• Spécial FN

    Présidentielle 2012 : Gilbert Collard nommé président du comité de soutien de Marine Le Pen

    Le Point.fr - Publié le 30/08/2011 à 19:11 - Modifié le 31/08/2011 à 08:24

    La candidate du Front national à la présidentielle rendra publique son organisation de campagne fin septembre.

    L'avocat Gilbert Collard sera le président du comité de soutien à la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2012 en France, a déclaré mardi la présidente du Front national. "Nous l'ouvrirons, ce comité de soutien, probablement début octobre, a dit Marine Le Pen. Gilbert Collard en sera le président." Les autres personnalités de ce comité de soutien seront annoncées lors d'une conférence de presse avec Gilbert Collard, a-t-elle ajouté sans plus de précision. "Il y a un certain nombre de personnes qui, aujourd'hui, sont très tentées de venir travailler avec nous et de se rapprocher d'un mouvement électoral qui leur apparaît comme une véritable alternative", a-t-elle dit.

    Marine Le Pen tente de rallier des personnalités d'horizons divers à sa candidature afin d'élargir son assise électorale, mais ses trophées restent pour l'instant rares. La présidente du FN peut donc compter sur le soutien de Gilbert Collard, un pénaliste abonné aux dossiers judiciaires très médiatisés qui se dit "mariniste", et du souverainiste Paul-Marie Coûteaux. Le journaliste Robert Ménard a dénoncé de son côté dans un pamphlet la "police de la pensée" qui chercherait à bâillonner l'extrême droite, sans pour autant s'engager aux côtés de Marine Le Pen.

    La fille de Jean-Marie Le Pen rendra publique son organisation de campagne fin septembre. Elle entamera alors une série de déplacements en province et à l'étranger. "Nous prévoyons un voyage aux États-Unis fin octobre, a-t-elle dit. Je travaille toujours sur la possibilité d'un voyage en Russie et j'irai en Afrique, mais je n'ai pas encore de dates précises." La présidente du FN mobilisera les cadres de son parti en vue de la présidentielle lors des "journées d'été de Marine Le Pen", les 10 et 11 septembre, à Nice.

    8888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888

    Point de vue

     

    Le point de rupture

     

    Plongés dans une crise dont ils ne voient pas la fin, frappés par un sentiment d’insécurité qui affecte tous les aspects de leur quotidien, les milieux populaires ne croient plus en la capacité d’action des politiques, qu’ils jugent impuissants face à l’hégémonie des marchés financiers et sourds à leur demande de sécurisation. Un point de rupture est atteint : beaucoup de ces électeurs se montrent réceptifs au discours de Marine Le Pen. Pourtant, les milieux populaires ne sont pas voués à constituer l’électorat du Front national. Ils attendent des politiques des réponses pertinentes et volontaristes mais n’entendent aujourd’hui que le discours frontiste. Pour combien de temps encore ?

     Le point de rupture. Enquête sur le vote FN en milieux populaires, d’Alain Mergier et Jérôme Fourquet. Essai publié par la Fondation Jean-Jaurès, septembre 2011

     Synthèse

     Il y a urgence à s’interroger sur les raisons du succès de Marine Le Pen en prévision du prochain scrutin présidentiel. Qu’est-ce qui conduit un grand nombre d’électeurs de catégorie populaire à songer au vote Front national ? Bien sûr la réalité des milieux populaires n’est pas homogène et de multiples facteurs sont susceptibles d’expliquer l’intention de vote frontiste.

    Alain Mergier et Jérôme Fourquet ont toutefois choisi d’adopter l’hypothèse suivante : entre fin 2010 et début 2011, quelque chose a basculé dans l’opinion et en particulier dans les milieux populaires, et l’effet d’attraction produit par le discours de Marine Le Pen s’explique par un fond commun de représentations structuré par un sentiment général d’« insécurisation ». La tension sociale est réelle, la révolte et la colère sont à leur comble parmi les ouvriers et le sentiment d’injustice gagne du terrain parmi la classe moyenne.

     Qu’est-ce qui a basculé dans l’opinion ?

     Une nouvelle évolution vient d’abord parachever le mouvement de décrédibilisation croissante du pouvoir politique. L’idée se répand en effet selon laquelle le pouvoir réel et effectif serait non plus aux mains des politiques mais des marchés financiers, pendant que l’image d’un pouvoir sans partage détenu par l’oligarchie financière et confisqué à la sphère politique s’impose dans les milieux populaires. Le monde politique se trouve ainsi décrédibilisé non plus seulement au titre de son incompétence et de ses abus, mais au titre, désormais, de son impuissance. A cela s’ajoute l’idée d’une « Europe de la contrainte », qui démunit la politique nationale française face à la concurrence internationale. En sus des diktats des marchés financiers et des contraintes imposées par l’Europe s’ajoute encore la question de la dette. Dans les milieux populaires, l’endettement national est aussi compris par analogie avec l’endettement, ou plutôt le surendettement du foyer, dont la menace plane

    comme le spectre d’une catastrophe dont on ne peut pas se relever. Dans ces conditions, comportement des jeunes sont avant tout le résultat d’évolutions majeures touchant les adultes d’aujourd’hui. La fonction de l’adulte dans notre société s’est en effet profondément transformée. L’âge adulte n’est plus un modèle de stabilité!; les adultes se retirent de plus en plus de l’espace de vie des adolescents, abandonnant le rôle de référence structurante pour la construction des plus jeunes. Au nom de la liberté individuelle, la société se veut toujours moins prescriptive envers ses membres. C’est oublier que l’adolescence est une période de transition, donc de grande fragilité, qui nécessite l’imposition de cadres. Les adolescents répondent par une socialisation en très large autonomie!: la construction

    de soi s’opère entre jeunes, ce dont l’utilisation frénétique des outils sociaux comme Facebook est un symptôme. Cette socialisation par les pairs est donc directement déterminée par l’effacement de la fonction d’adulte et détermine en retour directement avec le phénomène préoccupant de la déscolarisation. C’est pourquoi il est absolument nécessaire de restaurer l’autorité dont l’adolescent a besoin pour se construire, non pas l’autorité dans sa forme traditionnelle voire archaïque comme ne cessent de le faire à tort les politiques actuels, mais une autorité nouvelle, qui tirerait parti des changements au lieu de les subir.

