• Libération : Société 15/07/2011 à 09h46 (mise à jour le 16/07/2011 à 18h17)

    Eva Joly propose de supprimer le défilé militaire du 14-Juillet

    Réactions

    La gauche s'indigne de concert de l'attaque du Premier ministre sur la binationalité d'Eva Joly, qui propose de remplacer le défilé militaire par un «défilé citoyen».

    Par LIBÉRATION.FR

    Que n'a pas dit Eva Joly ! Et maintenant, que n'a pas dit François Fillon ! Le Premier ministre se reprend le pataquès du défilé du 14-Juillet en pleine figure ce samedi pour s'en être pris à la binationalité de la candidate d’Europe écologie-Les Verts (EELV). Qui s'était elle-même attiré une volée de bois pas très vert ce vendredi, se retrouvant taxée au mieux de «hippie», au pire de représentante de l'«anti-France», après sa proposition de remplacer le défilé militaire du 14-Juillet, par un «défilé citoyen».

    Tout commence jeudi quand, réagissant au passage, place de la Bastille, d’une colonne de chars et de véhicules blindés de l’armée qui venaient de défiler, Eva Joly déclarait à l'AFP : «J’ai rêvé que nous puissions remplacer ce défilé (militaire) par un défilé citoyen où nous verrions les enfants des écoles, où nous verrions les étudiants, où nous verrions aussi les seniors défiler dans le bonheur d’être ensemble, de fêter les valeurs qui nous réunissent».

    Pour elle, «il y a une antinomie» entre le passage de chars sur cette place et les discours qu’y ont prononcé jeudi les anciens Résistants. «C'est un symbole qui date. C'est un symbole de la France puissance coloniale. Il me semble que le temps est venu de dire que le défilé militaire n'a plus sa place dans la symbolique du 14-Juillet», a aussi fait valoir l'ex-magistrate sur France-Info. «Je pense que l'armée a toute sa place, mais je pense qu'elle ne doit pas être là le 14-Juillet.» (Lire aussi son interview à Libé ici)

    «Des idées de soixante huitardes attardées»

    Eva Joly reprend une proposition déjà formulée l'an passé par les élus Verts de Paris, qui avaient demandé la suppression du défilé militaire – tradition instituée en 1880 pour consolider la jeune IIIe République – en arguant de son coût (financier et écologique) mais aussi du symbole : «La France est l’une des rares démocraties à organiser un gigantesque défilé militaire le jour de sa fête nationale. Dans la plupart des pays européens et d’Amérique du Nord, la fête nationale est l’occasion de grandes manifestations populaires, pas d’une démonstration de force dérisoire. Ce sont les dictatures qui généralement organisent ce genre de déploiements guerriers», soulignait le communiqué.

    La droite, d'évidence, s'est montrée peu sensible à l'argumentaire. Depuis jeudi soir, c'est à qui criera le plus fort au crime de lèse-patriotisme. Jusqu'au Premier ministre François Fillon qui, depuis Abidjan où il est en visite officielle, s'est aventuré sur le terrain de la binationalité (Eva Joly, née à Oslo, a la double nationalité française et norvegienne) : «Je pense que cette dame n’a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l’histoire française.» «Si chaque année nous rendons hommage à nos forces armées le jour de la fête nationale, c’est parce que nous rendons hommage à une institution qui assure la défense des valeurs de la République française, de la liberté, de la fraternité, de l’égalité», a-t-il défendu, concluant : «Je pense qu’il y a bien peu de Français qui partagent l’avis de Mme Joly.»

    Résultat, la gauche, jusqu'alors plus que réservée sur la proposition d'Eva Joly, s'est indignée à son tour, renvoyant la vapeur sur le Premier ministre.

     «C'est insupportable, c'est de la xénophobie à l'état pur!», a tonné Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche pour 2012, et l'un des premiers soutiens d'Eva Joly dans cette affaire du défilé.

    Harlem Désir, premier secrétaire par intérim du PS, a commencer par juger ces propos «indignes d’un Premier ministre», peu avant que Cécile Duflot ne vole au secour d'Eva Joly, en fin de journée sur RTL: «(François Fillon)s'exprime quasiment comme Mme Le Pen. Je trouve ça scandaleux et invraisemblable. (...) On est dans une situation de plus en plus scabreuse. C'est proprement insupportable.» Et de rappeler qu'«un quart des jeunes de moins de 25 ont un membre au moins de leur famille d'origine étrangère.»

