•  Spécial Enseignement supérieur en France : propositions

     

    Michel Destot (député-maire PS de Grenoble) : « Il faut rétablir la confiance avec les acteurs de l'enseignement supérieur et la recherche »

     

     

     

     

    « Les acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche ont été trop négligés dans les réformes entreprises au cours des cinq dernières années. Nous devons donc rétablir la confiance avec eux. » C'est ce que déclare Michel Destot, député-maire PS de Grenoble (1), dans une interview accordée à AEF à l'occasion de la parution, lundi 16 avril 2012, de son ouvrage intitulé « 2012-2017 : quel avenir pour l'enseignement supérieur et la recherche ? », et dont il commente les dix propositions (2). En matière de recherche privée et partenariale, Michel Destot souhaite « doubler le nombre d'ETI » (entreprises de taille intermédiaire), « étendre le crédit impôt recherche aux dépenses d'innovation » et concentrer les pôles de compétitivité sur « une dizaine de grands pôles urbains et régionaux ». Dans le domaine de la recherche publique, il est partisan de restaurer « l'évaluation par les pairs », d' « unifier les moyens aujourd'hui dispersés », de remettre les organismes publics au coeur du « soutien à des recherches 'à risque' » et d'assurer aux doctorants des « moyens décents » et des « débouchés suffisants ». Il évoque aussi l'enseignement supérieur, dont il faut « démocratiser davantage l'accès, ce qui suppose de s'attaquer aux deux problèmes majeurs que sont l'orientation et l'échec en premier cycle ». Il appelle de ses voeux deux « mesures fortes » : « établir un contrat d'autonomie entre l'État, l'université et les territoires » et « rééquilibrer la gouvernance et restaurer la collégialité au sein de l'université »

    AEF : Vous publiez un ouvrage intitulé « 2012-2017 : quel avenir pour l'enseignement supérieur et la recherche ? », qui formule dix propositions (1) et qui prolonge un précédent livre sur « ETI et PME : pour une innovation compétitive ». Quel en est le principal fil conducteur ?

    Michel Destot : Je défends l'idée qu'il existe un continuum entre la formation, l'enseignement supérieur, la recherche, l'innovation et l'industrie, dont l'organisation administrative trop cloisonnée de notre pays ne tient pas suffisamment compte. Ceci se traduit notamment par le fait que nous raisonnons toujours, dans le domaine de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, selon une définition nationale des politiques, en minimisant leurs dimensions stratégiques européenne et régionale. Cette logique a atteint ses limites

    AEF : Quelles sont vos principales propositions pour y remédier ?

    Michel Destot : Au niveau de l'enseignement supérieur, nous proposons dans le livre une loi d'orientation mettant au centre la réussite de l'étudiant, comme le soutiennent François Hollande, candidat du PS à l'élection présidentielle, et Vincent Peillon, son conseiller en charge de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Ceci passe par l'amélioration de la condition de vie étudiante, la revalorisation des filières courtes et la lutte contre l'échec universitaire. Si la gauche accède aux responsabilités, il faudra immédiatement appliquer deux mesures fortes : d'une part, établir un contrat d'autonomie entre l'État, l'université et les territoires ; d'autre part, rééquilibrer la gouvernance et restaurer la collégialité au sein de l'université. Enfin, un changement de méthode s'impose. Il va sans dire qu'il est absolument nécessaire de placer les forces syndicales de la recherche et de l'enseignement supérieur au centre de la concertation, comme le rappelle François Hollande. Les acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche ont été trop négligés dans les réformes entreprises au cours des cinq dernières années. Nous devons donc rétablir la confiance avec l'ensemble des acteurs.

    AEF : Envisagez-vous aussi d'intervenir pour rehausser l'effort de R&D du secteur privé, que d'aucuns jugent insuffisant ?

    Michel Destot : Cette faiblesse est indéniable. La recherche des entreprises n'est pas assez encouragée par l'État, ni suffisamment raccrochée au levier européen et à l'accompagnement des collectivités territoriales. Ce n'est pas un scoop que de dire que Bercy pilote mal l'ensemble des entreprises françaises. Or l'État devrait être avant tout dans un rôle de stratège pour définir, en liaison avec l'Union européenne, les filières prioritaires qu'il convient de soutenir. Cela dit, il ne faut pas tomber non plus dans l'auto-flagellation systématique : les grands groupes français sont performants sur la scène internationale. En revanche, j'observe qu'ils ne sont pas assez soutenus au niveau européen.

    AEF : La structure industrielle française elle-même, caractérisée par un faible nombre d'ETI, pèse-t-elle aussi sur les performances françaises en matière de recherche et d'innovation ?

    Michel Destot : C'est un facteur essentiel. Le passage du statut de PME à celui d'ETI se fait mal en France : nous n'avons que 4 700 ETI contre 15 000 en Allemagne, et seulement 380 de plus de 1 000 salariés. Mais l'une des explications vient de ce que dans notre pays, les PME les plus performantes sont absorbées par les grands groupes avant qu'elles ne se transforment en ETI. Je propose pour ma part de doubler le nombre d'ETI en quinze ans, en jouant sur deux leviers : le premier consiste à passer d'une logique de soutien à la recherche à un véritable soutien à l'innovation en privilégiant les innovations de rupture par rapport aux innovations incrémentales ; le second à mieux rationaliser l'accompagnement qu'apportent les collectivités territoriales : les régions devraient se focaliser sur l'accompagnement des PME-PMI, tandis que les pôles urbains devraient se concentrer sur les ETI.

    AEF : Qu'entendez-vous par passer d'une logique de soutien à la recherche à une politique d'innovation ?

    Michel Destot : Là où le soutien à la recherche s'adresse avant tout aux scientifiques, une politique d'innovation prend en compte les besoins des chefs d'entreprise, pour qui la recherche n'est pas une finalité, mais un moyen d'accroître des parts de marché et d'en conquérir de nouveaux. Prenons l'exemple du CIR (crédit impôt recherche) : tant qu'il sera seulement basé sur de stricts critères de recherche, il favorisera les grands groupes, qui disposent de leurs propres centres de recherche, au détriment des PME pour qui il est difficile de se doter d'une véritable capacité de R&D. Or elles devraient y être aidées, mais cela ne peut se faire efficacement que si l'on tient compte de leur degré de maturité en R&D.

    AEF : Est-ce à dire que vous suggérez d'étendre le crédit impôt recherche aux dépenses d'innovation ?

    Michel Destot : Il faut en effet descendre un peu le curseur, de manière à ce que le crédit impôt recherche soutienne des efforts plus appliqués, et notamment la réalisation de prototypes. Il est nécessaire de porter les efforts sur l'aval au moment des transferts de technologie, via une évolution au profit d'un crédit impôt innovation, ou CII. Je suis par conséquent partisan non pas de restreindre l'accès des grands groupes au crédit impôt recherche – sauf à corriger ici ou là quelques effets d'aubaine – mais d'étendre la portée du dispositif aux dépenses d'innovation, situées en aval (prototypes, préséries, protection de la propriété intellectuelle…). Les ETI-PME doivent également davantage en bénéficier afin de renforcer leur poids et leur rôle dans la R&D privée française.

    AEF : Quel bilan faites-vous des pôles de compétitivité ?

    Michel Destot : J'observe que partout dans le monde, les grandes technopoles présentent deux caractéristiques majeures : d'abord, un ancrage dans le temps, car il faut du temps pour que les chercheurs, les innovateurs, les industriels et les collectivités territoriales apprennent à travailler ensemble ; ensuite, un caractère pluridisciplinaire en privilégiant le travail en réseau. Vouloir spécialiser les pôles est une erreur, car c'est de la fertilisation croisée entre les différentes disciplines et des secteurs que naît l'innovation. La Silicon Valley en fournit un bon exemple aux États-Unis, et je pense qu'en France, le pôle grenoblois en fait la même démonstration.

    Les pôles de compétitivité sont probablement la meilleure idée que la France ait eue depuis longtemps, mais elle a malheureusement été gâchée par le fait d'en concevoir 71, ce qui a conduit à une dispersion des moyens et à les avoir tous cantonnés dans une spécialité bien précise, nuisant à ce qui fait toute la dynamique d'un cluster. Une dizaine de pôles en France et une cinquantaine au niveau européen pourrait être le bon niveau. Pour parvenir à cette pluridisciplinarité, il faudrait concentrer l'effort sur quelques grands pôles urbains et régionaux, quitte à ce qu'en contrepartie soient prévues des compensations pour les territoires qui n'en auront pas et les PME-PMI qui n'en feront pas partie.

    AEF : Quelle organisation étatique vous semblerait-elle la mieux adaptée au déploiement d'une telle politique ?

    Michel Destot : Il faudrait à la France un grand ministère regroupant l'enseignement supérieur, la recherche et l'industrie, pour asseoir le continuum. Il faut parvenir à coordonner progressivement ces politiques au sein d'une organisation matricielle incluant les niveaux de la région, de l'État et de l'Europe pour chacun des domaines concernés. Prenez le cas d'une usine traditionnelle dans le secteur du textile au XXe siècle : les salariés y sont des ouvriers disposant d'un CAP, d'un BEP… Aujourd'hui, les « usines » du XXIe siècle sont davantage composées d'ingénieurs, de docteurs, de post-doctorants… Pour innover, il faut favoriser un écosystème de l'innovation : cela nécessite de mêler à l'intérieur et entre les entreprises des compétences variées et nouvelles. L'industrie française a besoin de collaborateurs très bien formés. Ainsi, relier l'enseignement supérieur à l'innovation, et donc à l'industrie, devient une absolue nécessité.

    AEF : Quel regard portez-vous plus spécifiquement sur la politique de recherche et d'enseignement supérieur des cinq dernières années ?

    Michel Destot : La base essentielle consiste d'après moi à assurer à ces secteurs, au vu de leurs échelles de temps, des ressources pérennes à travers les contrats passés entre l'État, les collectivités, les établissements d'enseignement supérieur et les grands établissements de recherche, dont la durée pourrait par exemple être calée sur celle du quinquennat. Nous ne songeons pas à remettre en cause l'autonomie des universités, mais si celles-ci n'ont pas les moyens qui vont avec, nous allons droit dans le mur. C'est exactement comme pour la décentralisation : sans moyens, elle n'existe pas. Il faut aussi corriger une certaine imprécision qui demeure dans la gouvernance des universités, en y réintroduisant plus de collégialité, comme l'a annoncé François Hollande dans son discours au Biopôle de Nancy, début mars.