     En matière de système éducatif, la France a privilégié la fonction sélective au détriment très net de la fonction éducative. Les phénomènes répandus d’échecs scolaires, de sortie du système voire de délinquance peuvent se lire comme les répercussions de cette tendance. En tant que passage obligé pour tout adolescent, le collège doit donc faire l’objet d’efforts spécifiques. Mais bien d’autres domaines d’action doivent être abordés, comme l’aide publique pour le départ en vacances, l’accompagnement des parents – il s’agit de les soutenir plutôt que de brandir l’image faussée des «!parents démissionnaires!»

    –, la prise en charge des nombreux adolescents en situation de détresse psychologique, etc. D’une manière générale, il est indispensable de prendre conscience de la dérive laxiste qui existe aujourd’hui, dérive d’autant plus préjudiciable aux adolescents qu’elle prétend émanciper, sans pour autant tomber dans la logique inopérante de stigmatisation, de responsabilisation systématique et de culpabilisation des prétendus fautifs

    –        parents, jeunes «!à problèmes!», etc. Enfin, concernant le domaine de la justice des mineurs, il importe de relire, de retravailler et de relégitimer «!l’excuse de minorité!» de l’ordonnance de 1945. Sans faire d’angélisme, on ne peut pas considérer un adolescent comme un adulte. En la matière, il faut donc retrouver le principe d’individualisation des peines!: le délinquant ne doit pas être jugé sans prise en compte du contexte, de la personnalité, du parcours, ni sans avoir à l’esprit qu’il est un individu en formation. Les évolutions législatives des dernières années sur la question des mineurs sont symptomatiques du rapport de la société à la jeunesse, société qui semble avoir abandonné toute perspective d’éducation des jeunes délinquants. C’est cette tendance qu’il importe de contrer pour retrouver la priorité naturelle de l’éducatif sur le répressif.

     Marine Le Pen en dénonçant le carcan de la construction européenne et en défendant ardemment un retour au franc rencontre un public conquis. Quant à la place que tient la question de l’insécurité dans les milieux populaires, il appert à l’analyse qu’elle constitue l’élément structurant d’un rapport au monde autour duquel

    s’organise l’expérience des catégories les moins favorisées. Certes ce thème de l’insécurité est largement instrumentalisé par pléthore de discours populistes. Reste que ces derniers ne rencontrent un écho que parce que la réalité à laquelle ils s’adressent y est disposée. Dans les milieux populaires, l’insécurisation (terme préférable à l’insécurité en ce qu’il permet de désigner un processus de dégradation de la sécurité sans tomber dans la caricature d’un monde qui aurait perdu toute règle) renvoie d’abord à l’insécurisation physique. Mais elle ne s’y réduit pas et concerne aussi le sentiment d’être dépossédé de sa culture et de ses valeurs face à la présence imposante des populations immigrées dans des zones d’habitation à forte concentration populaire. L’insécurisation se rapporte également aux inquiétudes économiques quant à la perte de pouvoir d’achat, d’emploi, d’argent, de salaire, mettant en péril la possibilité pour chacun d’être un acteur à part entière de la société. C’est finalement le contrat social lui-même qui apparaît comme fragilisé et qui constitue un nouveau registre de l’insécurisation. Le dérèglement d’une société qui sacrifie ses enfants serait le signe que la France est en train de sombrer…

     Malgré le discrédit qui frappe le personnel politique en général, auquel s’ajoute l’image de sa connivence avec les milieux affairistes et financiers dont Nicolas Sarkozy constitue la figure emblématique, les milieux populaires sont bien loin de rejeter la politique comme mode d’action. La prochaine élection présidentielle apparaît à cet égard comme investie d’enjeux cruciaux. Dans cette conjoncture, Marine Le Pen bénéficie pleinement d’une dynamique antisystème dans laquelle s’inscrit l’idée que le clivage droite / gauche n’est plus pertinent. Le vrai clivage pour les milieux populaires se situerait aujourd’hui entre une offre politique volontariste, capable de reconquérir le pouvoir effectif contre l’hégémonie des marchés, et une offre politique par trop fataliste qui s’y plie. Dans cette logique, l’attente principale se préoccupe moins de compétence et de programme que de détermination, et d’affirmation de capacité d’action.

     Le succès de Marine Le Pen dans les milieux populaires s’explique somme toute assez naturellement, en ce qu’elle semble disposer du monopole de la reconnaissance de l’expérience populaire. Mais la réponse à la demande populaire

    –        demande légitime de sécurisation et de protection, qui ne cesse de prendre de l’ampleur au sein de la classe moyenne

    –        – n’est pas condamnée à être réponse une populiste. Croire cela, c’est signer la démission de la démocratie. La protection est une notion qui renvoie à un état social que la démocratie doit garantir. Il y a urgence à ce que les partis qui refusent de formuler des réponses populistes à des problèmes populaires formulent des réponses positives et pertinentes à la demande de sécurisation.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique