en toute liberté aux marchés occidentaux.

    Dans toute économie «normale», régie par les règles libérales, les déséquilibres de la balance commerciale seraient corrigés instantanément et sans douleur par un ajustement des taux de change monétaires : les pays en situation de déficit chronique verraient ainsi le taux de change de leur monnaie chuter jusqu’au rééquilibrage en valeur des importations et des exportations.

    Mais les membres de la zone euro se sont interdits ce genre d’ajustement : les dettes publiques sont la conséquence directe et obligatoire de ces déficits commerciaux.

    - Les pays créanciers (Chine et aussi pays exportateurs de pétrole), pour ne pas perdre le bénéfice de leurs réserves de devises, sont obligés de les prêter ou de les investir dans les pays débiteurs (États-Unis, Europe du sud).

    - Ces derniers sont obligés de s’endetter pour éviter à leurs concitoyens privés de travail et de ressources par la faillite des entreprises exportatrices, de simplement mourir de faim.

    Pour qui en douterait, il n’est que de considérer le cas japonais : l’archipel nippon supporte une dette publique bien plus forte que celle de n’importe quel État européen (200% du PIB), pourtant, ni «les marchés» ni personne ne menace sa stabilité. C’est que le pays affiche un solde commercial équilibré et toute la dette publique est entre les mains des épargnants japonais eux-mêmes[1].

    Ainsi, la mondialisation néolibérale, en mettant les travailleurs d’Europe en compétition avec les mains-d'œuvre abondantes, peu qualifiées, sous-payées et exploitées (y compris le travail des enfants) des pays en développement, a ruiné les industries européennes les plus fragiles, en nombre de plus en plus important, notamment dans les pays du sud qui ont vu leurs exportations chuter de manière dramatique. Les conséquences de cette politique sont dramatiques. Elle a conduit :

    Sur le plan économique :

    -         Aux délocalisations et à la destruction de pans entiers du tissu industriel ;

    -         A la chute de l'activité économique qui a mécaniquement réduit les recettes fiscales tout en entraînant un accroissement des dépenses de solidarités.

    Sur le plan financier :

    -         A l’augmentation de la dette publique (cf. pour la France le tableau ci-dessous).

    Augmentation des importations, baisse des exportations, accroissement des charges résultant du chômage : les Etats et les Collectivités Locales ont dû augmenter leur endettement pour faire face au déficit creusé par la mondialisation néolibérale.

    Le lien entre déficit commercial et dette publique des Etats apparaît nettement dans les chiffres de la comptabilité nationale de la France :

    France : dette publique[2]  et solde public annuel[3] de 1997 à 2010

    Année

    Dette

    publique

    Solde public

    annuel

    Dette

    publique

    Solde public

    annuel

    En % du PIB

    En milliards d'Euros

    1997

    59,5 %

    -3,3 %

    752,5

    -41,8

    1998

    59,6 %

    -2,6 %

    787,4

    -34,6

    1999

    59,0 %

    -1,8 %

    806,9

    -24,6

    2000

    57,5 %

    -1,5 %

    827,3

    -21,7

    2001

    57,1 %

    -1,6 %

    853,3

    -24,6

    2002

    59,1 %

    -3,3 %

    912,0

    -50,4

    2003

    63,3 %

    -4,1 %

    1 004,9

    -64,7

    2004

    65,2 %

    -3,6 %

    1079,5

    -59,2

    2005

    66,8 %

    -2,9 %

    1 147,6

    -50,2

    2006

    64,1 %

    -2,3 %

    1 152,2

    -41,9

    2007

    64,2 %

    -2,7 %

    1 211,6

    -51,6

    2008

    68,2 %

    -3,3 %

    1 318,6

    -64,3

    2009

    79,0 %

    -7,5 %

    1 492,7

    -142,5

    2010

    82,3 %

    -7,1 %

    1 591,2

    -136,5

    France : Solde FAB-CAF de la balance

    commerciale en milliards d'euros

    de 2000 à 2010

    Années

    Montants des soldes

    2000

    -10,57

    2001

    -4,63

    2002

    0,61

    2003

    -4,29

    2004

    -14,22

    2005

    -33,96

    2006

    -41,00

    2007

    -52,79

    2008

    -67,30

    2009

    -53,49

    2010

    -64,28

    Source : INSEE – Comptes de la nation – Base 2005

    -         Gouvernement de L. Jospin (PS) – Présidence J. Chirac

    -         Gouvernements Raffarin et Villepin (UMP) – Présidence J. Chirac.

    -         Gouvernement Fillon (UMP) - Présidence N. Sarkozy

    L’endettement des Etats a augmenté d’autant plus vite que parallèlement les gouvernements ont, comme en France, pratiqué une baisse d’impôt au bénéfice de la fraction la plus aisée des contribuables (le bouclier fiscal).

    Ce n’est donc pas l’endettement des Etats qui cause les bouleversements actuels mais l’inverse : ces derniers sont dus, du moins pour une bonne part, à la mondialisation néolibérale incontrôlée.

    Mais la dérégulation des échanges n’est pas seule en cause. Celle des marchés financiers, a largement déterminé les effondrements économiques actuels.

     

    2°) La dérégulation des marchés financiers

    Le 22 janvier 2006, Philippe Le Boucher publiait dans Le Monde une chronique économique intitulé « la conduite du peuple des marchés » qu’il faudrait citer intégralement. Extrait :

     “Et si le prototype du grand leader politique du XXIe siècle c'était lui ? Alan Greenspan, le président de la Federal Reserve américaine (FED) qui va quitter sa fonction à la fin du mois de janvier après dix-huit années de règne sur le dollar, représente l'intuition savante, le feeling informé, le mélange fin des maths et des sentiments, des données numériques et du pif”.

    Et plus loin :

    « Les hommes politiques devraient pour leur conduite des peuples s'inspirer des méthodes mises au point par le "magicien" pour gérer les marchés ».

    Quelles méthodes ? L’histoire récente nous en indique à la fois le contenu – la dérégulation des marchés financiers - et les résultats – la crise financière dite des subprimes qui éclata aux Etats-Unis aux alentours d’août-septembre 2007.

     

    Les agences de notations financières

    Le 23 octobre 2008, la commission parlementaire américaine qui enquêtait sur les erreurs de régulation qui avaient conduit à la crise dite des « subprimes » avait invité les PDG des agences de notation financières Moody's, Standard & Poor's et Fitch à venir expliquer comment les obligations qui avaient précipité la catastrophe avaient pu être notées triple A.

    Les agences de notation financières ont pour rôle d'évaluer le risque de défaillance d’un emprunteur, entreprises privées ou administrations, collectivités territoriales ou Etats. Elles sont en principe au cœur du système d’information qui permet aux investisseurs de faire des choix rationnels.

    Les agences publient aussi des notes de « perspectives » sur l’évolution probable des émetteurs d’obligations, c’est à dire des emprunteurs, et une « liste de surveillance » des émetteurs d’obligations dont la note peut être revue à la baisse.

    Tout leur travail a l’apparence du sérieux, de l’indépendance et de l’impartialité… sauf qu’elles sont payées par les émetteurs d’obligations.

    Ces agences de notation, notamment Moody's, Standard & Poor's et Fitch, qui aujourd’hui font la loi et les prophètes concernant la politique des Etats d’Europe, ont été pourfendues en 2008 par la commission d'enquête américaine pour leur « grossière incompétence » et leurs « défaillances flagrantes », pour n’avoir pas vu venir l'effondrement de la valeur des MBS (« mortgage-backed securities »), les crédits hypothécaires résidentiels « titrisés »[4].

    Toujours aux alentours du 23 octobre 2008, le président de la commission lut un dialogue par courriel entre deux salariés de l’agence de notation Standard & Poor's, Dilip Shah et Shannon Mooney :

    -         Shah : Au fait, ce deal c’est du n’importe quoi.

    -         Mooney : Oui, je sais. Les paramètres du modèle ne prennent même pas en compte la moitié du risque.

    -         Shah : On ne devrait pas noter un truc pareil.

    -         Mooney : On noterait même des obligations émises par les vaches.

    -         Shah : Mais il y a trop de risque associé. Personnellement, je me sens mal à l’aise pour donner mon aval»[5]

    Sans commentaires.

    Enfin, voici les conclusions de M. Waxman, président de la commission d’enquête américaine, peu soupçonnable de gauchisme, concernant les agences de notation : « l’histoire des agences de notation financières est l’histoire d’un échec abyssal. Les agences ont bafoué la confiance du public et les institutions chargées de la régulation, se sont bouché les oreilles et n’ont rien fait pour protéger les gens […] ».[6]

     

    Alan Greenspan, président de la FED (banque centrale américaine)

    Le lendemain 24 octobre 2008, ce fut au tour d’Alan Greenspan, président de la FED de 1987 à 2006, d’être interrogé par la commission.

    Mr Alan Greenspan a lu, devant les parlementaires américains, son témoignage dans lequel il disait notamment qu’il était « en état de choc et d'incrédulité [7] ». Mais il ajoutait : « Nous sommes au milieu d’un tsunami du crédit, comme il s’en produit un par siècle [8] ».

    Mr Alan Greenspan – le « magicien » encensé par Philippe le Boucher - attribua les excès sur le marché des titres immobiliers à un engouement excessif, une demande intarissable de la part des investisseurs et à leur manque d'esprit critique face aux avis des agences de notation. Il considéra que « dans l’ensemble les marchés avaient bien fonctionné,  même s’il convenait de réguler les Credit Default Swaps[9] ». Quand le président de la commission, le député démocrate Waxman lui demanda droit dans les yeux : « Avez-vous eu tort en ce qui concerne les effets bénéfiques de la dérégulation ? », l’ancien oracle répondit : « En partie ».

    Je pense que les propos de MM. Philippe Le Boucher, Alan Greenspan, Dilip Shah et Shannon Mooney  illustrent si parfaitement à la fois l’échec de la pensée néolibérale en action, et l’erreur de ses chantres, que je pourrais ne rien ajouter pour démontrer les effets néfastes des principes néolibéraux appliqués aux marchés financiers.

    Mais la tendance naturelle à l’oubli m’incite à rappeler comment les bouleversements que nous avons commencé à vivre ont leur origine dans la crise américaine des crédits hypothécaires, elle-même parfaite expression du capitalisme néolibéral contemporain dans lequel, la compression continue des salaires et la diminution de la part de ces derniers dans le produit national au profit de la rémunération du capital[10] n’a laissé subsister, pour soutenir la demande, que le super-endettement des ménages.

    Les médias étant accaparés par ce qu’ils appellent – improprement nous l’avons vu – la crise des endettements souverains en Europe, il paraît donc indispensable de rappeler le rôle qu’ont joué en 2007 et 2008 les Collateralized Debt Obligations (CDO) dont nous avons vu que le marché, selon Alan Greenspan, aurait bien fonctionné, mais également le rôle des Credit Default Swaps (CDS) dont le même Alan Greenspan a concédé, devant la commission parlementaire américaine, qu’il faudrait les réguler.

     

    Les Crédit Default Swaps

    Les « credit default swaps » sont des contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs d’obligations mis au point en 1996 par la banque JP Morgan, bientôt suivi par Citigroup, Bank of America et les « hedge funds » (fonds d’investissement spéculatifs) etc.

    Par ce contrat, l'acheteur verse une prime, calculée sur le montant de l’obligation à couvrir, au vendeur qui promet de compenser les pertes de l'actif en cas d'événement de crédit [11] précisé dans le contrat. Il s'agit donc, de l'équivalent d'un contrat d'assurance.

    Ces contrats furent rapidement transformés (titrisés) en titres négociables, les CDS, ce qui pour les banques présentait l’avantage de transférer le risque du prêt sur le détenteur du titre.

    « Le credit default swaps » présentait deux caractéristiques, autorisées par la réglementation (ou plutôt l’absence de réglementation) :

    1°     C’est une transaction non-financée en ce sens que « l’assureur » n’a pas l’obligation de bloquer des fonds pour garantir le paiement de l’indemnité qu’il devra payer en cas d’événement de crédit : le vendeur de protection reçoit des primes périodiques et augmente ses avoirs sans nul investissement en capital ;

    2°     Il n’est  pas nécessaire d’être exposé au risque couvert pour acquérir des CDS ;

    Compte tenu de ces caractéristiques, les CDS qui à l’origine étaient sensés couvrir des risques devinrent rapidement et essentiellement un fantastique instrument de spéculation comme la fameuse faillite de la banque Lehman Brother le mettra en évidence.

    Le 15 septembre 2008, Lehman Brother, quatrième banque d'investissement de Wall Street, submergée par des pertes dans ses investissements immobiliers « toxiques » se déclara en faillite. On constata qu’alors que les  créances contre la banque s’élevaient à 150 milliards de dollars, cette faillite déclencha des demandes de remboursement pour un montant de 360 milliards de dollars au titre des CDS c’est-à-dire des assurances contre une faillite de la banque. Il y avait un montant de CDS deux fois et demi plus élevé que le montant des dettes de la banque!!!  

    La somme totale des CDS contractés aux États-Unis qui s’élevait à 900 milliards de dollars en 2001 atteignait 62 000 milliards de dollars en 2007 soit un chiffre proche du total des dépôts bancaires de la planète et près de dix fois supérieur au montant total des actifs assurés.

    Ce n’est pas dans l’économie réelle mais dans les spéculations en tous genres, et notamment celles sur les dettes souveraines, que cette masse financière énorme, créée de toute pièce par les banques, trouve à s’investir, contribuant aux  déséquilibres économiques et sociaux que nous connaissons.

     

    Les Collateralized Debt Obligations (CDO) et la crise des « subprimes »

    Les CDO

    Sous la présidence d’Alan Greenspan, « le magicien », à partir de 2002, la banque centrale américaine (FED), encouragea le crédit facile pour relancer l'économie. Des millions de foyers modestes s’endettèrent alors sans difficulté pour devenir propriétaires, moyennant des prêts « à surprime » dits « subprime » : contractuellement, les taux d'intérêts de ces prêts variaient en fonction inverse de la valeur du bien immobilier : plus la valeur du bien augmentait, plus le taux était bas. Inversement, lorsque la valeur du bien baissait, le taux d'intérêt augmentait.

    Comme les organismes de prêt sont limités dans leur activité par la règle selon laquelle les sommes qu’ils peuvent prêter ne doivent pas dépasser un certain pourcentage de leurs fonds propres, ils eurent l’idée de contourner cette règle en transformant la masse des crédits accordés en titres négociables (titrisation)[12]. Ces titres, les Collateralized Debt Obligations (CDO), produits dérivés des emprunts immobiliers, furent placés sur le marché à partir de 2002.

    Les acquéreurs des CDO - fonds de pension, Collectivités Locales, banques et assureurs, Communes, entreprises et administrations etc. du monde entier etc.- devenaient alors prêteurs à la place des banques émettrices de Wall Street et percevaient les intérêts, cependant que les prêts titrisés sortaient du bilan des organismes prêteurs initiaux qui purent alors, en toute régularité, effectuer de nouveau prêts. Ils le firent d’ailleurs sans être trop regardant sur les garanties offertes par les emprunteurs, sachant bien, qu’in fine, les risques des prêts seraient transférés par la titrisation sur les acquéreurs de CDO. La boule de neige, la bulle financière, pouvait ainsi croître à l’infini… du moins tant qu'il y aurait des acheteurs pour les CDO. Or, les banques notamment, attirées par les taux d'intérêt élevés, ont inclus ces titres dans leurs Sicav monétaires dynamiques que les épargnants avides d'intérêts élevés achetaient avec gourmandise.

    La crise des subprimes

    Mais au début de 2007, le marché immobilier américain s’effondra. Les taux d’intérêt des prêts immobiliers qui, comme on l’a vu, varient en sens inverse de la valeur sur le marché immobilier des habitations qu’ils servirent à acheter, grimpèrent en flèche pour atteindre jusqu’à 18%, cependant que la valeur des habitations baissait, devenant inférieure au montant des crédits qu’elle était supposée garantir par hypothèque. La multiplication des défaillances des emprunteurs et la revente de leurs habitations saisies (on estime que fin août 2007 près d’un million d’emprunteurs avaient perdu leur logement) accélérèrent encore la chute des prix de l’immobilier. A l’été 2007, le taux de non remboursement sur les crédits « subprime » dépassa les 15 %. Le remboursement de plus d’un prêt sur 5 n’était pas honoré.

    Enfin, l’effondrement du prix de l’immobilier entraîna mécaniquement celui de la valeur des CDO dans lesquels les marchés n’avaient évidemment plus confiance. Les banques de la planète entière, liées entre elles par des accords financiers, durent faire face aux demandes de remboursement des épargnants et subir des pertes énormes. Au 31 janvier 2008, soit six mois après l'éclatement de la bulle spéculative des subprimes, les pertes causées par les CDO s'élevaient à 265 milliards de dollars.

    Afin de pallier à leur manque de liquidité, les banques furent contraintes de vendre massivement et sur un court laps de temps, leurs titres immobiliers (actions et obligations) provoquant ainsi une chute brutale des valeurs boursières aux Etats unis, en Europe, et en Asie.

    Les interventions des banques centrales

    De leur côté, afin d’éviter l’effondrement total du système financier, les banques centrales interviennent, parfois massivement comme aux Etats-Unis, pour sauver les banques et compagnies d’assurances en péril, entre mars et septembre 2008.

    Le 16 mars 2008, JP Morgan Chase rachète la banque d'affaires américaine Bear Stearns avec l'aide financière de la banque fédérale américaine ; le 7 septembre 2008, Le Trésor américain renfloue Fannie Mae et Freddie Mac, piliers du crédit immobilier américain ; le 15 septembre 2008, Merrill Lynch, elle aussi en faillite, est rachetée par Bank of America, la première banque de dépôt américaine ; le 17 septembre 2008,  AIG le premier assureur mondial est nationalisé avec une intervention de la FED à hauteur de 85 milliards de dollars ; le 18 septembre 2008, les autorités américaines annoncent un plan d'un montant de 700 milliards de dollars pour débarrasser les banques de leurs actifs invendables ; le 28 septembre 2008, la banque européenne Fortis est renfloué par les autorités belges, néerlandaises et luxembourgeoises. A la même date en Angleterre, Bradford and Bingley est nationalisée ; le 30 septembre 2008, après Fortis, les gouvernements belges, français et luxembourgeois, volent au secours de Dexia (l'Etat français verse pour sa part 3 milliards d'euros à la banque).

    Le 29 septembre 2011 après deux ans de batailles judiciaires, deux journalistes du Bloomberg Markets Magazine ont obtenu les 21 000 pages de documents de la FED relatifs à 21 000 interventions de cette dernière pour endiguer la crise financière. La FED refusait de les communiquer, prétendant que la publication du détail des chiffres relatifs aux aides reçues par chaque banque risquait d’accroître la vulnérabilité de celles-ci. Ces documents feront l’objet d’une synthèse qui sera publiée en janvier 2012.

    Mais d’ores et déjà, se dégageaient des documents de la FED que cette dernière a injecté 7.700 milliards de dollars de liquidités dans le système financier américain durant la crise de 2007-2009. Ce chiffre représente environ la moitié du produit intérieur brut américain[13]. On peut donc dire que tout se passe comme si, pour sauver le système financier sur le point de voler en éclat, les banques centrales avaient apporté aux banques, à posteriori, l’argent de la spéculation que la réglementation leur avait permis de ne pas avancer.

     

    3 - Conclusion

    Que conclure des faits saillants que je viens de rappeler ?

    Nous avons vu à travers l’exemple des CDS et des CDO que les produits dérivés, mis sans contrôle sur les marchés par la « finance créative » des Etats-Unis, par titrisation d’emprunts divers et variés, étaient de purs et simples instruments de spéculation financière. Les bulles financières que nous avons mises en évidence en sont le signe incontestable.

    D'après les statistiques publiées en mai 2008 par la Bank for International Settlement[14] les produits dérivés (comme les CDS et les CDO) représentaient 1.140 bilions de dollars en 2007, soit 114 000 milliards de dollars. Sur ces 1.140 bilions de dollars de produits dérivés, 548 billions (54 800 milliards) de dollars étaient cotés sur des marchés régulés et 596 billions, 596 00 milliards de dollars, étaient des produits échangés over the counter, (appelés OTC), c’est à dire sur le marché non régulé.

    Quand l’économie était encore politique, on enseignait que les bourses, marchés des titres mobiliers, servaient à financer l’économie réelle en apportant aux entreprises les capitaux des épargnants dont elles avaient besoin pour se développer.