    Même le fondateur d'EELV, Daniel Cohn-Bendit, pourtant jamais très tendre avec Mme Joly, est venu à son secours en déclarant: François Fillon «déraille», Eva «a raison».

    François Hollande, à son tour : «Je ne partage pas le point de vue d'Eva Joly sur le défilé du 14 juillet, mais elle a parfaitement le droit de défendre cette position sans qu'il soit besoin de mettre en cause sa culture des valeurs de la France.» Puis ce samedi, depuis le départ de la 14 e étape du Tour de France, en Haute-Garonne : «Il n’y a pas deux catégories de Français» mais uniquement  «des  Français à égalité de droit et de devoir» (lire sur LibéToulouse).

     Plus tard dans la soirée, Martine Aubry, tout en trouvant «pas acceptable» la proposition d'Eva Joly, s'est élevée elle aussi contre le discours de Fillon qui «bafoue les fondements et les valeurs de la République» et «rejoint les thèses du Front national».

    Son concurrent à la primaire Manuel Valls, enfin, s'est déclaré sur France 3 «scandalisé, outré, indigné par les propos du Premier ministre, parce que discréditer quelqu'un en fonction de ses origines, c'est insupportable».

    Finalement, à gauche, la seule voix discordante est celle de Jean-Pierre Chevènement (MRC), qui pour le coup fait écho à Fillon: «La nature de la France lui échappe sans doute. Peut-être lui faut-il encore un peu d'accoutumance.»

    A droite, deux ministres, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez sont monté au créneau pour soutenir le Chef du gouvernement ce samedi, dénonçant «une tentative acrobatique» de l'opposition «pour se ressouder» et un «écran de fumée pour tenter de faire oublier (la) proposition scandaleuse qui discrédite leur principale alliée».

    «Je ne descends pas de mon drakkar»

    Quant à l'intéressée, elle a répliquée vendredi et plutôt sèchement, à François Fillon et au festival de critiques : «Je ne descends pas de mon drakkar. Ca fait 50 ans que je vis en France, et donc je suis Française. Et ce n'est pas parce que je soulève, ce qui est pour moi un vrai problème, qu'on doit me discréditer parce que je ne suis pas assez Française», a-t-elle recadré vendredi après-midi, sur RTL. Petite pique au passage sur l'âge du capitaine : «J'ai sûrement vécu plus longtemps en France que lui.» (Eva Joly a 67 ans, Fillon dix de moins).

    La candidate s'exprimait après une avalanche de petites phrases peu amènes qui se sont succédé toute la journée de vendredi, les porte-flingue de la majorité exploitant grosso modo deux angles d'attaque : la binationalité d'Eva Joly, et l'angélisme naïf dont elle ferait preuve.

    Ainsi, en guise de synthèse pour la deuxième école, le député UMP Jaques Myard: «Ce sont des idées de soixante huitardes attardées. Madame Joly donne dans le pacifisme béat.»

    Dans la même veine, Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP, a raillé des «propos scandaleux qui dénotent chez Eva Joly un antimilitarisme que l’on croyait disparu avec les dernières communautés hippies».

    «Je trouve cela pathétique (…) dire ce qu’elle a dit, c’est pour moi profondément une insulte à tous ceux qui depuis des siècles meurent pour ce pays, pour ses valeurs, pour sa liberté», a appuyé sur Europe 1 Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. «Elle rêve, comme beaucoup de militants de son parti, de ce monde aseptisé et sans guerre dans lequel on a totalement occulté la dimension tragique de l’Histoire, je pense que c’est parfaitement irresponsable, parfaitement inconscient.»

    Source Europe1fr

    Marc Laffineur, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, s’est déclaré auprès de l'AFP «scandalisé et choqué» par cette proposition formulée «le jour où six soldats français ont été tués en Afghanistan» alors que «justement le défilé du 14-Juillet, c’est de rendre hommage à tous les efforts et sacrifices que font les militaires».

    Le retour de «l'anti-France»

    La cible était facile pour Marine Le Pen, qui s'est à plusieurs reprises dite choquée qu'Eva Joly puisse se porter candidate sans être née en France, allant jusqu'à la qualifier de «sans patrie fixe». C'est sur le terrain politique qu'a cependant cette fois joué la présidente du Front National a ce vendredi, jugeant «absolument consternants» les propos de la candidate, qui «révèlent sans doute ce qu'elle est, à savoir une dirigeante d'extrême gauche».

    Mais c'est au député UMP de Haute-Savoie Lionel Tardy que revient la palme de la réaction outrancière, à moins que ce ne soit Lionnel Luca, le député de la Droite populaire, tout en nuances comme à son habitude : «Madame Joly confond sans doute le 14 Juillet et le 1er avril (…) Je ne sais pas ce qu’elle aurait fait en 1944-1945, peut être qu’elle aurait supprimé le défilé des chars de la 2e DB du Général Leclerc.» Ou peut-être Christian Vanneste, député UMP du Nord ? : «Tant de manichéisme et d’ignorante prétention soulèvent une crainte rétrospective sur la juge et une lourde angoisse sur ses ambitions politiques. L’esprit munichois souffle sur ces déclarations dégoulinantes de bêtise.»

    Guy Tessier, président UMP de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, a tenu peu ou prou la même ligne d'attaque sur France Info, allant jusqu'à se dire «consterné qu'il puisse encore exister des anti-France» et brocardant une «naïveté absurde».

    A gauche, si la sortie de Fillon a déclenchée un concert de protestations, sur le fond de la proposition d'Eva Joly seul Jean-Luc Mélenchon (FG) a ménagé la chèvre et le chou en défendant à la fois le défilé militaire et le défilé citoyen: «Le 14-Juillet est avant tout l’anniversaire de la grande Révolution de 1789» et «le défilé militaire rappelle à toute puissance étrangère ce qu’il lui en coûterait de s’en prendre à la France et à sa République». Mais «un défilé citoyen, à la suite du défilé militaire, serait une belle démonstration pour dire à l’oligarchie et à la finance internationale que la première force de dissuasion de la France, c’est son peuple».

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    Point de vue

    Oui au défilé, non à la xénophobie,

    Eva Joly, candidate d’Europe Ecologie Les Verts à l’élection présidentielle, a proposé hier de supprimer le défilé militaire du 14 juillet et de le remplacer par un défilé civil. Ce n’est pas en soi une proposition nouvelle de la famille écologiste. Cela fait en effet un moment que les Verts demandent que le défilé militaire le jour de notre fête nationale prenne fin. Je respecte cette proposition, mais je ne la partage pas. Je crois que le défilé du 14 juillet est un moment privilégié de rencontre entre les Français et leur armée, un hommage à son rôle de défense de notre liberté et de notre territoire comme aussi une découverte de ses nouvelles missions dans les opérations internationales de maintien de la paix. Je crois précieux ce regard citoyen sur l’armée française, notamment parce qu’il est une garantie démocratique. Saluer le rôle de l’armée et de ses soldats, c’est en effet pouvoir interroger le gouvernement sur le bien-fondé de certaines missions qui s’enlisent, comme en Afghanistan.

    L’on peut exprimer un désaccord avec la proposition d’Europe Ecologie Les Verts et offrir un contre-argument sans vouer Eva Joly à une quelconque indignité nationale. J’ai été sidéré par la violence et la xénophobie des propos de l’UMP, à commencer par ceux du Premier Ministre François Fillon, sur les origines d’Eva Joly et sa binationalité. Il faut appeler un chat un chat : la droite a un problème avec les Français d’origine étrangère, à qui elle accole une présomption de moindre patriotisme. L’obsession de la binationalité qui sévit dans les rangs de l’UMP depuis plusieurs mois est indigne. Il n’y avait pas grande différence entre ce que dit Marine Le Pen et les propos hier des députés UMP Guy Teissier sur « l’anti-France » et Lionel Tardi recommandant à Eva Joly de retourner en Norvège.

    Aux binationaux, cela veut dire en gros : on vous tolère, mais ne vous piquez pas d’entrer dans le débat politique, plus encore d’y jouer un rôle. Drôle d’idée du principe d’égalité au cœur de la République… N’est-ce pas au contraire la meilleure nouvelle pour la France, creuset d’histoires et d’itinéraires, qu’une femme née étrangère, devenue française, puisse aujourd’hui se présenter à la Présidence de la République ? Le pays que j’aime, c’est celui qui encourage de tels parcours et qui s’en réjouit. Un pays où le meilleur est possible d’où que l’on vienne, tout simplement parce que, citoyens, nous sommes égaux en droits et devoirs. C’est Jaurès qui, dans « L’Armée nouvelle », exprimait le mieux le lien entre la patrie et l’internationalisme. Il écrivait : « Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d'internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène". Il n’y a rien qui soit plus juste ni plus beau.