    Sur l'enseignement supérieur, François Hollande propose d'en démocratiser davantage l'accès, ce qui suppose de s'attaquer aux deux problèmes majeurs que sont l'orientation et l'échec en premier cycle, et d'en accroître le rayonnement international. Je pense qu'il faut aussi traiter un grave manque de vocations scientifiques et techniques, ainsi qu'un problème récurrent de trop grande coupure entre la recherche et la formation. Les PRES (pôles de recherche et d'enseignement supérieur) ont commencé à s'y attaquer par le haut, en harmonisant les formations doctorales. La contractualisation avec l'État et les régions pourrait aussi en faire un point d'attention, tout comme la recherche de synergies entre les PRES et les pôles de compétitivité.

    AEF : Et en matière de recherche publique ?

    Michel Destot : Notre candidat l'a rappelé à Nancy : en dix ans, en intensité de recherche, la France est passée de la 4e à la 15e place des pays de l'OCDE. Or, c'est la recherche qui soutient l'industrie française ! Il me paraît par conséquent essentiel de relancer des programmes de recherche ambitieux au niveau européen. Ensuite, il faut modifier le dispositif d'évaluation des chercheurs, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, en restaurant l'évaluation de la recherche par les pairs, et rappeler dans le même temps que les organismes publics de recherche sont et seront des acteurs clés de la politique nationale de recherche, et qu'ils ont donc un rôle essentiel à jouer dans le soutien à des recherches « à risque » qui préparent de futures ruptures scientifiques. Il est aussi nécessaire de simplifier le « mille-feuille » institutionnel afin de lui assurer sa cohérence et son efficacité.

    Je suis convaincu qu'il faut également unifier les moyens aujourd'hui dispersés entre différentes sources : ANR (Agence nationale de la recherche), FUI (fonds unique interministériel), PIA (programme d'investissements d'avenir), ce dernier, je dois le dire, ayant été particulièrement bien calibré par la mission coprésidée par Alain Juppé et Michel Rocard.

    Enfin, au plan européen, je pense qu'il faut remettre en cause la manière dont est conçu le PCRD (programme-cadre de recherche et développement) : les filières prioritaires doivent en être définies par le politique, pour éviter que l'Europe ne perde pied industriellement dans des secteurs où, comme le numérique et les télécommunications, elle disposait d'une réelle avance scientifique.

    AEF : Les jeunes chercheurs sont confrontés de manière chronique à des difficultés d'insertion professionnelle, particulièrement dans le secteur privé. Comment pourrait-on améliorer leur situation ?

    Michel Destot : Dans son programme, François Hollande rappelle qu'il est indispensable de conforter les jeunes chercheurs, en octroyant des moyens décents aux doctorants et en leur assurant des débouchés suffisants tant à l'université et dans la recherche publique que dans le monde des entreprises. L'émergence de jeunes équipes de recherche est aussi un enjeu considérable pour l'avenir de notre recherche. D'autant que leur situation n'est pas sans avoir des répercussions sur le vivier des compétences scientifiques et techniques dont le pays a pourtant grand besoin. Dans le domaine de l'ingénierie, par exemple, il n'y a plus assez de diplômés de niveau master, au point qu'il faudrait arriver à doubler leur nombre à brève échéance. Ici aussi le retour à la confiance est indispensable.

    AEF : Concrètement, quelles dispositions vous paraîtraient-elles utiles ?

    Michel Destot : Aider les doctorants, cela passe déjà par leur éviter les petits boulots pour vivre : il faut leur assurer des revenus qui, selon moi, doivent se situer dans l'échelle haute des différents niveaux d'allocation qui existent aujourd'hui. Il faut reconnaître la thèse dans les conventions collectives et la considérer comme une qualification professionnelle figurant dans les grilles de salaires. Il faut aussi tirer leurs débouchés vers le haut, en faisant en sorte qu'ils bénéficient d'embauches privilégiées dans les entreprises – aidées par l'État à travers le conditionnement du crédit impôt recherche – mais aussi dans les filières administratives et techniques, en ouvrant l'accès aux grands corps de l'État aux titulaires de doctorat.

    Je suis également favorable à des idées comme celle de développer des diplômes de docteur-ingénieur, dans la mesure où cela renforcerait les relations entre les écoles et les universités et permettrait de former davantage d'ingénieurs à et par la recherche. Enfin, il faut absolument renouer avec une politique d'attractivité vis-à-vis des jeunes chercheurs étrangers et supprimer pour cela la circulaire Guéant, comme François Hollande s'y est engagé dans son programme.

     

     

     

     

     

     

     

    (1) Diplômé de l'Ensam (École nationale supérieure des arts et métiers), docteur en physique nucléaire, chercheur puis directeur de recherche au CEA Saclay puis à Grenoble, Michel Destot a créé et dirigé une start-up de haute technologie qui est devenue une ETI (entreprise de taille intermédiaire). Il est aujourd'hui député-maire PS de Grenoble. Il est également président du Conseil national du Parti socialiste, du cercle de réflexion politique « Inventer à gauche » et de l'AMGVF (Association des maires de grandes villes de France). Il est par ailleurs l'auteur d'un essai de la Fondation Jean Jaurès, intitulé « ETI et PME : pour une innovation compétitive » (septembre 2011).
    (2) « 2012-2017 : quel avenir pour l'enseignement supérieur et la recherche ? ». Michel Destot, Fondation Jean-Jaurès, collection « Les Essais » (www.jean-jaures.org). Les dix mesures préconisées dans l'ouvrage sont :
    - « développer la professionnalisation de l'enseignement en revalorisant les filières courtes ;
    - adopter une loi d'orientation de l'enseignement supérieur faisant de la lutte contre l'échec universitaire une priorité ;
    - améliorer la condition étudiante, notamment par des aides financières plus importantes sur critères sociaux ;
    - engager notre pays dans la définition d'une véritable stratégie européenne de recherche ;
    - instituer un ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation industrielle (MESRII) chargé de mener à bien la nouvelle stratégie nationale et régionale de la recherche et de l'innovation ;
    - mieux répartir et sécuriser les ressources des universités par des plans quinquennaux avec l'État et les régions ;
    - dynamiser et rationaliser la carte de la recherche afin de renforcer l'attractivité de notre pays et de ses territoires ;
    - faciliter le rapprochement entre les grandes écoles, l'université et les centres de recherche ;
    - mobiliser des financements autour de thématiques nouvelles et de projets d'avenir ;
    - réformer les dispositifs d'aide à l'innovation pour stimuler le développement d'établissements de taille intermédiaire innovants. »

     

     

     

     

     

     

     

    Contact : Fabien Verdier, chef de cabinet de Michel Destot, député-maire de Grenoble, 06 29 92 98 19, fabien.verdier@ville-grenoble.fr

     






     

     

     

     

     


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  • Education Nationale


    "Après deux ans auprès du président Sarkozy, pourquoi je voterai Hollande"


    Point de vue |  | 20.02.12 | 13h55   •  Mis à jour le 20.02.12 | 15h20


    J'ai travaillé deux ans dans l'équipe de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. C'était un honneur. Ce furent deux années d'espérances déçues. "20 % de nos jeunes quittent l'école sans qualification, je ne peux m'y résoudre", avait écrit le candidat en 2007. Le technicien que j'étais faisait confiance à l'énergie de cet homme politique hors norme, à son discours républicain, à sa volonté de rupture. "Que tous les enfants sortent de l'école avec le bagage nécessaire pour réussir leur vie d'adulte", disait encore le programme.
    Dans le domaine éducatif, que retiendra-t-on de ce quinquennat ? 80 000 suppressions d'emplois, la fin de l'année initiale de formation des maîtres, la semaine de quatre jours à l'école primaire. Même si l'on place, dans l'autre plateau, les évaluations généralisées des compétences des élèves, le bilan est maigre.
    Je m'en suis longtemps voulu de n'avoir pas su me faire entendre du président. Avec le recul, je pense que c'était mission impossible.
    Car dans le premier cercle des conseillers présidentiels - dont je n'étais pas -, la mêlée des conservateurs, des libéraux et des budgétaires formait un rideau infranchissable. Les conservateurs manifestaient une haute ambition : ils voulaient rétablir l'autorité des savoirs et des professeurs. Prisonniers d'une imagerie surannée et d'une obsession mémorielle, ils se référaient malheureusement à une éducation nationale de cocagne où les maîtres se seraient réjouis de recevoir une lettre de leur président, ou bien de lire à leurs élèves, à la demande du président, la lettre d'un jeune résistant, ou encore de jumeler chaque enfant des écoles avec le fantôme d'un enfant juif gazé dans les camps.
    Les libéraux, en quête d'efficience managériale, voulaient appliquer la logique du marché en offrant aux parents le libre choix de leur établissement. Enfin les budgétaires, pour complaire à la finance internationale, voulaient soutirer des dizaines de milliers d'emplois à un ministère jugé par principe dispendieux.
    La vérité est que tous méconnaissaient la réalité concrète du métier de professeur, les conditions d'exercice dans les quartiers sensibles, les impasses de l'orientation pour les élèves peu doués ou défavorisés socialement. Au fond, ils idéalisaient l'éducation nationale mais ne l'aimaient pas, car elle votait mal et leur faisait peur. Et ils convenaient, à la suite du chef de l'Etat lui-même, que les priorités étaient ailleurs, dans l'économique et le social, dans l'international, la défense, la sécurité intérieure.
    Immobilisme contraint
    En 2007, le candidat Sarkozy affirmait dans son programme : "Il est possible de changer l'école." Mais à la première vaguelette, il a demandé à Xavier Darcos de remballer sa réforme du lycée et a inventé la médiation de Richard Descoings pour gagner du temps. Du temps que Luc Chatel doit trouver long, tant il peine, malgré son dévouement à la cause de l'école et son talent de communicant, à chanter l'immobilisme auquel il est contraint.
    Alors, quand Nicolas Sarkozy dit à Laurence Ferrari que, s'il est réélu, il faudra "changer l'éducation nationale", on ne le croit plus. Et l'on prête attention à l'équipe d'en face. En face, c'est François Hollande, et sa préoccupation constante de l'avenir de la jeunesse. Un candidat qui rappelle régulièrement que, dans notre pays, l'histoire de la République se confond avec l'histoire de l'école.
    Il a auprès de lui Vincent Peillon, qui connaît bien l'éducation nationale et pas seulement les lycées de centre-ville et les classes préparatoires. Il a compris l'inanité des réformes imposées du haut de la rue de Grenelle. Son axe est pédagogique : pour lui, c'est dans la classe, dans la relation maître-élève, que se joue l'amélioration de l'école. Il fonde tout son projet sur la recherche-action, la diffusion des bonnes pratiques, la formation des maîtres. Et il en tire les conséquences sur les réformes à mener.
    Je connais les principaux experts qui, autour de Vincent Peillon, forment l'équipe "éducation" du candidat socialiste. Ce sont les mieux informés, les plus intelligents, les plus clairvoyants du moment. C'est à eux qu'il faut faire confiance si l'on veut que l'école progresse.
    Je ne sais pas si mon ancien professeur d'économie à Sciences Po, François Hollande, parviendra à créer 60 000 emplois en cinq ans au bénéfice de l'éducation nationale. Je le souhaite, parce que j'ai la conviction que ces moyens seraient utiles à l'école et qu'ils ne seraient pas gaspillés. En annoncer le principe montre en tout cas que l'éducation sera bien, si François Hollande est élu, une priorité nationale.
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    En 2002, Dominique Antoine avait été nommé directeur de cabinet de Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, et directeur adjoint de celui de Luc Ferry, ministre de l'éducation nationale.


