• Hommage à une très grande dame qui impose le respect par la générosité et la sincérité de son engagement.

     

     Danielle Mitterrand s'est éteinte

    Publié le 18.11.2011, 17h10 | Mise à jour : 22.11.2011, 08h52

    Paris,Danielle Mitterrand s'est éteinte durant la nuit. Hospitalisée vendredi, elle avait été placée en coma artificiel.  | LP / Matthieu de Martignac

     Danielle Mitterrand, la veuve de l'ancien président de la République, s'est éteinte à 2 heures dans la nuit de lundi à mardi, à l'âge de 87 ans. Elle avait été placée en coma artificiel à l'hôpital parisien Georges-Pompidou où elle avait été admise vendredi. Elle y avait déjà été hospitalisée en septembre, mais avait pu participer le 21 octobre à l'anniversaire des 25 ans de sa Fondation, France-Libertés.

      Selon ses proches, elle était apparue ces derniers temps «ralentie dans ses déplacements, mais opérationnelle dans ses combats». 

    Danielle Mitterrand, née Gouze, voit le jour le 29 octobre 1924 à Verdun (Meuse). Fille d'un professeur de collège public, elle grandit dans des principes laïques, passe toute sa scolarité en école publique et obtient son baccalauréat en 1942, après avoir échoué une première fois. A dix-sept ans, en pleine occupation des troupes nazis en France, la jeune bachelière décide de s'engager dans la résistance, comme agent de liaison. Un premier combat, qui, elle l'ignore encore, la conduira à rencontrer celui qui deviendra son mari et le futur président de la République.

    Tout commence lorsque sa soeur aînée, Christine Gouze, lui présente un jour un dénommé « François Morland ». Il s'agit en réalité de François Mitterrand. «Morland» étant un nom de code dans la résistance parisienne. 
    Le jeune François doit fuir la capitale pour rejoindre la Bourgogne par le train. C'est Danielle, agent de liaison, qui joue alors l'amoureuse transie à ses côtés pour tromper la Gestapo. Mais à la fin du voyage, Danielle et François ne jouent plus : ils forment un vrai couple. Le jour de ses 20 ans, Danielle Gouze devient  alors Madame Mitterrand, pour le meilleur et... pour le pire.

    De cette union, naîtront trois enfants : Pascal, né en 1945 et mort deux mois après sa naissance, Jean-Christophe, en 1946 et Gilbert, le cadet, qui naîtra trois ans plus tard. Elle va ensuite s'impliquer personnellement tout au long de la carrière politique de son mari, de son poste de député de la Nièvre en 1946 à celui de ministre des Anciens Combattants, jusqu'à 1981, date de son arrivée à l'Elysée... L'épouse Mitterrand passe cette année-là du statut de femme d'homme politique à celui de Première dame de France.  

    Mais bien loin de l'image lisse et conventionnelle d'une épouse de chef d'Etat, Danielle Mitterrand, elle impose radicalement son style. Si elle se prête aux cérémonies protocolaires du Palais, elle veut rester libre et indépendante. Elle continue par exemple de vivre dans son appartement rue de Bièvre, dans le Ve arrondissement de Paris, tout en ayant son bureau personnel à l'Elysée.

    «La Présidente», comme on l'a surnomme déjà, s'engage ainsi dans une foultitude de causes humanitaires et tiers-mondialistes. Quitte à mettre son président de mari dans l'embarras. En 1993, elle s'oppose publiquement à la politique d'immigration menée par Charles Pasqua. Et sa langue bien pendue agace le Quai d'Orsay. Dans une tribune intitulée «Qui veut faire taire Danielle ?», plusieurs députés de la majorité, dont Pierre Mazeaud, critiquent ouvertement ses prises de positions. «Ce n'est pas son rôle», écriront-ils...