    Pierre-Yves Le Borgn’ , Premier Secrétaire, Fédération socialiste des Français de l’Etranger



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    Société. Une proposition de loi du député (PS) Patrick Bloche remet le sujet au centre des débats.

    Vers le mariage homosexuel ?

    Le mariage pour les couples de même sexe sera-t-il bientôt autorisé ? C’est en tout cas ce qu’espèrent certaines associations et certains parlementaires de la Côte-d’Or. Jeudi 9 juin. Date de l’ouverture des débats sur la proposition de loi visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Mardi 14 juin. Date du vote de ce même texte à l’Assemblée nationale.

    «C’est une question d’égalité des droits entre les citoyens », déclare Mathieu Moreau, coprésident de l’association CIGales (centre Lesbien, Gay, Bi et Trans de Dijon et de la Bourgogne). Selon lui, aujourd’hui en France, « la loi républicaine n’est pas la même pour les couples homosexuels et pour les couples hétérosexuels ».

    « Discrimination »

    « Alors que chaque couple d’hétérosexuels est libre de choisir entre le Pacte civil de solidarité (Pacs) et le mariage, les homosexuels n’ont que la possibilité du Pacs, ce qui crée une discrimination de fait », estime Mathieu Moreau.

    Les membres de CIGales ont envoyé le 3 juin dernier une lettre ouverte à tous les parlementaires de la région, dont les huit du département de la Côte-d’Or. Jeudi prochain, les débats sur la proposition de loi du député du parti socialiste Patrick Bloche, visant à permettre le mariage aux couples de même sexe, seront ouverts. Le vote en lui-même devrait avoir lieu le mardi suivant.

    D’après Mathieu Moreau, la chance que cette proposition de loi passe « n’est pas liée à l’évolution des mentalités. En effet, si entre 60 et 70 % de la population se dit favorable à l’ouverture du mariage pour les couples du même sexe, la donne n’est pas la même du point de vue de la représentation nationale… »

    « Interpeller » et « sensibiliser »

    Mathieu Moreau précise en outre que « la proposition de loi a déjà subi un avis négatif en commission des lois ». En conséquence, il ne s’attend pas à « une adoption par l’Assemblée nationale ».

    En revanche, il pense que « les actions militantes » des associations gays et lesbiennes sont « capitales » pour « interpeller » les parlementaires de France et « sensibiliser » le plus grand nombre au mariage des couples de même sexe.

    VINCENT LINDENEHER v.lindeneher@lebienpublic.fr

    Publié le 08/06/2011

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    Vous trouverez ci-dessous le communiqué publié par HES (Homosexualités et Socialisme) à la suite du rejet par l'Assemblée nationale de la proposition de loi socialiste visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe (par 293 voix contre, 222 pour, et 16 abstentions).


    La droite refuse d’ouvrir le mariage à tous les couples

    L’Assemblée nationale a rejeté la proposition de loi socialiste visant à ouvrir le mariage à tous les couples sans discrimination. Les députés ont choisi cet après-midi de maintenir en l’état les articles du code civil qui excluent du mariage les couples homosexuels.

    Toutes les composantes de l’opposition ont pris position en faveur de la proposition de loi présentée par Patrick Bloche : les députés PCF, PG, EELV et PS ont voté en faveur du texte. Engagés depuis 2004 en faveur de l’ouverture du mariage à tous les couples, les différents partis de gauche se sont montrés unis et mobilisés.

    Le gouvernement s’est opposé au texte. L’UMP s’est largement rangée à son avis, faisant resurgir dans l’hémicycle des arguments employés contre le pacs par la même droite, en 1998. Après une comparaison insultante entre l’homosexualité et la zoophilie, ce sont des prêches renvoyant l’état civil à un état de nature qui ont été prononcés par les députés UMP. Leur référence à un ordre naturel fait écho, dans la mémoire des militants LGBT, à la condamnation religieuse des relations « contre nature ».