    La « finance créative » néolibérale a transformé les bourses en casino laissant les entreprises de l’économie réelle ballottées au grès d’une spéculation qui s’autoalimente et ne sait plus quoi inventer pour investir des capitaux qui gonflent en bulles spéculatives dans des proportions pharaoniques. Avec l’éclatement de ces bulles, c’est désormais un continent entier, l’Europe, dont l’économie soudainement poussée vers la récession, a commencé à dériver, en attendant que le mal parti des Etats-Unis y retourne et contamine également l’Asie et de proche en proche la planète entière.

     

    II - Quel mal ?

     

    1 – Le « consensus de Bruxelles » ou la réponse erronée du néolibéralisme

    Nous avons vu :

    -         Que le basculement de l’activité productive de la planète vers l’Asie, accéléré par la mondialisation non régulée, n’est pas conjoncturel mais traduit un mouvement de fond de longue durée et de grande ampleur.

    -         Que les bouleversements structurels qui menacent actuellement d’emporter l’Europe résultent du complexe la mondialisation/spéculation qui ont creusé les déficits et les ont rendus, conjoncturellement, insoutenables pour les marchés financiers.

    Mais confrontés à la désindustrialisation et à la montée du chômage les dirigeants actuels de l’Europe incriminent au contraire les États qui s’endettent outre-mesure pour payer des fonctionnaires et verser des aides sociales. Selon eux, le coût des services publics et les politiques sociales, seraient à l’origine de ce qu’ils appellent « la crise de l’endettement ». Donc supprimons, réduisons ou privatisons les services publics, supprimons les fonctionnaires, privatisons la protection sociale, les comptes seront assainis et la croissance repartira comme par miracle.

    La tentative néolibérale d’enrayer la catastrophe se fonde sur une analyse erronée de la situation véritable du monde. Alors qu’on se trouve en présence d’un bouleversement systémique vraisemblablement irréversible, le néo-libéralisme tente d’y apporter, sous la pression et le contrôle des marchés, des solutions de court terme qui se caractérisent par l’intensification d’une dynamique d’austérité, le démantèlement des systèmes contractuels et de protection sociale, la privatisation des services publics. Une politique qui revient en dernière analyse à soumettre le travail, les biens matériels et immatériels et finalement toute la vie de populations entières, à des cotations boursières sur les marchés financiers globaux qui ont pris le pouvoir.

    Dans un article publié dans Le Monde le 1er mars 2010, Michel Dévoluy, professeur d'économie à l'université de Strasbourg, explique lumineusement par quel extraordinaire renversement conceptuel la crise des subprimes, née d’une spéculation voulue et organisée sur les marchés financiers, aboutit à la mise en cause par les néolibéraux de la dépense publique et des Etats accusés de creuser les déficits.

    « La brutalité des mesures qui étaient menées par trois institutions localisées dans la capitale américaine (le FMI, la Banque mondiale et le Trésor américain) en vue de redresser les économies en difficultés, est connue. On a d'ailleurs parlé, depuis 1989, du « Consensus de Washington » pour désigner ces politiques très libérales qui en font peser le poids du redressement sur les plus faibles, notamment dans les pays d'Amérique du sud. A force de critiques, cette approche radicale faisait moins recette. Mais la crise permet d'en réintroduire l'esprit à travers son avatar : le Consensus de Bruxelles.

    Ainsi, tout est bien qui finit bien pour les défenseurs du néolibéralisme. La crise déclenchée par les subprimes aboutit à se focaliser sur les périls des dépenses publiques. Mieux, cette crise permet d'accélérer le lent mais systématique recul des services publics et des mécanismes de solidarité entrepris, en Europe, depuis la mise en place du marché unique.

    Précisément, le retour à l'orthodoxie libérale s'effectue sous nos yeux en deux temps : le discours sur la sortie de crise et la remise en cause de la crédibilité financière des Etats.

    La crise a naturellement entraîné un creusement majeur des déficits. Des sommes gigantesques[15] ont été mobilisées dans le sauvetage des banques puis dans les plans de relance. Parallèlement, la chute de l'activité économique a mécaniquement réduit les recettes fiscales tout en entraînant un accroissement des dépenses de solidarités.

    La hausse des déficits était donc inéluctable. Et il faudra du temps pour les résorber. Se précipiter en instaurant des politiques de nature déflationniste freinerait la reprise tout en faisant peser les coûts d'ajustement sur les revenus des plus faibles et sur les dépenses de solidarité. Pourtant, c'est bien ce type de politique économique que les responsables européens semblent privilégier. [16]

    Ces stratégies de redressement rapide des comptes publics reposent sur l'idée que les déficits publics résulteraient, avant tout, de l'incapacité structurelle des Etats à maîtriser leurs dépenses. Il faut donc vite redresser la barre ! Mais ces analyses occultent le fait que le gros des déficits vient de la crise et que celle-ci provient des disfonctionnements des marchés et de la cupidité des acteurs privés. Le renversement est ici magistral. Les problèmes ne résultent pas des errements du système d'économie libérale mais du poids de l'Etat et des dépenses sociales… »

    Sur la base du diagnostic erroné que proposent les néolibéraux à la manœuvre en Europe sous la conduite de la Troïka européenne (Union Européenne, FMI, Banque Centrale Européenne [BCE]), et d’Angela Merkel assistée de mauvaise grâce par Nicolas Sarkozy, pour sortir de ce qu’ils appellent la « crise de l’endettement » ?

     

    2 - Le remède néolibéral : mortel

    Sous les apparences d’une réponse budgétaire rationnelle et nécessaire à une situation conjoncturelle, les néolibéraux au pouvoir à Bruxelles et dans toutes les grandes capitales européennes ont mené une politique structurelle de démantèlement des acquis sociaux : non remplacement des fonctionnaires partant à la retraite, réduction du traitement des fonctionnaires, coupes sauvages dans les dépenses publiques, diminution des prestations sociales, augmentation de la TVA etc. Mais compte tenu de la situation exceptionnelle, les néolibéraux ont ajouté à cet arsenal classique mis en œuvre en 2010, la fameuse « règle d’or » qui consiste à constitutionnaliser le principe de l’équilibre budgétaire.

    Sans mémoire historique ils ne perçoivent pas le caractère insoutenable des «politiques de rigueur» qu’ils imposent. Par horreur de l’inflation qui avait ravagé le pays en 1923, l’Allemagne a mis en place une telle politique déflationniste en 1930 pour tenter de contrer la crise qui avait éclaté en 1929 aux Etats-Unis et atteignait l’Europe. Résultat : aggravation de la crise et arrivée d’Hitler au pouvoir. En France, la politique déflationniste mise en place par Laval en 1934 a échoué de la même façon. Car la réduction des dépenses de l’État aggrave la baisse de l’activité économique et donc des recettes fiscales, sans pour autant réduire le déficit commercial.

    Les néolibéraux, au pouvoir en Europe commettent la même erreur. Ils ont fait de «l'euro fort» - comme jadis du mark ou du franc forts - un dogme destiné à protéger l'épargne contre l'inflation, le mal absolu, du point de vue des détenteurs de capitaux.

    Mais c’est également en raison de cette erreur de diagnostic que les politiques néolibérales à court terme courent à l’échec, voire à la catastrophe sur les plans économique et social. Le capitalisme libéral qui fondait sa légitimité sur une amélioration continue du bien être des gens par un accroissement de la production de biens et services est délégitimé par les conséquences de la financiarisation de l’économie qui, dans tous les pays touchés par la crise, détruit les emplois, jetant comme en Grèce dans la précarité et le désespoir des couches toujours plus importantes de le population, et notamment les jeunes (45% des 15-24 ans sont sans emploi en Grèce).

    Que restera-t-il de la stratégie d’ajustement des déficits quand la croissance de tous les pays s’écroule en même temps promettant une dynamique négative de stagnation, voire de récession ?

    Les gouvernements, eux-mêmes, à la remorque des marchés, commencent à en prendre conscience, de même que le FMI qui commence à s’inquiéter de ce que les restrictions budgétaires étouffent les possibilités de reprise de la croissance, les prévisions de cette dernière pour 2012 étant sombres (0,5% pour l’UE, 0,6% pour le Royaume Unis, 1% pour la France[17], de 0,8% à 1% pour l’Allemagne). Et donc l’Allemagne elle-même commence à comprendre conscience qu’elle ne survivra pas toute seule au milieu d’un continent de pays sinistrés alors que sa croissance repose en grande partie sur ses exportations vers ces pays.

    Selon Frédéric Lordon[18] un grand bond en avant fédéraliste serait seul capable de sauver l’Europe, mais, écrit-il, il faudrait au moins cinq ans et les  marchés n’auront pas le bon goût d’attendre aussi longtemps. Le champ de ruine que laissera derrière lui l’enchaînement des « défaults souverains[19] » et des faillites bancaires, écrit-il encore, n’aura pour seul mérite que de faire table rase de tout, néolibéralisme compris. Et évoquant les possibilités d’un écroulement systémique ou de révoltes populaires, il conclut que si entre le néolibéralisme et le peuple un seul devait rester debout, il vaudrait mieux que ce fût le second.

    Certes le pire n’est jamais certain, mais le seul fait qu’on entend ou lit, de plus en plus souvent, des observations comme celle-ci[20] ne peut pas laisser indifférent.

    Après l’analyse des bouleversements en court et de leurs conséquences immédiates et à venir, une dernière question se pose : qui est le pilote ? Qui décide ? Qui gouverne ?

     

    3 –  Qui décide ? Le politique dessaisi

    La politique a abandonné beaucoup de ses prérogatives au profit de la technostructure financière néolibérale mondialisée qui s’affranchit dans les faits de toutes les règles de la démocratie, c’est à dire de celles voulues par les citoyens et mises en œuvre par leurs représentants élus. En effet, lorsqu’on examine aujourd’hui les questions de la souveraineté, de la représentation, de la démocratie, on constate que les marchés financiers globaux se comportent désormais comme des sièges autonomes d’expression du discours politique et de production des règles de droit.

    On s’aperçoit ainsi que le pouvoir de décision du capitalisme financier dans la sphère politique et économique tend de plus en plus à court-circuiter les organes de médiation traditionnels des démocraties – parlement et gouvernement - pour s’imposer à travers des procédures de désignation de ses propres représentants qui vident de sens le choix démocratique des représentants de la nation par la voie des élections.