    En 1986, elle créé sa Fondation France libertés «pour favoriser l'accès à l'eau pour tous, redéfinir les véritables richesses et faire reconnaître et respecter le droit des peuples».
    Vingt-cinq ans après, celle qui devint la veuve de François Mitterrand en 1996, tenait encore les rênes de sa fondation, malgré ses ennuis de santé.

    «La vie a voulu que je parcoure un long chemin dans le temps. Le destin m'a donné l’occasion de fouler de nombreux tapis rouges et de rencontrer les grands de ce monde (...) Mais les tapis rouges des voyages présidentiels ne m'ont pas égarée, pas plus que les lustres ne m'ont éblouie. Ils m'ont surtout permis de côtoyer des populations de tous les continents, d’entendre les témoignages d’hommes et de femmes oubliés du bonheur de vivre et accablés par la misère», écrivait-elle encore sur la page de sa Fondation.

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     Société. Obsèques de Danielle Mitterrand : la famille socialiste réunie derrière Hollande

    La famille socialiste réunie derrière François Hollande, Mazarine Pingeot et une foule d’anonymes ont rendu cet après-midi à Cluny, en Saône-et-Loire, un dernier hommage à la femme libre et engagée qu’était Danielle Mitterrand, ancienne Première Dame de France décédée mardi à 87 ans.

    Mazarine, la fille longtemps cachée de François Mitterrand s’est fait discrète. Les ténors socialistes ont en revanche tenu à saluer la «militante» au «regard perçant et exigeant» (François Hollande) ou la «grande dame qui s’en va» et «laisse de nombreux combats à mener» (Martine Aubry).

    Figuraient aussi parmi les centaines de personnes rassemblées dans le parc de l’abbaye de Cluny pour cette cérémonie en plein air Manuel Valls, Arnaud Montebourg, l’homme d’affaires Pierre Bergé, l’ancienne conseillère de François Mitterrand Anne Lauvergeon, l’ex-secrétaire général de l’Elysée Hubert Védrine, et encore Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et neveu de Mme Mitterrand.

    Sur une musique de Chopin, le cercueil en bois clair est arrivé, suivi par la famille, tandis que deux écrans géants affichaient une image de l’inlassable militante avec une écharpe rouge et portant une bouteille d’eau sur laquelle était inscrit : «Bien commun de l’humanité, l’eau n’a pas de prix».

    Au pied de l’estrade, les gerbes et couronnes d’officiels et d’anonymes étaient nombreuses, rendant hommage à «une femme libre» ou à une «icône de la Résistance».

    Danielle Mitterrand «revient à sa source pour y reposer», a déclaré son fils Gilbert, confiant dans l’idée que «maman ne meurt pas» et que son esprit demeure.

    Pour François Mitterrand, «Danielle n’était pas une caution, c’était une conscience irréductible. Il lui fit confiance et ne le regretta jamais», a témoigné Michel Joli, secrétaire général de France Libertés, la fondation qu’elle avait fondée il y a 25 ans.

    «L’accès à l’eau potable est un droit fondamental», a-t-il ajouté, une bouteille à la main, évoquant un des nombreux combats de Danielle Mitterrand pour «changer le monde» via sa fondation, créée pour défendre le droits des peuples et donner la parole aux opprimés. Plusieurs dizaines de Kurdes, drapeaux à la main, mais aussi d’Iraniens, étaient présents aux obsèques. «Elle était la sentinelle des droits de l’Homme», pour Hélène Fathpour, du Conseil national de la résistance iranienne.

    Le long cortège a ensuite traversé la petite commune de 5000 habitants pour gagner le cimetière, où chacun a pu déposer une rose blanche ou rouge dans le caveau familial. Le père de Danielle Mitterrand, directeur d’école, avait trouvé refuge à Cluny après avoir été révoqué en 1940 par le gouvernement de Vichy pour avoir refusé de dénoncer les élèves juifs de son collège. C’est également à Cluny que Danielle Mitterrand rencontra le capitaine Morland, nom de résistant de François Mitterrand, alors recherché par la Gestapo.


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