    La France accuse désormais un retard injustifiable. Les Français sont, depuis longtemps, favorables à l’ouverture du mariage à tous les couples, sans discrimination. De nombreux pays ont montré le chemin. L’exemple a été donné par l’Afrique du sud, l’Argentine, la Belgique, le Canada, l’Espagne, l’Islande, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède et plusieurs états américains.

    HES (Homosexualités et Socialisme) restera mobilisée dans la perspective des prochaines élections présidentielle et législatives. Les socialistes se sont engagés, dans leur projet pour 2012, en faveur de l’ouverture du mariage, de l’adoption et de la procréation assistée à tous les couples, sans discrimination. A la veille d’un nouveau rendez-vous électoral avec les Français, la droite a prouvé aujourd’hui qu’elle reste attachée au maintien de cette discrimination.

    ***


    Contact : Gilles Bon-Maury, président d'HES, tél. +33 6 61 53 19 39, gilles.bon-maury@hes-france.org.

    http://www.hes-france.org/


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    Paris, le 10 mai 2011

    Communiqué 

    Pouria Amirshahi,

    Secrétaire national à la coopération, à la francophonie,

    à l’aide au développement et aux droits de l’homme



     

      

    Il n'existe pas différentes catégories de Français

     

    Le Parti socialiste exprime sa plus vive indignation à la suite des propos du député UMP Claude Goasguen ce matin en faveur d’une limitation de la binationalité et des droits politiques des binationaux. Il promeut l'instauration d'un fichier des binationaux. Au mépris des principes républicains les plus élémentaires, l’UMP continue ainsi à investir les terres du Front national, prenant le risque de les nourrir. Le Parti socialiste réaffirme qu'il n’existe pas différentes catégories de Français, mono-nationaux d’un côté et binationaux de l’autre. Les Français sont égaux en droits et en devoirs, et le principe républicain d’égalité ne s’accommode d’aucune discrimination. La binationalité est une réalité, une richesse culturelle et une ouverture au monde. Notre pays compte des millions de binationaux, qui doivent être écoutés, représentés et défendus au lieu d’être pointés du doigt, jetés à la vindicte populiste et discriminés. Plusieurs centaines de milliers d'entre eux travaillent à l’étranger et contribuent au rayonnement de la France dans le monde. L’avenir de la France n’est pas au nationalisme identitaire véhiculé par les mouvements d’extrême-droite.

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    La frustration de la commission mixte paritaire

     

     

     

     

    Écrit par Richard Yung    Sénateur représentant les Français hors de France

    Samedi, 07 Mai 2011

    Mercredi dernier s’est tenue la commission mixte paritaire (c’est-à-dire une commission composée de 7 députés et 7 sénateurs qui doivent se mettre d’accord sur la version finale d’un texte de loi déjà discuté deux fois dans chaque assemblée). Il s’agissait de la loi très controversée sur l’immigration, dite loi Besson.

    Je dois dire ma déception : elle s’est tenue en 40 minutes, nous avions à peine le temps de tourner les pages (il y avait près de 80 articles) et lorsqu’il y avait débat, clairement les rapporteurs de l’Assemblée nationale et du Sénat s’étaient mis d’accord entre eux et avec le gouvernement (qui n’est pas présent). Autrement dit, la présence de l’opposition est complètement inutile : nous pouvons répéter nos arguments sur des questions aussi importantes que les visas de longue durée pour les étrangers frappés d’une maladie grave, sur le bannissement , sur les examens de langue, d’histoire de culture, sur l’effacement du rôle des juges des libertés, … personne ne vous écoute et cela n’a aucun effet.

    C’est très frustrant de jouer ainsi les figurants inutiles. Je comprends bien qu’à la fin des débats parlementaires, il faut trancher. Mais allons jusqu’au bout du fait majoritaire : une réunion des deux rapporteurs suffirait pour mettre au point un texte qui serait soumis à ratification des deux assemblées.

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    Appel inter-associatif au rassemblement devant l’Assemblée nationale. Ouverture à tous les couples de l'assistance à la procréation : reprenons le chemin de l'égalité des droits !