    Comme nous l’avons vu, cette évolution, a permis la mise en place des politiques économiques ultralibérales de dérégulation et de mondialisation sans contrôle, sous la férule de la Commission Européenne, de la BCE, du FMI, de l’OMC, des banques, des « marchés », des agences de notation etc… et avec le consentement et la collaboration des gouvernements néolibéraux. L’exemple italien est à ce titre emblématique s’agissant du transfert du pouvoir des organes institutionnels de la démocratie vers les technostructures non représentatives.

    Le 5 août 2011 Jean-Claude Trichet, alors président de la BCE, et Mario Draghi, vice-président qui lui a succédé, ont adressé secrètement à M. Berlusconi, alors président du conseil italien, une lettre lui enjoignant de prendre une série de mesures, minutieusement décrites, qui constituent un véritable programme de gouvernement, entrant y compris dans le détail des moyens à utiliser et du calendrier des mesures à mettre en place !

    « Cher Premier Ministre, écrivent-ils, le 4 août 2011, le Conseil de Direction de la banque centrale européenne a discuté de la situation des bons du trésor italien. Le Conseil de Direction considère nécessaire une action urgente de la part des autorités italiennes pour rétablir la confiance des investisseurs… Dans la situation actuelle, nous considérons essentielles les mesures suivantes …». Suit la liste des mesures à prendre :

    1. Mesures destiner à augmenter la croissance :

    -         Complète libéralisation des services publics ;

    -         Réforme du système des conventions collectives pour permettre des accords d’entreprise au niveau local qui autorisent la révision des salaires et des conditions de travail pour les adapter aux exigences spécifiques des entreprises ;

    -         Réforme des conditions d’embauche et de licenciement pour permettre la réaffectation des ressources vers les secteurs les plus compétitifs ;

    2. Mesures immédiates destinées à assainir les finances publiques

    -         Réforme des retraites, réduction du nombre de fonctionnaires et si nécessaire baisse de leur rémunération ;

    -         Introduction dans l’ordre juridique d’un mécanisme budgétaire prévoyant une réduction automatique de la dette ;

    -         Mise sous surveillance budgétaire des autorités régionales et locales ;

    « Vue la gravité de l’actuelle situation sur les marchés financiers, nous considérons fondamental que les actions prévues en 1 et 2 soient mise en place au plus tôt par décret-loi suivi par une ratification parlementaire avant fin septembre 2011. »

    « Il serait en outre souhaitable qu’une réforme constitutionnelle impose des règles budgétaires plus strictes ».

    3. « Nous encourageons le gouvernement à prendre des mesures immédiates pour améliorer l’efficience de l’administration et leur capacité à satisfaire les exigences des entreprises ».

    -         « Dans les organismes publics devraient être rendus systématique l’utilisation d’indicateurs pour mesurer les performances, particulièrement dans le système sanitaire, la justice et l’enseignement ».

    -         Exigence d’un effort très important en vue de supprimer ou refondre certains niveaux administratifs (les provinces)

    -         Accroitre les actions visant à réaliser des économies d’échelle au niveau des services publics locaux.

    « Le Conseil de Direction de la banque centrale européenne a discuté… Le Conseil de Direction considère nécessaire… ».

    Qui décide de la politique des Etats de l’Union européenne? Le Conseil de Direction de la Banque Centrale Européenne.

    Qui décide de la création des produits dérivés ? Les banques de Wall Street

    Qui surveille et note en même temps les produits dérivés et les dettes des Etats ? Les Agences de notation

    Qui décide des formes de la mondialisation et l’administre ? L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et le Fond monétaire international (FMI)

    Que reste t’il de la démocratie ?

     

    III &ndash


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  • Chômage : cinq ans d'annonces, cinq ans d'insuccès

    LEMONDE.FR | 28.07.11 | 17h46   •  Mis à jour le 29.07.11 | 17h29

    "Il n'existe (...) pas plus de fatalité du chômage de masse aujourd'hui qu'il n'en existait pour l'inflation hier. Mon gouvernement se fixe ainsi pour objectif un taux de chômage de 5 % à la fin du quinquennat." Quand il prononce cette phrase, lors de sa déclaration de politique générale, le 3 juillet 2007, François Fillon ne peut savoir qu'une crise économique va mettre à mal ses ambitions.

    En juillet 2007, la France comptait officiellement 2 415 000 chômeurs, soit 8,1 % de la population active, selon la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Sur ce total, 1,9 million était en "catégorie 1" – devenue depuis la réforme de 2008 la "catégorie A" – et n'exerçait aucune activité. Quatre ans plus tard, en juillet 2011, le Pôle emploi annonce 4 103 700 inscrits à ses services, dont 2 720 400 en "catégorie A", n'ayant exercé aucune activité au cours du mois.

    En pourcentage, le chômage touche désormais 9,5 % de la population active, un chiffre qui n'avait plus été aussi élevé depuis 1999. Entre ces deux dates, le gouvernement n'a pourtant eu de cesse de promettre des améliorations et de s'enorgueillir de chaque baisse.

    "MON OBJECTIF, C'EST LE PLEIN EMPLOI, PAS DE GÉRER LE CHÔMAGE"

    Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait pourtant bien commencé sur le front de l'emploi. A peine élue, la majorité peut annoncer des chiffres en baisse. Fin juin 2007, le chômage passe sous la barre symbolique des 2 millions, à 1,98 million de personnes, soit 8,1 %. "Ils s'agit là du plus faible taux de chômage depuis le début des années 1980", se félicite alors Christine Lagarde, qui évoque le succès du "traitement très individualisé du chômage".

    A la rentrée 2007, Nicolas Sarkozy annonce un plan global pour l'emploi, qui passe notamment par la fusion entre l'ANPE et l'Assedic, pour former le Pôle emploi. Une fusion "dans l'intérêt des demandeurs d'emploi", assure le chef de l'Etat, qui promet également des mesures contre la fraude. Christine Lagarde présente le plan de fusion un mois plus tard, et promet à son tour de parvenir aux 5 % de chômage rapidement. En octobre, elle annonce encore une baisse du nombre de demandeurs d'emploi, qui porte à 9 % la baisse en un an.

    La tendance se poursuit durant le premier trimestre 2008, pour atteindre un plus bas historique, à 7,2 %, du jamais vu en France depuis 1983. A Rungis, le 27 mai 2008, Nicolas Sarkozy explique aux commerçants : "Mon objectif, c'est le plein emploi, c'est pas de gérer le chômage." Et ce dernier "va continuer à baisser, on est à 7,5 %", promet le chef de l'Etat. La déclaration restera une gageure : le taux de 7,2 % atteint au premier trimestre 2008 sera le meilleur du quinquennat. Ensuite, le chômage stagne, voire remonte, dans les chiffres mensuels du Pôle emploi.

    "C'est vraiment la très très bonne direction et c'est une confirmation de ce que tous les efforts que nous mettons en place, tous les efforts développés par les entreprises, sont en train de payer", note pourtant Christine Lagarde en mai 2008, assurant que '"la tendance va se confirmer". Le 5 juin, la ministre de l'économie promet que "grâce à l'accélération des réformes pour libérer le travail, moderniser le service public de l'emploi et soutenir la compétitivité des entreprises, l'économie française crée des emplois".

    "IL N'Y A PAS DE MIRACLE"

    Des économistes commencent à douter de la pérennité de cette baisse. Et de fait, l'Insee précise fin juin qu'une fois consolidés les chiffres montrent une légère hausse du nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A, la première depuis 2005. Christine Lagarde, qui refuse de souscrire à cette analyse, préfère retenir l'ensemble des catégories et parler d'une "stabilisation".

    Mais le contexte économique se dégrade avec l'éclatement progressif de la crise des subprimes aux Etats-Unis. Au deuxième trimestre 2008, la croissance recule en France, de 0,3 %, ce qui n'était plus arrivé depuis 2002. Propulsé par les effets de la crise financière, le chômage fait un bond de 2,2 % en août, avec 41 300 demandeurs d'emploi supplémentaires, soit le pire chiffre mensuel depuis 1993.

    Dès la rentrée, le gouvernement monte une "réunion de crise". Et change de discours. "Il faut être lucide, il n'y a pas de miracle, la situation économique internationale est très dure, elle va nécessairement avoir un impact sur la situation de l'emploi et du chômage", annonce Laurent Wauquiez, alors secrétaire d'Etat à l'emploi, fin septembre. Quelques jours plus tôt, à Toulon, Nicolas Sarkozy avait aussi prévenu que la crise aurait un impact "dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat".

    L'objectif affiché par le gouvernement de descendre sous les 5 % n'est plus d'actualité. "Compte tenu des chocs extrême du type de celui que prennent actuellement les économies", Christine Lagarde reconnaît qu'il sera difficile à tenir. Le gouvernement met en place un plan de relance pour limiter l'impact de la crise, qui comprend 2,6 milliards d'euros en faveur de l'emploi. Jugé trop faible par le PS, il amène pourtant la France à s'endetter fortement. Le déficit passe, en un an, de 3,2 % à 7,2 %.

    "NE PAS LÉSINER SUR LES MOYENS"

    En novembre 2008, la France connaît la plus forte hausse mensuelle de son histoire : 64 000 personnes s'inscrivent au Pôle emploi. En un an, le chômage a augmenté de 10,2 %, selon le Bureau international du travail (BIT), et touche désormais 2,068 millions de personnes. En janvier 2009, le record mensuel est encore battu avec 90 000 nouveaux chômeurs en un mois. "La priorité absolue, c'est l'emploi et là-dessus il faut mettre le paquet sans lésiner sur les moyens", déclare Laurent Wauquiez.

    Le printemps n'apporte aucune amélioration. Fin mai 2009, on compte 3,57 millions de personnes inscrites au Pôle emploi, dont 2,5 millions n'ont aucune activité, soit un bond de 16,2 % en un an. Chez les moins de 25 ans, la hausse atteint même 30 %. Le gouvernement ne cherche plus à dissimuler son pessimisme. François Fillon annonce que cette hausse va "se poursuivre tout au long de 2009 et sans doute encore un peu au début" de 2010.

    Une petite bonne nouvelle survient en juin avec un léger repli du chômage, qui baisse de 0,7 %. Mais elle est de courte durée. En août, une progression de 0,7 % vient effacer cette petite baisse. Optimiste, Christine Lagarde note que "la dégradation de l'emploi a ralenti significativement depuis le début de l'année". Ce "ralentissement de la hausse" se poursuit tout au long de l'automne.

    Nicolas Sarkozy joue lui aussi la carte de l'optimisme. En septembre 2009, il se félicite du "succès" de son plan de relance. "L'activité en France a reculé moins qu'ailleurs et elle s'est remise à croître dès le deuxième trimestre de cette année. Nous avons moins détruit d'emplois et notre chômage a moins augmenté", lance-t-il à la Seyne-sur-Mer.

    "DANS LES SEMAINES ET LES MOIS QUI VIENNENT"

    La cure d'optimisme se poursuit en janvier 2010. Nicolas Sarkozy intervient sur TF1 le 25 janvier, et assure aux Français présents sur le plateau de l'émission : "Dans les semaines et les mois qui viennent, vous verrez reculer le chômage dans notre pays." Deux jours plus tard, le ministère de l'emploi annonce pour le mois de décembre 2009 une baisse de 18 500 chômeurs de catégorie A. Une "bonne tendance", voire un "redressement", juge Laurent Wauquiez. Mais il doit démentir quelques jours plus tard : les chiffres étaient erronés, le nombre de chômeurs est en réalité en hausse de 0,2 %.

    Et il n'y a pas de "redressement". En mars 2010, le chômage atteint 10 % en comptant les DOM-TOM, soit le taux le plus élevé depuis dix ans. On compte 2,66 millions de chômeurs en catégorie A. A 24 %, le taux chez les moins de 25 ans atteint un record historique.

    Sur le premier trimestre 2010, le chômage est toutefois stable, à 9,9 % de la population active. Il n'en faut pas plus au gouvernement pour afficher sa "satisfaction" et noter que "l'augmentation du chômage en France depuis le début de la crise est un peu plus faible que dans la zone euro, et nettement plus contenue qu'aux Etats-Unis". La stabilisation se confirme durant l'été, avec une baisse de 0,2 % sur le deuxième trimestre. Pour Laurent Wauquiez, "c'est un vrai tournant, la première fois que nous avons un recul du chômage depuis la crise. Le vent tourne, l'horizon se dégage et notre mobilisation a payé".

    La baisse n'est pourtant pas évidente. Le chômage repart d'ailleurs à la hausse dès septembre 2010, avant de diminuer à nouveau en octobre, puis de remonter en novembre et décembre. Sur l'ensemble de l'année, on compte 80 000 chômeurs de plus en catégorie A et 200 000 sur la totalité des catégories. Au total, 4, 05 millions de personnes sont inscrites au Pôle emploi.

    "MOBILISATION GÉNÉRALE"

    Début 2011, Xavier Bertrand, qui a repris le portefeuille de l'emploi, annonce "une baisse importante" du chômage, tout en plaidant pour une "nouvelle bataille" de l'emploi et en appelant à une "mobilisation générale". De fait, en janvier, on compte 19 000 demandeurs de moins dans la catégorie A. Mais en intégrant les autres cagégories, cette baisse se réduit à 300 personnes. Nicolas Sarkozy promet 500 millions d'euros supplémentaires alloués à l'emploi.

    Le gouvernement continue de se féliciter des baisses au fil des mois. En mars, il annonce une baisse de 0,8 %. "Les mesures mises en place par le gouvernement commencent à porter leurs fruits", assure M. Bertrand. Mais une fois encore, cette baisse n'est vraie que pour la catégorie A. En incluant les chômeurs en activité réduite, c'est en fait une hausse de 4 700 personnes que constate le Pôle Emploi.

    Xavier Bertrand se fixe en avril un objectif : "Passer au plus vite, et en tout cas avant la fin de l'année, à un taux de chômage inférieur à 9 % en métropole." En mai, il se félicite d'une nouvelle baisse mensuelle, la quatrième consécutive. Mais le chiffre est en trompe l'œil. En comptant toutes les catégories, on compte fin mars 4,045 millions de chômeurs en France, soit 3,8 % de plus qu'en mars 2010.

    Et de fait, au mois de juin, le chômage repart fortement. On compte 17 700 chômeurs de plus en catégorie A, et 39 400 sur l'ensemble des catégories. Au total, 4,1 millions de personnes sont inscrites au Pôle emploi pour la seule métropole. M. Bertrand prend "acte de cette augmentation qui ne remet cependant pas en cause le mouvement de baisse enregistré depuis le début de l'année".

    Mais il doit une nouvelle fois déchanter avec la publication des chiffres de juin : un bond de 1,3 %  pour la catégorie A, et de 0,6 % pour l'ensemble des catégories, soit en glissement annuel 4 % de chômeurs en plus en juin 2011 qu'en juin 2010. Les catégories les plus touchées restent les jeunes, malgré une amélioration sur l'année, et les seniors, dont la situation se dégrade, avec 13 % de plus de 50 ans au chômage en plus en un an.

    On compte désormais 2,7 millions de chômeurs de catégorie A et 4,103 millions de personnes inscrites au Pôle emploi. Sans atteindre les 20% de chômeurs que compte l'Espagne, "championne d'Europe", ou les 13,7% de l'Irlande, la France se classe dans la moyenne européenne, qui est de 9,9% en mars 2011, selon Eurostat.  Mais elle décroche des pays d'Europe du Nord : on compte 6% de la population active au chômage en Allemagne, 4,2% aux Pays-bas, 7,4% au Danemark, ou encore 7,6% au Royaume-Uni.

    Samuel Laurent


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  •  Crise financière en Europe : analyse et propositions de François Hollande

     

    Visite de François Hollande au Parlement européen à Bruxelles, le 30 novembre 2011

    Grâce à Catherine Trautmann et la délégation socialiste des français (DSF), François Hollande a été l’invité du groupe des socialistes au parlement européen à Bruxelles le 30 novembre.

    Introduit par Martin Schultz, l’actuel président du groupe socialiste, François Hollande a pu apporter sa tonalité au débat européenne à la veille du sommet européen du 9 décembre.

    François Hollande a rappelé les fondamentaux de la crise actuelle, une crise financière et une crise de l’Euro un des symboles de notre intégration européenne. Il a surtout rappelé que cette crise était le fruit d’une longue histoire, avant tout un manque de gouvernance et le résultat d’une logique libérale qui a animé bon nombre d’Etats membres.

    Dans ce contexte, seul un sursaut politique et un signal fort en termes de solidarité entre les Etats membres peut contrer la logique des marchés.

    Pour François Hollande, l’heure n’est pas à négocier de nouveau traité et à renouer avec un débat institutionnel, il convient d’agir vite ensemble en utilisant les bases juridiques et le cadre institutionnel actuel.

    Il propose un “pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance».

    Ce dernier doit être fondé sur la vérité, celle des finances et sur une remise en ordre des finances publiques avec une programmation qui vise 3% de déficit du PIB en 2013 et l’équilibre en 2017. La France sort handicapée des dernières politiques budgétaires et des cadeaux fiscaux.

    Cette étape doit être assortie d’exigences de justice sociale sans aggraver les risques de récession.

    Pour François Hollande, une gouvernance européenne doit se mettre en place sur la base d’un plan cohérent résumée en 4 points majeurs :

    1) Renforcer le fonds européen de stabilité financière, qui n’est pas en encore suffisamment doté

    2) Mutualiser les dettes nationales par la création d’euro-obligations

    3) Mobiliser la BCE contre la spéculation en lui donnant le rôle de prêteur en dernier ressort, indépendante mais active, au service de l’économie réelle.

    4) Instaurer rapidement une taxe sur les transactions financières dissuasives pour les mouvements spéculatifs et justes dans un contexte de croissance des inégalités

    Ce pacte devra être accompagné aussi de choix budgétaires au niveau européen, misant sur la recherche, le développement durable et de nouvelles sources énergétiques, et instaurant des règles de juste échange commercial.

    Ce processus doit rester démocratique, il est hors de question de priver du débat, les parlements nationaux et européens, par ailleurs la Commission doit retrouver son rôle d’initiative et il n’est pas question d’agir sous tutelle d’une quelconque institution.

    Si l’Europe ne protège plus, il en sera fini de l’idée européenne.

    Certaines de nos amis socialistes espagnols et allemands ont aussi rappelé la dure réalité électorale, actuellement subie en Espagne et aussi les échéances allemandes encore lointaines qui laisseront l’actuelle chancelière en fonction même en mai 2012. François Hollande a répondu qu’il agira en tant que président de la république face aux autres chefs d’état en place mais il comptera bien apporter un peu de respiration au sein de la communauté socialiste européenne.

    François Hollande a quitté le parlement Européen pour aller s’entretenir avec Elio di Ruppo, le futur premier ministre belge.

    De nombreux membres de la section et la secrétaire de section de Bruxelles ont pu assister à ce débat dans la limite des places disponibles et grâce à l’aide de nos assistants parlementaires notamment Charlotte Axelsson. Philips Cordery candidat à la législative dans la circonscription du Benelux était également présent.

    Emmanuel PETEL – section de Bruxelles

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    François Hollande au Congrés du SPD : “L’Europe pour avancer a besoin d´une relation franco-allemande équilibrée”

    Posted on décembre 6, 2011

    Lundi 5 décembre, François Hollande était l’invité d’honneur du congrès du SPD allemand à Berlin. A l’heure où l’Europe connaît de grandes difficultés économiques, il s’est exprimé sur la place centrale que le couple franco-allemand doit y occuper.

    Chers amis, chers camarades,

    Je suis conscient de l´honneur que vous me faites en m´invitant à votre congrès. Je remercie Sigmar Gabriel d´en avoir pris l´initiative et je vous salue fraternellement.

    Je viens devant vous comme socialiste, j´ai été pendant 10 ans le premier dirigeant de mon parti. Mais je viens devant vous désormais comme candidat à la présidence de la République francaise, conscient des responsabilités qui sont les miennes, dans un moment d´une considérable gravité pour l´euro et pour l´Europe.

    Comme socialiste je veux rappeler l´amitié entre nos deux partis depuis la belle relation qu´entretenaient deux hommes d´Etat exceptionnels, Willy Brandt et Francois Mitterrand. Amitié qui n´a cessé de se poursuivre et de s´enrichir au sein du Parti socialiste européen et dans nos relations bilatérales. Et c´est encore le cas aujourd´hui, aussi bien entre Martine Aubry et Sigmar Gabriel qu´entre nos deux groupes parlementaires avec Franck Walter Steinmeier et Jean Marc Ayrault, ici présent.

    Nous avons à proposer ensemble l´alternative. Nous avons à changer le centre de gravité de l´Europe. Le ramener davantage vers la gauche.

    Comme candidat à la plus haute fonction de mon pays je veux affirmer devant vous, et à travers vous à tous les allemands, la force que j´accorde au lien entre nos deux Etats.

    Au-delà des gouvernements et des majorités qui se sont succédés dans nos deux pays depuis 1945, l´Allemagne et la France ont été capables de dépasser les blessures de l´Histoire et les douleurs des affrontements meurtriers pour donner l´exemple de la réconciliation et de la paix. Le traité de l´Elysée signé en janvier 1963 par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle fonde encore les rapports entre nos deux nations.

    Mieux que cela, nos deux pays ont puissamment contribué à l´édification de l´Europe. Ils en ont été les moteurs. A chaque étape, ils ont montré la voie, sans dominer, sans obliger, sans contraindre. C´est ainsi que fut bâti le marché commun, puis le grand marché et la monnaie unique. C´est ainsi qu´a été possible, après la chute du mur de Berlin, l´unification de l´Allemagne et l´élargissement de l´Europe.

    Je pense aux grands bâtisseurs de notre Europe issus de nos rangs, qui ont fait l´Histoire : Helmut Schmidt, de notre côté François Mitterrand, Jacques Delors. Je n´oublie pas que cette grande aventure dépasse les clivages politiques et que des conservateurs ont pu y jouer leur rôle. Je pense notamment à Helmut Kohl.

    Cette amitié franco-allemande nous l´avons toujours voulue dans l´égalité et le respect. Non pas dans l´imitation, la copie, mais dans la reconnaissance de nos atouts mutuels. Non pas dans le déséquilibre mais dans la poursuite d´une ambition commune. Non pas dans la méfiance mais dans la franchise.

    C´est ainsi que cette amitié a pu se perpétuer par delà les sensibilités politiques, les frontières partisanes et les caractères parfois tumultueux de nos dirigeants respectifs. Et j´entends bien, si les Français en mai prochain m´en donnent la responsabilité, préserver et même renforcer ce partenariat au service de l´Europe.

    Elle requiert confiance et constance. L´Europe pour avancer a besoin d´une relation franco-allemande équilibrée. Elle doit être sans exclusive et banir tout directoire, doit pouvoir constituer la force d´entraînement. Nos deux pays représentent la moitié de la production de la zone euro et le tiers de la population de l´Union.

    Nous pouvons avoir des différends. Car nous avons nos traditions. Je sais combien la lutte contre l´inflation est primordiale ici. Vous connaissez notre préoccupation en France à l´égard du chômage. Vous avez fait des réformes importantes ici en Allemagne. En France elles ont trop tardé. Mais nous sommes conscients qu´aucun pays n´a de leçons à donner à l´autre et que l´isolement ou l´entêtement seraient la pire attitude. Nous avons besoin d´un compromis dynamique…

    Car l´Europe et d´abord la zone euro affrontent une situation exceptionnelle. Confrontée à la défaillance de la Grèce il y a dix huit mois, elle s´est montrée incapable de réagir avec rapidité et efficacité à la pression des marchés.

    Chaque sommet européen a été conclu par des communiqués de victoire, à chaque fois démentis quelques jours plus tard par les doutes des places financières.

    Les instruments qui ont été introduits, notamment le Fonds européen de stabilisation financière, sont apparus insuffisants et tardifs. Les euro-bonds ont été écartés. Les gouvernements de nos deux pays portent une responsabilité dans ces atermoiements, ces frilosités, ces hésitations. Le résultat est que la spéculation, loin de fléchir, s´est amplifiée. D´où la tentation de la fuite en avant. Les uns appelant à un recours plus direct de la Banque centrale européenne pour l´achat des dettes souveraines. Les autres à une révision des traités pour mettre de la discipline dans les politiques budgétaires. Avec l´idée d´un troc pour trouver un improbable et inavouable arrangement.

    Cette fuite en avant est périlleuse. Pour plusieurs raisons, d´abord parce que l´élaboration d´un nouveau traité prendra du temps. Des mois pour le négocier. Des mois pour le faire ratifier. Durant cette longue période, les marchés seront toujours ouverts et n´attendront pas la conclusion de nos travaux. Parce que des transferts de souveraineté sur l´acte essentiel d´un parlement – le vote du budget – et l´éventuelle censure de la Cour de Justice des Communautés européennes accentuera la crainte d´une dépossession démocratique que bien des peuples n´acceptent plus.

    Enfin parce que l´Europe ne peut se réduire à une organisation de l´austérité alors que le chômage progresse et que la récession menace.

    C´est maintenant qu´il faut agir. Car la crise de l´euro si elle se propage risque de tout emporter. Ce sont de grandes économies qui sont désormais exposées : l´Espagne, l´Italie. Le début de l´année 2012 va correspondre à une levée de nombreux emprunts dont nul ne sait s´ils trouveront preneurs et à quels taux d´intérêt. Le système bancaire n´a plus confiance en lui-même. Les agences de notation sont une menace permanente. Bref, il y a urgence. L´euro est notre patrimoine commun. Il est bien plus que notre monnaie. Il nous lie les uns aux autres. Il nous assure la stabilité et nous protége.

    Nous ne pouvons pas prendre le risque de l´éclatement. Ce serait une régression au détriment de chacun de nos Etats membres. Il n´y aurait que des perdants, aucun vainqueur, sauf ceux qui loin d´ici n´ont jamais voulu de l´euro. Ce serait l´effacement de l´Europe.

    Alors il faut se donner immédiatement les moyens d´en finir avec cette crise de la zone euro.

    C’est pourquoi je propose un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance.

    Sans responsabilité budgétaire, il n’y aura pas de sortie de crise. Et ici devant vous, comme devant les Français, je tiens un discours de vérité. Je réduirai les déficits en France: 3% du PIB de déficit budgétaire en 2013, l’équilibre en 2017. Nous maîtriserons ainsi la dette publique. Et nous en terminerons avec les politiques d´allégements fiscaux qui ont été aussi injustes socialement qu´inefficaces économiquement.

    Il nous faut aussi une autre gouvernance de la zone euro. Elle ne peut se limiter à quelques réunions de chefs d’Etat et de gouvernement. Elle devra comporter un véritable pilotage des politiques économiques dans la zone euro.

    Nous devons aussi créer les conditions de la croissance. Le budget de l’Union européenne, les interventions de la Banque Européenne d´Investissement et un dispositif d’euro-obligations pour des grands projets doivent permettre de développer de nouvelles activités et l’emploi dans l’industrie, les infrastructures et notamment la conversion écologique ou les nouvelles technologies.

    Le pacte que je propose comporte quatre évolutions décisives:

    1. Le fonds européen de stabilité financière doit être beaucoup plus fortement doté pour être à la hauteur des enjeux et désarmer durablement la spéculation. Il doit pouvoir travailler avec la Banque centrale européenne et se refinancer auprès d’elle.

    2. La Banque Centrale Européenne doit pleinement jouer son rôle. Je respecte son indépendance, je la voudrais plus attentive à la situation de notre économie réelle, je souhaite qu´elle puisse élargir son rôle de prêteur et intervenir de facon mesurée contre la spéculation dans le cadre de ses actuels statuts.

    3. La taxe sur les transactions financières doit être introduite sans délai. Elle réduira la volatilité des capitaux et permettra de dégager une ressource précieuse pour le budget européen.

    4. La dette européenne doit être partiellement mutualisée par la mise en place d’euro-obligations.

    Chers amis, chers camarades, je suis convaincu que rien ne peut se faire, que rien ne se fera sans la démocratie. Je sais que c’est une préoccupation commune à nos deux pays, chacun avec ses modes d’organisation propre. Le renforcement des contrôles démocratiques en Europe est indissociable d’un renforcement de l’action commune. Je veux saluer le rôle du Parlement et le travail de notre ami et futur Président Martin Schultz.

    Autant j´accepte une vigilance sur les budgets nationaux à l´égard des Etats qui ne respectent pas leurs engagements, autant je refuse qu´une instance judiciaire décide à la place des Parlements. Je partage les craintes de votre grand philosophe Jurgen Habermas devant le fossé qui s´élargit entre les citoyens et une élite dirigeante. Il a recours à propos de la gouvernance européenne actuelle le terme de « post-démocratie ».

    Or, là où la démocratie régresse, où la politique recule, c´est le marché qui avance.

    Au-delà de l´urgence, nous devons définir ensemble le projet européen pour la prochaine décennie.

    Ce ne peut être simplement une union budgétaire qui, après l´union monétaire, doit être un moyen et non une fin.

    Ce que je propose ce n´est pas un fédéralisme de marchés mais un fédéralisme de projets.

    L´Europe c´est une somme de volontés pour affronter les défis globaux. Avant hier c´était la paix, hier c´était l´élargissement, aujourd´hui c´est l´investissement dans la connaissance, les nouvelles technologies, la lutte contre le réchauffement climatique, la croissance verte. Une véritable politique commune de l´énergie pourrait trouver sa place dans une Communauté européenne de l´énergie refondée.

    La vision que nous devons offrir de notre continent c´est de rester la première puissance économique du monde grâce à l´excellence de nos productions, de nos formations et de nos modes de vie.

    Ce qui doit conduire à porter ensemble de nouveaux projets industriels et de nouvelles ambitions en matière d´enseignement supérieur et de recherche. Car depuis Galileo aucune nouvelle frontière technologique n´a été repoussée par l´Europe. Et les générations futures – la jeunesse – doivent être nos grandes priorités.

    Le fédéralisme des projets pour la prochaine décennie ne réussira qu´à plusieurs conditions :

    • de nouvelles ressources : taxes européennes (contribution carbone), emprunts d´avenir (euro-obligations),

    • une simplification des structures de décision dans le cadre des coopérations renforcées ; l´Europe d´avant-garde,

    • une régulation financière efficace,

    • une harmonisation sociale et fiscale,

    • une démocratisation plus forte de l´Europe.

    Voilà l´Europe de demain : claire dans ses objectifs, démocratique dans son fonctionnement, mobilisatrice dans ses engagements.

    C´est sur ces bases que je vous propose de travailler ensemble à une alternative.

    C´est sur ces bases que j´entends engager dès le lendemain de mon élection, si les Français en décident ainsi, la discussion avec les représentants du peuple allemand au-delà des attaches partisanes.

    Je veux conclure en revenant à l´amitié franco-allemande. En 2013, sera célébré le 50e anniversaire du Traité de l’Elysée. Ce doit être l´occasion d´enrichir notre lien. Je veux en donner quelques illustrations:

    • la jeunesse, avec l’accélération de la mise en place du service civique franco-allemand et la création en partenariat avec l’université franco-allemande d’un Office franco-allemand de la recherche ;

    • notre sécurité commune, avec la mise en place d’un état-major pour coordonner les opérations menées dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense ;

    • la politique industrielle avec la mise sur pied d’un fonds industriel franco-allemand destiné à faciliter la création de pôles industriels communs, entre autres dans le secteur des transports et de l’environnement.

    Je veux rebâtir une alliance forte avec l’Allemagne, fruit d’un rapport entre partenaires égaux, pour porter une vision commune de la réponse à la crise et de l’avenir de l’Europe, face à un monde en mutation. C’est ce que les citoyens, les salariés, les ouvriers, les agriculteurs de nos deux pays attendent. Nous devons répondre à leur aspiration à davantage de protection face aux dégâts de la mondialisation.

    En France et en Allemagne nous allons connaître dans les 18 prochains mois des rendez vous électoraux majeurs. Si nous réussissons – nous les socialistes et les sociaux démocrates – à l´emporter dans nos pays respectifs, c´est le cœur de l´Europe qui s´en trouve modifié

    Nous pourrons alors travailler dans le sens de nos idées : la croissance, l´emploi, la formation, le développement durable, la justice sociale.

    Et c´est un nouveau cycle que nous pourrons ouvrir. Alors travaillons ensemble, dès à présent, unifions nos positions, portons ensemble des propositions. Notre cohésion, notre solidarité, seront sources de confiance et d´espoir.

    Et comme je suis le premier à rencontrer le suffrage universel, en mai prochain, je ferai tout pour poser le premier acte en attendant que vous ne posiez le second en septembre 2013.

     


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  • Deux nouveaux albums sont à votre disposition:

    - Les Primaires citoyennes du PS à Tananarive: quelques vues du bureau de vote du 1er tour du 09 Octobre 2011;

    - Convention FFE Août 2011, rencontre avec les Dirigeants PS, François Hollande, Martine Aubry et Manuel Valls.

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    Nouvelles de la circonscription

     Syrie : le ton monte. Le régime a averti qu’il prendra des mesures contre tous les pays qui reconnaîtront le Conseil national syrien, organe regroupant la majorité des mouvements opposés au président Bachar al-ASSAD. Le lendemain, l’UE a salué, sans le reconnaître, la création du Conseil national syrien et « les efforts de l’opposition politiques pour établir une plateforme unie ». Le président russe, Dmitri MEDVEDEV, avait pour sa part estimé que le régime devrait « partir » s’il ne menait pas les « réformes indispensables », tout en soulignant qu’une telle décision n’était pas du ressort de l’OTAN ou du Conseil de Sécurité de l’ONU.

     La répression en Syrie a fait plus de 3.000 morts, dont au moins 187 enfants, depuis le 15 mars, a indiqué le Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme qui craint une « guerre civile ». « Plus de 100 personnes ont été tuées durant les 10 derniers jours seulement » alerte Navi PILLAY.

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    Chronique

    L'euro de demain pourrait ressembler au mark d'hier

    Source : La Tribune.fr - 16/04/2011 | 23:04

     La zone euro dans se contours actuels, n'est pas prédisposée naturellement à accueillir une monnaie unique. Le droit européen n'a pas prévu de mécanisme de sortie. Il faut donc que le politique se saisisse enfin du sujet en définissant une politique économique commune. Et dans ce contexte, l'Allemagne est bien placée pour imposer ces valeurs

    «Tout commence en mystique et tout finit en politique », écrivait Charles Péguy. Ainsi en est-il de l'euro, comme on va le voir. Mais ce que Péguy soupirait sur sa jeunesse, nous pouvons aujourd'hui l'écrire sur l'euro avec le sourire. En effet, le Conseil européen de mars matérialise la prise de conscience que l'euro soulève un problème économique et constitue désormais un facteur de division au sein de l'Europe. Il contraint le politique, du moins on l'espère, à se saisir de la monnaie unique après dix années d'abandon aux mains d'une technocratie qui n'a rien vu venir.

     L'euro est né dans une ambiance de mystique économique. Il y a dix ans, son avènement fut présenté comme l'entrée dans une nouvelle Terre promise. Un paradis où la croissance reviendrait et l'inflation disparaîtrait. Hélas, la croissance annuelle moyenne du PIB de la zone euro a été inférieure, à sept reprises sur les années 1999-2008, à celle du groupe hors zone euro rassemblant le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède. Quant aux effets supposés anti-inflationnistes de l'euro, le grand public n'y croit pas une seule seconde. Un paradis où les gains d'efficacité au niveau microéconomique seraient sensibles. Mais les travaux de Lionel Fontagné au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales) suggèrent qu'ils ont été en fait bien maigres. Les évolutions de la variété des produits offerts sur le marché européen, de la concurrence entre les producteurs et de la compétitivité à l'export des entrepreneurs de la zone euro ont largement déçu. Un paradis où la volatilité du change allait s'évaporer : les événements récents démentent cruellement cette prophétie maladroite. La réalité est malheureusement plus rude. Il était évident dès le début que la création de l'euro n'obéissait pas à des considérations économiques très rigoureuses. Tout étudiant en économie sait par exemple que la zone euro, surtout dans ses contours actuels, ne répond pas aux critères habituels d'une « zone monétaire optimale » et qu'elle n'est pas prédisposée naturellement à accueillir une monnaie unique.

     Surtout, il était évident dès le début que l'entrée dans la zone euro des pays de la périphérie se traduirait par une surévaluation chronique de leur taux de change et d'importantes pertes de productivité et de compétitivité. Que l'entrée de la Grèce dans la zone euro n'avait pas de fondements économiques sérieux. La crise récente de l'euro peut être salutaire précisément parce qu'elle tend à réveiller les esprits après dix années de matraquage technocratique. Là réside l'espoir des récents sommets. La crise de l'euro enclenche une dialectique : en menaçant l'unité de l'Europe, elle constitue aujourd'hui un aiguillon d'une redoutable efficacité pour renforcer l'unification des politiques économiques.

    En effet, l'existence de l'euro est désormais identifiée comme soulevant un problème économique et constituant un facteur de tensions en Europe. Les gouvernements n'ont d'autre solution que d'avancer à marche forcée sur le chemin de la coordination étroite et effective des politiques économiques pour limiter les dégâts. Ils ne peuvent pas faire marche arrière car le droit européen n'a pas prévu de mécanisme de sortie. Quelle sera la direction prise dans cette construction d'une véritable politique économique de l'euro ? Sans doute, pour l'essentiel, celle qu'indiquera l'Allemagne sauf si la France parvient à contenir les embardées idéologiques de son voisin. Malgré l'abandon du mark à la fin des années 1990, l'euro de demain pourrait ressembler de plus en plus au mark d'hier. Avec ses banquiers centraux paranoïaques en matière d'inflation. Avec son absence radicale de souplesse pour accorder des coups de pouce aux bas salaires. Avec sa capacité stupéfiante à mener une restriction budgétaire sensible à peine la récession surmontée. Avec son incapacité à favoriser une dépréciation du change alors que les derniers assouplissements monétaires américains visent ardemment à affaiblir le dollar.

     Pour l'euro, tout a commencé en mystique et tout est en train de finir en politique. Une politique qui risque d'avoir un fort accent allemand. C'est peut-être une chance. Mais c'est certainement une grande responsabilité pour la conduite de l'action française dans l'Union européenne : celle de contenir le retour en force du rouleau compresseur allemand après l'effondrement des pays périphériques hélas prévu depuis longtemps. Les résultats obtenus par le gouvernement français au compromis de Deauville d'octobre dernier et au Conseil européen de mars constituent, à ce titre, des réussites très encourageantes.


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  • Spécial économie

    Vivre la France à l’étranger ; la volonté du changement ; la force d’entreprendre.

    La gauche au pouvoir : un gage de bonne gestion des finances publiques

     La crise des dettes publiques qu’ont connue cette année les pays de la zone Euro, à l’image de ce qui se passe aux Etats-Unis, constitue un nouveau prétexte pour les gouvernements pour opérer un tour de vis supplémentaire afin de satisfaire les agences de notation et les marchés financiers.

     Ces agences de notation financière émettent des avis sur la capacité des sociétés et des Etats à rembourser leurs dettes. Mais elles proposent aussi des conseils en investissements. Dès lors, le conflit d’intérêt devient patent. Ces agences sont devenues de facto, en raison d’un certain credo ultra-libéral, des acteurs supra étatiques SANS aucune légitimité démocratique. Le G20 a réclamé à l’Organisation Internationale des Commissions de Valeurs (OICV) plus de contrôle sur les agences de notation et l’accès des investisseurs à plus d’informations sur les critères et les méthodes de notation. L’Union Européenne a repris à son compte ces recommandations et a renforcé le rôle du CESR (Committee of European Securities Regulators). Malgré la méfiance des Etats, les agences de notation ont perduré dans leur rôle et l’opacité de leurs pratiques.

     La crise des subprimes a mis en lumière le rôle néfaste de ces agences, en particulier, leur laxisme en matière de risques concernant les produits structurés (produits financiers constitués d’un produit sûr et d’un produit à risque). Elles avaient attribué de bonnes notations à des produits issus de la titrisation des crédits, comme s’ils étaient des actifs réels. Lors de la crise de la dette souveraine, les agences de notation, en vrais pompiers pyromanes qui avaient sous-joué auparavant, ont surjoué, déclenchant la panique sur les marchés, risquant d’entraîner ainsi l’économie mondiale toute entière dans la récession.

     Pourtant, cette responsabilité vis-à-vis de la crise et le manque d’anticipation doivent être partagés avec les pouvoirs publics eux-mêmes à travers les gendarmes de la bourse et les banques centrales, censées surveiller les marchés financiers, la qualité et la réalité de l’information. Il faut dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu et que si les agences de notation émettent des avis négatifs, c’est parce qu’il existe un vrai problème de la qualité de gestion des deniers publics.

     La gauche, qui est un vrai parti de pouvoir, est parvenue à améliorer la situation des finances publiques : de 1997 à 2001, la dette a reculé de près de 2,5 points (59,5% à 57,1%). Depuis 1993, seul le gouvernement de Lionel Jospin est parvenu à rétablir l’équilibre budgétaire des comptes sociaux et même à dégager un excédent sur plusieurs années et atteignant 0,5% du PIB en 2000. Résultat : la dette de la sécurité sociale s’est réduite durant cette période (de 4,4% en 1997 à 3% en 2002). "Si vous regardez quand la dette a progressé (c'était) dans les années Balladur (1993-1995) et après 2002 (après la cohabitation Chirac-Jospin et la défaite des socialistes à la présidentielle, ndlr)". "Pendant les 5 années où la gauche a été au pouvoir (1997-2002), les clous des 3% ont été respecté et la dette a diminué en pourcentage du PIB" selon les déclarations de Lionel Jospin.

     Le dernier plan de rigueur décidé par le gouvernement a été l’objet de critiques de la gauche et du centre pour son insuffisance. Le gouvernement a annoncé hier un vaste programme d'austérité, destiné à rapporter 12 milliards d'euros de recettes à l'État en 2011 et 2012.

     François Hollande, candidat à la primaire socialiste, a reproché au plan gouvernemental budgétaire de n'être pas "courageux". "Il n'est pas cohérent, il ajoute des dispositions les unes aux autres sans vision, et il n'est pas juste", a lancé le député de Corrèze dans les couloirs de l'Assemblée Nationale. Il « manque de courage et de cohérence ».

    Si le Parti socialiste revient au pouvoir en 2012, "il faudra appliquer une politique de rigueur", c'est-à-dire une politique mêlant "maîtrise des dépenses publiques" et "hausse de la fiscalité", a affirmé Jérôme Cahuzac, le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale. "Je pense que la situation du pays est telle qu'un langage de vérité est absolument nécessaire", assure le député PS.

     Les prochaines élections présidentielles et législatives en France donneront aux Français, y compris ceux résidant hors de France, la possibilité d’élire des personnes qui veilleront à restaurer les finances publiques à travers une fiscalité plus juste. Il est urgent de prendre des mesures précises et efficaces. Pour cela, une réforme fiscale est nécessaire pour combattre les inégalités, des mesures engageant une transformation radicale des règles de gestion est nécessaire de la part des services publics. Par ailleurs, les politiques conduites devront tendre vers un fédéralisme européen notamment à travers l'émission d'euro-obligations.

     Notre avenir nous appartient et il nous revient de faire adopter à nos représentants politiques un langage courageux, mature et crédible.            

     

    Paris, Le 10 septembre 2011

     

    Jean-Daniel Chaoui                                                           Rita Maalouf

    Candidat du Parti Socialiste                                                Suppléante

    10ème circonscription des Français de l’Etranger

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    Figaro économie 1er juillet

     Aides sociales, les départements déboutés : les compensations de l’Etat sont jugées suffisantes.

    Les départements n’ont pas obtenu gain de cause au Conseil constitutionnel. Selon l’Assemblée des Départements de France (ADF), l’Etat ne fournit pas aux Conseils généraux de compensations suffisantes pour les prestations dont ils ont la charge, soit le RSA, l’APA pour les personnes âgées et la prestation de compensation du handicap(PCH). En 2010, le trou s’élèverait à 5,1 milliards d’euros.51 départements, dont 3 de droite et 48 de gauche, avaient donc lancé une question prioritaire de constitutionnalité. Le Conseil constitutionnel leur a envoyé une fin de non-recevoir . « Un jugement injuste » pour Claudy Lebreton, le Président PS de l’ADF, qui réfléchit à saisir la justice européenne et « veut continuer le combat politique ».

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     Point de vue

      

    L’austérité en Europe est-elle une fatalité ?

     Si les pays du SUD de l’Europe sont particulièrement touchés par la crise des services bancaires et financiers, l’ensemble des pays de l’UE et européens, sont touchés, avec des économies qui ne retrouvent pas le chemin de la croissance. La résorption des déficits publics causés principalement par le renflouement des banques responsables de la crise sont la principale préoccupation des gouvernements. Ils imposent aux peuples la même politique d’austérité et de rigueur budgétaire qui consiste à :

    -         Baisser les impôts directs au profit des plus riches ;

    -         Réduire la protection sociale et privatiser les services publics : éducation, santé, transports

    -         (rail), énergie (Gaz, électricité), réduction du nombre de fonctionnaires et de leurs émoluments.

    La réforme des retraites pour en reculer l’âge de départ et augmenter les années de cotisation a été généralisée dans tous les pays de l’Union. En France, malgré un puissant mouvement de mobilisation et un refus majoritaire, cette réforme qui est la plus dure de l’UE est maintenant appliquée. La réforme Fillon de 2003 comportait une progression du nombre de trimestre à cotiser en fonction de la donnée statistique de l’espérance de vie. Soit une donnée assez contestable et aléatoire. Les personnes nées à partir de 1955 devront cotiser un trimestre supplémentaire plus tôt que prévu, car le gouvernement a décidé d’accélérer par décret, le processus initialement prévu pour 2012. Soit 166 trimestres ( 41,5 ans) et les personnes nées en 56 , encore un trimestre de plus.

     Face à ces politiques néolibérales et antisociales, les jeunes espagnols, avec des associations, se sont mobilisés à l’image des peuples des révolutions des pays de langue arabes dans des mouvements d’indignés.

     En Grèce, après un nouveau plan d’austérité imposé par le FMI et l’UE, des dizaines de milliers de grecs se sont mis en grève et sont descendus dans la rue pour manifester. Néanmoins le parlement à majorité sociale démocrate du PASOK, au mépris de la majorité populaire, a approuvé ce plan. Le remède est pire que le mal, avec cette terrible purge, tout le monde sait que la Grèce ne pourra pas payer ses dettes, car le peuple n’est pas en mesure de relancer la croissance et donc de dégager des ressources pour l’Etat. La Grèce n’est pas un pays exportateur de produits industriels ou manufacturés capables de dégager des excédents. Ceux qui pourraient être taxés pour leurs profits dans un secteur en expansion comme le transport maritime, les armateurs ne le sont pas, ils bénéficient de détaxes comme les riches soumis à l’ISF en France. Car qui fraude le plus en Grèce : le salarié à 650€/mois ou l’armateur qui possède sa part de la 1ère flotte commerciale du monde et qui a son siège social à Chypre, ce paradis fiscal qui a miraculeusement été intégré à la zone Euro ?

    Les salaires des fonctionnaires ont baissé de 20%, les contrats privés sont précarisés, le chômage augmente, les entreprises publiques sont bazardées au privé. Les salaires réels ont perdu 8,9 % de pouvoir d’achat depuis 2008.

    Ce sont des exigences du FMI et de l’UE pour prêter de l’argent et assurer les fins de mois du gouvernement, mais ce n’est pas une solution qui peut redresser le pays ; au contraire, elle l’enfonce dans la précarité. Les coupes sévères de la  dépense publique ont entrainé un recul de la demande (la consommation) de 16 %, la chute de l’activité (-9 % en trois ans). Cela ne peut le conduire que vers la sortie de la zone euro. Et ensuite, à qui le  tour ? Le Portugal, l’Espagne, l’Irlande ? La purge a aussi été redoutable.

    « Dans des systèmes démocratiques, comment expliquer que les  peuples victimes de telles ordonnances semblent n’avoir d’autres recours que de remplacer un gouvernement qui a failli par un autre idéologiquement jumeau et déterminer à pratiquer la même thérapie de choc ? »(Serge Halimi- le Monde Diplo juillet 2011)

      POUR LIRE la suite cliquer sur  http://www.allaingraux.over-blog.com

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    Hollande et Royal pour la "règle d'or" après la présidentielle

    LEMONDE.FR avec Reuters et AFP | 04.09.11 | 20h29   •  Mis à jour le 04.09.11 | 20h33

    Les socialistes François Hollande et Ségolène Royal n'ont pas exclu dimanche le principe d'une "règle d'or" constitutionnelle sur l'équilibre budgétaire, mais ont réitéré leur refus de la voter avant le scrutin présidentiel de 2012.

     Députés et sénateurs de la majorité ont approuvé cet été le texte inscrivant dans la Constitution l'objectif du retour à l'équilibre des finances publiques. Mais l'adoption définitive du projet suppose un vote aux trois cinquièmes par les parlementaires réunis en Congrès, ce qu'empêche le refus de l'opposition de lui apporter son soutien.

    "Il vaut mieux faire ça devant les Français après l'élection présidentielle", a déclaré François Hollande, favori des sondages pour la primaire socialiste, invité dimanche du Grand Jury Le Figaro-RTL-LCI. "Les Français choisiront la trajectoire des finances publiques, les voies et moyens", a-t-il ajouté en évoquant une réforme fiscale s'il est élu président.

    ROYAL : "LA RÈGLE D'OR EST UNE TRÈS BONNE RÈGLE"

    Une position partagée par Ségolène Royal, elle aussi candidate à l'investiture PS pour le scrutin de l'an prochain, qui ne s'est pas privée de prendre le contre-pied du PS en déclarant que "la règle d'or est une très bonne règle. Je l'inscrirai dans la Constitution, mais en début de mandat, en 2012", a-t-elle dit sur BFM TV.

    Elle a jugé que voter un tel texte aujourd'hui serait "totalement immoral". "Vous comprendriez qu'en fin de mandat un président de la République qui a jeté l'argent des Français par les fenêtres en donnant des cadeaux fiscaux aux plus riches (...) puisse se repeindre comme cela en bon gestionnaire ?", a-t-elle dit.

    HOLLANDE VEUT MODIFIER LE STATUT PÉNAL DU CHEF DE L'ETAT

    Interrogé sur l'absence probable de Jacques Chirac au procès des emplois présumés fictifs de la ville de Paris qui s'ouvrira lundi, François Hollande a par ailleurs déclaré qu'il modifierait le statut pénal du chef de l'Etat s'il était élu président de la République.

    M. Hollande suggère de mettre fin à l'immunité actuelle du président de la République et de mettre en place une commission qui filtre les éventuelles plaintes pour éviter des plaintes abusives. "On ne peut pas considérer que le chef de l'Etat puisse être atteint par les procédures venant de n'importe quel plaideur", a-t-il déclaré, en cas de modification du statut pénal du chef de l'Etat.


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