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    En renonçant aux humanités classiques, la France renonce à son influence


    Point de vue |  | 08.02.12 | 13h37   •  Mis à jour le 08.02.12 | 13h37
    par Romain Brethes, Barbara Cassin, Charles Dantzig, Régis Debray, etc...
     
    Est-ce que la France serait devenue suicidaire ? En quelques mois, plusieurs sentences sans appel sont tombées, sans qu'on sache vraiment qui est à la manoeuvre : suppression de la culture générale à l'entrée de Sciences Po ; invention, digne des Monty Python, d'un concours de recrutement de professeurs de lettres classiques sans latin ni grec ; disparition de l'enseignement de l'histoire-géographie pour les terminales scientifiques...
    Autant de tirs violents, sans semonce, contre la culture et contre la place qu'elle doit occuper dans les cerveaux de nos enfants et des adultes qu'ils seront un jour. Une place qu'on lui conteste aujourd'hui au nom du pragmatisme qu'impose la mondialisation. Mais quel pragmatisme, au moment où, partout dans le monde, de la Chine aux Etats-Unis, l'accent est mis sur la culture et la diversité de l'éducation, le fameux soft power ? En bannissant des écoles, petites ou grandes, les noms mêmes de Voltaire et de Stendhal, d'Aristote et de Cicéron, en cessant de transmettre le souvenir de civilisations qui ont inventé les mots "politique", "économie", mais aussi cette magnifique idée qu'est la citoyenneté, bref, en coupant nos enfants des meilleures sources du passé, ces "visionnaires" ne seraient-ils pas en train de compromettre notre avenir ?
    Le 31 janvier s'est tenu à Paris, sous l'égide du ministère de l'éducation nationale, un colloque intriguant : "Langues anciennes, mondes modernes. Refonder l'enseignement du latin et du grec". C'est que l'engouement pour le latin et le grec est, malgré les apparences, toujours vivace, avec près de 500 000 élèves pratiquant une langue ancienne au collège ou au lycée. Le ministère de l'éducation nationale a d'ailleurs annoncé à cette occasion la création d'un prix Jacqueline de Romilly, récompensant un enseignant particulièrement novateur et méritant dans la transmission de la culture antique. Quelle intention louable !
    Mais quel paradoxe sur pattes, quand on considère l'entreprise de destruction systématique mise en oeuvre depuis plusieurs années par une classe politique à courte vue, de droite comme de gauche, contre des enseignements sacrifiés sur l'autel d'une modernité mal comprise. Le bûcher fume déjà. Les arguments sont connus. L'offensive contre les langues anciennes est symptomatique, et cette agressivité d'Etat rejoint les attaques de plus en plus fréquentes contre la culture dans son ensemble, considérée désormais comme trop discriminante par des bureaucrates virtuoses dans l'art de la démagogie et maquillés en partisans de l'égalité, alors qu'ils en sont les fossoyeurs.
    Grâce à cette culture qu'on appelait "humanités", la France a fourni au monde certaines des plus brillantes têtes pensantes du XXe siècle. Jacqueline de Romilly, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Lucien Jerphagnon, Paul Veyne sont pratiqués, cités, enseignés dans toutes les universités du globe.
    A l'heure du classement de Shanghaï et dans sa tentative appréciable de donner à la France une place de choix dans la compétition planétaire du savoir et de la recherche, la classe politique semble aveuglée par le primat accordé à des disciplines aux retombées économiques plus ou moins aléatoires.
    Le président de la République, pour qui les universités américaines constituent un modèle avoué, devrait méditer cette réalité implacable, visible pour qui fréquente les colloques internationaux ou séjourne durablement aux Etats-Unis. Que ce soient les prestigieuses universités de l'Ivy League (Harvard, Yale, Princeton...) ou celles plus modestes ou méconnues d'Iowa ou du Kansas, toutes possèdent leur département de langues anciennes.
    Comment l'expliquer ? Par cette simple raison qu'une nation puissante et ambitieuse ne s'interdit rien et surtout ne fait aucune discrimination entre les disciplines, qu'elles soient littéraires ou scientifiques. Ce fameux soft power, ou "puissance douce", consiste à user d'une influence parfois invisible, mais très efficace, sur l'idéologie, les modes de pensée et la politique culturelle internationale. Les Etats-Unis, en perte de vitesse sur le plan économique, en ont fait une arme redoutable, exploitant au mieux l'abandon par l'Europe de cet attachement à la culture.
    Pour Cicéron, "si tu ne sais pas d'où tu viens, tu seras toujours un enfant". C'est-à-dire un être sans pouvoir, sans discernement, sans capacité à agir dans le monde ou à comprendre son fonctionnement.
    Voilà la pleine utilité des humanités, de l'histoire, de la littérature, de la culture générale, utilité à laquelle nous sommes attachés et que nous défendons, en femmes et hommes véritablement pragmatiques, soucieux du partage démocratique d'un savoir commun.
    ________________________________________
    Romain Brethes, Barbara Cassin, Charles Dantzig, Régis Debray, Florence Dupont, Adrien Goetz, Marc Fumaroli, Michel Onfray, Christophe Ono-dit-Biot, Jean d'Ormesson, Erik Orsenna, Daniel Rondeau, Jean-Marie Rouart, Philippe Sollers et Emmanuel Todd sont écrivains et philosophes


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  • Le projet des Socialistes français à l’étranger

    La France tout au long de la vie

     LES FRANÇAIS ETABLIS HORS DE FRANCE UN ATOUT POUR LA FRANCE

     

    AIDER LES JEUNES FRANÇAIS DE L’ETRANGER A CONSTRUIRE LEUR AVENIR

     La population française établie à l’étranger est particulièrement jeune. Plus de 25% des Français inscrits au registre mondial ont moins de 18 ans alors que cette même tranche d’âge ne représente qu’environ 20% de la population métropolitaine.

     Cette jeunesse, ouverte sur le monde et riche d’une double culture, constitue un formidable atout pour notre pays. Il est de notre devoir de lui donner les clefs de son avenir. Nous considérons que cela passe principalement par l’enseignement.

     Le réseau d’enseignement français à l’étranger : un outil précieux au service de la jeunesse

     La scolarisation des enfants et la transmission de la langue française sont les premières préoccupations des familles françaises établies à l'étranger. La plupart des parents qui vivent à l’étranger attachent une grande importance aux liens de leurs enfants avec la langue et la culture françaises. Aussi, la présence d’un établissement d’enseignement français dans la ville de destination est-elle souvent un élément déterminant pour l’expatriation. L’éloignement de ces établissements n’est que très rarement pallié de manière satisfaisante.

     Notre pays dispose à l’étranger d’un réseau d’enseignement unique au monde. Présent dans plus de 130 pays, il accueille près de 400 000 élèves – dont plus de 100 000 Français – dans 584 établissements scolaires homologués par le ministère de l’éducation nationale. Il assure une double mission de continuité du service public d’éducation au profit des Français à l’étranger et de rayonnement de la culture française. Il est principalement piloté par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), opérateur public placé sous la tutelle du ministère des affaires étrangères.

     Ce formidable outil a été fragilisé au cours des dernières années. La politique conduite par la droite a entraîné une ségrégation sociale contraire aux valeurs républicaines et qui touche tant les Français que les étrangers scolarisés dans notre réseau.

     Depuis 2002,  l’État se désengage du financement du fonctionnement du réseau. Depuis 2007,  en prenant en charge – sans condition de ressources – les frais de scolarité des jeunes Français scolarisés dans les classes de lycée des établissements d’enseignement français à l’étranger, c’est un tiers de l’aide à la scolarité qui est utilisée pour une mesure de confort, sans aucun effet social, et qui déstabilise la qualité, l’universalité, la pérennité  du réseau. Ce dispositif, fruit d’une promesse électorale du candidat Sarkozy imposée à la hussarde, se révèle fort coûteux et, de surcroît, totalement inégalitaire.

     Démocratiser l’enseignement français à l’étranger

     Nous avons une autre vision de la démocratisation de l’enseignement français à l’étranger. Elle a pour fondements les principes d’équité et de diversité.

     Le désengagement de l’Etat induit implacablement une charge supplémentaire pour les familles, contraintes d’assurer la compensation par des hausses successives des droits de scolarité. Or, en raison du montant élevé des droits d’écolage (3 500 euros en moyenne), nombreuses sont celles qui ne peuvent se permettre de scolariser leurs enfants et le système de bourses, insuffisamment abondé, ne joue plus son rôle de rempart face à un élitisme social condamnable.

     Par ailleurs, la prise en charge des frais de scolarité (PEC) est une fausse bonne mesure. D’apparence généreuse, elle introduit en réalité une inégalité entre les élèves de lycée et ceux des autres niveaux, mais aussi entre les élèves français et les élèves étrangers.

     Ni la mise en place du « moratoire » sur l’extension de la PEC ni la « cristallisation » ou plafonnement des droits de scolarité couverts par la PEC n’ont permis de contrecarrer les effets indirects de cette mesure qui ont conduit de nombreux établissements à augmenter leurs frais de scolarité de 6% en moyenne. Cette tendance s’est d’ailleurs accentuée suite à la mise en place, en 2009, d’une contribution prélevée sur les établissements de l’AEFE, assise sur les frais de scolarité et les droits d’inscription, et destinée à financer la part patronale des cotisations de pensions civiles des personnels, nouvellement recouvrables par l’Etat.

     La hausse des frais de scolarité induite par la PEC engendre également un effet d’éviction des élèves étrangers, portant ainsi atteinte à la stratégie d’influence qui est au cœur de la mission du réseau. Les familles étrangères issues des classes moyennes sont celles qui rencontrent le plus de difficultés alors que le système français peine par endroit à faire la preuve de ses atouts face aux systèmes anglosaxons notamment.

     La PEC a entraîné un double effet d’aubaine : la forte hausse du nombre d’inscriptions d’élèves français dans les classes de lycée et le désengagement de nombreuses entreprises, qui ont décidé de ne plus prendre en charge les frais de scolarité des enfants de leurs employés.

     La PEC est un miroir aux alouettes dans les pays non-francophones car les parents croient souvent à tort que leurs enfants scolarisés dans la langue du pays de résidence pourront automatiquement et sans difficulté intégrer les lycées du réseau de l’AEFE en seconde et ainsi bénéficier de la PEC. La réalité est tout autre.

     Ce dispositif n’étant plus tenable, nous le supprimerons et renforcerons l’enveloppe des bourses attribuées sur critères sociaux. L'enveloppe sera gérée par les consulats selon des critères de revenus établis par la nouvelle Assemblée des Français de l’Etranger, représentation de la collectivité décentralisée qui sera dotée d’une compétence exclusive dans ce domaine. Elle permettra ainsi à chaque famille de disposer d'une bourse correspondant à ses revenus, rendant l'enseignement gratuit pour certains et à moindre coût pour d’autres.

     Parallèlement, un meilleur financement du fonctionnement du réseau, notamment par l’aide au développement ou à l’entretien de l’immobilier et par un renversement de la dégradation de la participation aux traitements des personnels détachés de l’éducation nationale, permettra de contenir les coûts d’écolage afin de favoriser la double mission de l’enseignement français.

     La démocratisation de l’enseignement français à l’étranger passe également par une meilleure prise en considération de la diversité des élèves. Dans cette perspective, nous mettrons en place un plan d’accompagnement des élèves en situation de handicap.

     Par ailleurs, nous procéderons à la réforme des enseignements. Ces derniers étant trop orientés vers l'accès à l'université, nous développerons les filières technologiques et professionnelles en liaison avec les chambres de commerce françaises à l’étranger et Ubifrance. L’ouverture de ce type de filières constituera une formidable opportunité pour de nombreux jeunes ainsi qu’une chance pour les entreprises françaises installées à l’étranger. Cela participera aussi à une nouvelle politique de coopération éducative dans l’enseignement technique, aujourd’hui peu développé.

    C’est par ce double mouvement de démocratisation que nous répondrons à l’impératif de justice sociale ainsi qu’à la nécessité de favoriser la mixité sociale au sein des établissements scolaires français à l’étranger.


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  • La rentrée 2011 coûtera 6,8 % plus cher qu'en 2010, selon Familles de France

    LEMONDE.FR avec AFP | 17.08.11 | 11h43   •  Mis à jour le 17.08.11 | 12h30

    Le coût de la rentrée scolaire pour un élève entrant en sixième est cette année de 187,32 euros, en hausse de 6,8 % par rapport à 2010, soit bien davantage que l'inflation, selon la traditionnelle enquête de l'association Familles de France (FDF) rendue publique mercredi 17 août.

     

    Ce n'est pas une bonne nouvelle pour les familles", a déclaré lors d'une conférence de presse le président de FDF, Henri Joyeux. L'an dernier, la hausse avait été seulement de 0,63 %, après deux fortes baisses en 2008 et 2009, en partie dues, selon Familles de France, aux "essentiels de la rentrée".

    Cette opération proposant des fournitures scolaires à prix modérés a été reconduite cette année entre FDF et des enseignes de la grande distribution, mais cette fois sans l'appui du ministère de l'éducation nationale. Le ministre Luc Chatel avait regretté fin mai que les discussions n'aient "pas permis de dégager un consensus (...), dans un contexte de hausse des prix des matières premières utilisées en papeterie".

    L'enquête de FDF est réalisée depuis vingt-sept ans. Une autre association, la Confédération syndicale des familles (CSF), livre également chaque année sa propre estimation du coût de la rentrée scolaire. Elle le fera cette année le 30 août, selon sa secrétaire générale adjointe, Brigitte Masure.

    Vous êtes étudiant. Combien coûte votre rentrée ?

    Selon l'UNEF, le coût de la vie étudiante augmentera de 4,1 % cette année.

    Le coût de la vie étudiante augmente de 4,1 %, selon l’UNEF

    Après des hausses contenues à moins de 3,5 % ces quatre dernières années, le coût de la vie étudiante augmenterait de 4,1 % à cette rentrée universitaire 2011, calcule l'UNEF dans le "panier de la rentrée" qu'il publie ce lundi 22 août dans Le Parisien. La FAGE, le second syndicat majoritaire, l'estime lui à 4,2 %. Comme chaque année depuis l'an 2000, les syndicats étudiants évaluent le coût de la rentrée. Et comme chaque année, ils estiment qu'il surpasse le taux d'inflation (2,1%).

    Première et principale raison, le coût du logement des étudiants, notamment en Ile-de-France, qui regroupe un gros quart des étudiants français. Selon l'UNEF, les loyers à la relocation "flambent" de 8,9 % dans le parc locatif privé parisien alors que les logements universitaires publics sont toujours aussi peu nombreux. Il est en revanche plus modeste en région, avec une augmentation des loyers évaluée à 1,9 %. Pour les étudiants qui ne vivent plus chez leurs parents (l'Observatoire de la vie étudiante estime qu'ils sont environ 50% des étudiants), le loyer représente jusqu'à 50 % du budget annuel. Dans le même temps, les aides au logement (APL/ALS) dont bénéficient les étudiants n'ont pas été réévaluées.

    Etudier dès septembre coûte cher

    A cela s'ajoute l'ensemble des augmentations, annoncées comme chaque année au cœur de l'été, des droits d'inscriptions universitaires (une licence coûte désormais 177 euros, au lieu de 174 l'an dernier, un master 245 au lieu de 237 euros), de la sécurité sociale (200 à 203 euros), des mutuelles (201 à 204 euros) et des transports. Concernant la hausse du ticket de restauration universitaire (qui passe de 3 à 3,05 euros le repas, soit 1,7 % de hausse), l'UNEF estime que ce poste augmente non pas de 1,7%, mais de plus de 8 % car les étudiants doivent désormais étudier dès le mois de septembre...

    Selon ces calculs, les dépenses obligatoires des étudiants ont ainsi augmenté en moyenne depuis 2006 de 33,2 % tandis que les aides sociales directes (essentiellement les bourses) n’ont augmenté que de 13 % grâce à la création d'un 6e échelon de bourse et d'un demi-"dixième mois". Reste que cette année, l'Etat n'a pas encore indiqué la revalorisation des bourses étudiantes. Laurent Wauquiez doit également dire si un "dixième mois" de bourse entier, annoncé par Nicolas Sarkozy en 2009, sera effectivement versé cette année aux quelques 21,5 % d'étudiants boursiers.

    Philippe Jacqué


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  • « Cristallisation » des droits de scolarité pris en charge par l’État

     

     

     

     

     

    Écrit par Richard Yung   

    Jeudi, 26 Mai 2011

     

    La prise en charge par l’État des droits d’écolage des élèves français scolarisés dans un établissement d'enseignement français à l'étranger – la « PEC » – a été engagée en 2007.

    Ce dispositif, lourd de conséquences pour les finances publiques, a pour origine une promesse électorale du candidat Sarkozy.

    Le bénéfice de la « PEC » est aujourd’hui limité au second cycle de l’enseignement secondaire (seconde, première, terminale). La loi de finances initiale pour 2009 a en effet conditionné son extension à la réalisation d’une étude d’impact transmise au Parlement et précisant les modalités de son financement.

    Suite à l’adoption de ce moratoire, Mmes Geneviève COLOT, députée UMP de l’Essonne, et Sophie JOISSAINS, sénatrice UMP des Bouches-du-Rhône, ont été mandatées par le Président de la République pour évaluer la « PEC ».

    Dans un rapport non dénué de partialité, les deux parlementaires de la majorité proposaient de « cristalliser » la « PEC » au niveau des frais de scolarité de l’année scolaire 2007-2008 afin, d’une part, de supprimer l’effet d’aubaine dont profitent certains établissements et, d’autre part, d’associer nos concitoyens établis à l’étranger à l’effort national de rééquilibrage des comptes publics.

    C’est cette solution que le gouvernement a retenue en prenant, le 9 mai dernier, un décret portant détermination des plafonds de prise en charge par l’État des frais de scolarité des enfants français scolarisés dans un établissement d’enseignement français à l’étranger (publié dans le Journal Officiel du 12 mai 2011).

    A compter de l'année scolaire 2011-2012, la « PEC » ne couvrira plus intégralement les frais de scolarité. Ces derniers seront pris en charge à hauteur des tarifs de l'année scolaire 2007-2008 pour les établissements du rythme nord et de l’année scolaire 2008 pour les établissements du rythme sud. Or, depuis 2007, de nombreux établissements, profitant de l’effet d’aubaine engendré par la « PEC », ont augmenté leurs droits d’écolage afin, par exemple, d’engager des programmes immobiliers ou de remplir leurs obligations en matière de financement de la part patronale des cotisations de pensions civiles des personnels.

    Partant, la part des frais de scolarité restant à la charge des familles suite à l’application du plafonnement sera souvent importante. Cette charge financière sera d’autant plus lourde qu’aucune indexation n’est prévue pour tenir compte de l’inflation.

    D’après le ministère des affaires étrangères et l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), les familles ne pourront pas solliciter une bourse scolaire pour payer la différence entre le montant des frais de scolarité et le montant du plafond de prise en charge.

    En revanche, les familles auront la possibilité de demander une bourse scolaire « traditionnelle » au lieu d’une « PEC ». Dans ce cas, les familles boursières à quotité partielle se verront verser des compléments de prise en charge. Cependant, ces derniers étant également plafonnés au niveau des tarifs 2007-2008, certaines familles n’auront aucun intérêt à obtenir une bourse scolaire.

    La « cristallisation » des droits de scolarité pris en charge par l’État ne représente donc pas une solution satisfaisante. Elle aura pour principal effet de pénaliser les familles à revenus intermédiaires.

    Lors des derniers débats budgétaires, Monique Cerisier-ben Guiga, Claudine Lepage et moi-même avions demandé l’instauration d’un double plafonnement de la « PEC » en fonction non seulement des droits de scolarité, mais aussi des revenus des familles.

    Nous n’avons malheureusement pas été entendus par le gouvernement, qui préfère maintenir – tout en le dénaturant – un dispositif inéquitable et coûteux.

    Il est temps de mettre un terme à cette « politique de gribouille » en substituant à la « PEC » un programme – socialement juste et budgétairement soutenable – de bourses scolaires attribuées sur critères sociaux.


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