    Aujourd'hui, les couples de femmes qui veulent fonder une famille et donner naissance à un enfant ne peuvent pas bénéficier d'une assistance à la procréation en France. Ils doivent se rendre à l'étranger, par exemple en Belgique, en Espagne ou aux Pays-Bas. En France, seules les femmes vivant depuis au moins deux ans avec un homme infertile ou porteur d'une maladie génétique peuvent bénéficier d'un don de gamètes et d'une insémination artificielle ou d'une fécondation in vitro.

    Le 8 avril dernier, le Sénat a modifié le projet de loi bioéthique du Gouvernement pour abolir cette discrimination et ouvrir à tous les couples sans exceptions l'assistance à la procréation. Alors que l'Assemblée nationale commencera le 24 mai la deuxième lecture de ce projet de loi, les députés peuvent décider de faire reculer les discriminations qui pèsent sur les personnes LGBT et leurs familles, et de faire avancer leurs droits. Ils peuvent décider de faire valoir en France le droit de fonder une famille telle qu'il est défini à l'article 9 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

    Nous nous rassemblerons, le 24 mai, devant l'Assemblée nationale, pour demander à nos représentants de prendre cette décision en confirmant l'ouverture approuvée par leurs collègues sénateurs et en adoptant l'article 20 du projet de loi bioéthique modifié.

    Rassemblement devant l’Assemblée nationale
    Mardi 24 mai à 18h30
    Place Edouard Herriot – Paris 7e (Métro : Assemblée nationale)


    ***


    Contact pour HES (Homosexualités et Socialisme) : Gilles Bon-Maury, président, tél. +33 6 61 53 19 39, gilles.bon-maury@hes-france.org.

     


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  • Débats 

     

    Prostitution : Pourquoi pas la pénalisation du client ?

     

    Débat sur le projet de loi instituant « la pénalisation du client »   dans l’usage de la prostitution.

    Il y a tout juste 65 ans, la loi “Marthe Richard” fermait les maisons closes. Durant de nombreuses années, la France a  ensuite mené une politique abolitionniste visant, tout à la fois, à protéger les personnes prostituées et à décourager les pratiques prostitutionnelles. En 2003, la position française s’est troublée avec l’entrée en scène de la logique sarkozyste et sécuritaire et l’incrimination du racolage passif aux effets catastrophiques sur la situation sanitaire et sociale des personnes prostituées. Aujourd'hui, suivant une approche toute différente, le rapport de la mission parlementaire sur la prostitution, présidée par la députée Danielle Bousquet  propose de pénaliser le client.

     

    Contribution 1

     

    Je m'amuse toujours (les bons jours) à déplorer la propension excessive des politiques à confondre les problèmes, les causes et conséquences de ces problèmes, et se vautrer complaisemment dans le traitement symptomatique de ces problèmes, c'est-à-dire traiter les conséquences (Sarkozy est un champion dans ce domaine), effets d'annonce garantis, mais résolutions des problèmes, ZERO RESULTAT.

     

    La prostitution, le plus vieux métier du monde : déjà cela devrait forcer à une certaine humilité quant à l'approche du problème lui-même.

     

    La prostitution est en effet un bon exemple.

     

    Effet d'annonce, "on va pénaliser le client". Effet garanti, c'est le buzz depuis deux semaines…Se pose la question des libertés individuelles (plus boire, plus fumer, plus conduire vite si je veux, bientôt plus baiser qui je veux, fais chier merde (je résume sa pensée de certains et je pratique leur dialectique) ! Que la mère Bachelot aille s'occuper du stockage de ses invendus...avant qu'on la prenne en grippe.

     

    Ceci dit, soyons sérieux.

     

    Dans la prostitution, il y a (au minimum) deux problèmes : la prostitution et le proxénétisme. Déjà, confusément on sent que ce n'est pas la même chose, malgré le fait établi du lien qui les unit, sans prostitution, pas de proxénétisme, avec le proxénétisme,  de la prostitution.

     

    Quelles sont les causes de la prostitution (classées en vrac, sans hiérarchie) :

     

    - la misère matérielle (pour les femmes),

    - la misère sexuelle (pour les hommes, on ne rit pas mesdames, çà existe),

    - la misère matérielle (pour les hommes)

    - les traumas psychologiques (pour les hommes, Caubère l'a bien exprimé)

    - les traumas psychologiques (pour les femmes aussi)

    - un choix de vie (temporaire ou définitif, mais est-ce un choix lorsqu'il résulte des causes qui précèdent?).

     

    Au fait, il y a aussi des hommes qui se prostituent, mais ma petite liste peut s'appliquer client-cliente, prostitué-prostituée, hétéro-hétéro, LGBT-LGBT, je n'ai oublié personne j'espère.

     

    On pourra me dire, mais les call-girls, ce n'est pas pareil : oui c'est vrai, ce n'est pas pareil, c'est beaucoup plus cher, mais les réseaux mafieux s'y intéressent aussi (eh oui, c'est beaucoup plus cher...) et le fait d'améliorer le packaging ne change pas fondamentalement la nature du produit (du délit?) : vous remarquerez qu'il était difficile d'éviter l'écueil de la vulgarité en faisant des digressions faciles du style une pute dans la soie c'est toujours une pute, mais vous voyez je ne l'ai pas dit.

     

    Donc, les problèmes évoqués plus avant sont liés à des causes sociétales qui méritent une approche sociétale pour les résoudre ou en atténuer les effets pour le moins. Les réponses sont : lutte contre le chômage, augmentation du pouvoir d'achat, accès à la psychanalyse pour les personnes défavorisées, régularisation des sans-papiers (précarité peut aussi dire prostitution)

     

     

    contribution 2

     

    La pénalisation du client c'est vraiment regarder le problème par le petit bout de la lorgnette. On ne va ajouter que de la précarité à la précarité, sans rien résoudre. Au contraire, le fait d'augmenter la précarité va également augmenter la prostitution organisée par les proxénètes et les réseaux mafieux.

    Le vrai problème c'est l'exploitation d'êtres humains (de l'esclavagisme, oui, osons le mot) comme le rappelle les différentes commissions de travail (combien en 30 ans?). J'attends que l'Europe s'organise efficacement (= volonté politique, budget, moyens) pour lutter contre les réseaux de prostitution et tous les syndicats du crime en général.

     

    Que ceux qui ironisent sur le risque (excitation) supplémentaire que représenterait la Pénalisation du client, se rendent compte que la peine en question c'est la(e) prostitué(e) qui la subira tous les jours dans la détérioration (s'il était encore possible...) de ses conditions d'existence.

     

    Alors veut-on simplement voir moins de prostituées sur la voie publique, parce que cela dérange notre bonne conscience de bien nourris, et emmerder les clients, dont beaucoup ont une condition sociale peu enviable, et leur soutirer le peu d'argent dont ils disposent au nom d'une morale qui n'a rien à faire à cet endroit ? Moi j'appelle çà du Sarkozysme. On peut faire un parallélisme troublant avec la pénalisation du toxicomane...car il est plus facile de faire de la répression sur ceux et celles qui sont sans défense face à la société que de s'attaquer aux racines du mal. J'en parle d'autant plus facilement que jamais je n'ai fait de ma vie "commerce" avec une prostituée, mon code moral est que je trouve cela dégradant pour moi-même (payer pour...) Mais c'est facile de dire cela quand on a la chance de vivre dans des conditions satisfaisantes, affectivement et matériellement.

     

    Alors je pense qu'il faudrait un peu plus de compassion pour les êtres humains (même s'ils sont imparfaits aux yeux de certains), et un peu plus d'efficacité dans la résolution des vrais problèmes.

     

    Stéphane, Luxembourg

     

     

    Contribution 3

     

     De mon point de vue, traiter les causes et les conséquences ne doit pas empêcher, bien au contraire, de traiter les problèmes.


    Pour les causes et les conséquences : lutter contre le chômage, pour l'augmentation du pouvoir d'achat, pour la santé physique et psychologique des personnes défavorisées et pour la régularisation des sans papiers sont des objectifs que je m'attache à défendre sans faiblir lors de mon mandat.


    Pour les problèmes : poser la question de la pénalisation du client des prostituées ne me semble pas tabou, ni une façon d'écarter les causes et les conséquences. Toute proportion gardée, il me semble que chercher un vaccin pour une affection n'empêche pas d'intervenir aussi sur les maux qu'elle provoque directement.


    Claudine Lepage, Sénatrice.

     
    Contribution 4

     

    Je suis interloquée par la quantité d'interventions "hors sujet" parues sur le forum. Je ne crois pas qu'il s'agisse de prohibition, d'atteinte à la liberté, mais seulement au nom d'une certaine égalité pour laquelle nous nous battons tant et qui est le panache blanc du PS, pénaliser " les deux" points. La sexualité pratiquée entre deux adultes consentants, sans marchandage, me parait on ne peut plus normale. Mais il ne s'agit pas de cela...Il ne s'agit pas non plus de tenter d'éradiquer la prostitution mais de mettre ceux qui la pratiquent dans un sens comme dans l'autre sur un pied d'égalité! Mais hélas la prostitution recouvre tout un monde dont certains n'ont peut-être pas fait l'usage: la prostitution homosexuelle, et la prostitution enfantine- Les clients sont quasi tout aussi nombreux que pour la prostitution hétéro qui va de la courtisane des siècles passés à la prostituée des bas fonds en passant par  la call-girl et autres noms plus sophistiqués. Epouser un beau parti d'un coté ou de l'autre sans aucun affect, est aussi une forme de prostitution. Alors rien n'est si simple, mais il faut bien commencer par quelque chose: la pénalisation du client, quelle que soit la forme que revêt l'échange. Pour le moment c'est de cela qu'il s'agit. Je vous renvoie au blog de Claudine Lepage, sénatrice des Français de l’Etranger, et de son texte remarquable et sensible. Et puis pour ceux qui aiment  les prostituées, tranquillisez-vous, le plus vieux métier  du monde a encore de beaux jours devant lui, et le risque de se faire pincer pimentera un peu la chose. C'est-y pas chouette tout ça?

    Suzanne, Amérique du Sud.

    Contribution 5


    L’article de Philippe Caubère, que je copie tout en bas de cet échange pour ceux qui n’ont pas accès à Libération et qui est disponible ici : http://actu.societe.free.fr/?post=1282, va à  l’encontre de la tendance actuelle au tout-répressif. A la tendance aussi à publier des lois inapplicables, celle-ci en particulier n’ayant pour conséquence que d’envoyer un peu plus ce trafic (ce commerce ?) dans la clandestinité la plus nocive pour les prostituées elles-mêmes. On préfère ne pas voir ce qui de toute façon se fera, plutôt que de protéger vraiment celles  qui en ont besoin.

     
    Quant à prendre l’avis des personnes concernées, je doute que l’on ait demandé aux prostituées ce qu’elles en pensaient. Il s’agit plutôt d’une posture morale et moralisatrice qui
    correspond parfaitement à l’air du temps, une croisade morale, nous dit Pascal Bruckner.

    Comment pouvons-nous interdire une relation, quelle qu’elle soit, entre deux adultes consentants ? Pénaliser les clients de prostituées: «C'est faire fi du consentement entre deux
    personnes majeures» , pense l’anthropologue Marie-Elisabeth Handman.
    Et ça m’étonnerait fortement que cette loi s’applique aux grands dirigeants qui s’offrent des call-girls ou autres escort girls à 5000 euros la rencontre pour faciliter la signature de contrats,
    je n’ose pas dire juteux...

    Avec Bayrou, je pense que “la prohibition n'a aucune chance de  marcher”, dans ce domaine comme avec les drogues.

    Thierry, Bresil


    http://www.liberation.fr/societe/01012331686-


    moi-philippe-caubere-acteur-feministe-marie-et-client-de-prostituees
    Je viens de lire dans le Libé du 1er avril (comme une sorte de mauvaise blague) qu’allait être déposée par Mme Roselyne Bachelot une proposition de loi visant à pénaliser les «clients de prostituées» d’une lourde peine s’inspirant du « modèle suédois », c’est à dire une amende (lourde aussi, j’imagine), plus 6 mois de prison. Cette proposition, je cite encore: « ne fait guère débat chez les parlementaires, à gauche comme à droite. Elle est soutenue par la plupart des associations féministes… etc. ». C’est donc sous la bénédiction générale et dans le silence de tous qu’une telle abjection va s’abattre sur nous, - huit ans après celle qui, interdisant
    toute forme de racolage, consista à jeter dans la clandestinité, la précarité, la misère et l’enfer toutes les personnes se prostituant et au désespoir, ainsi que dans cet autre enfer,
    celui de leur solitude ou de leur propre couple, tous ceux qui profitaient de leur secours, de leur savoir, de leurs «services». Au fait, quelle bénédiction ? Celle d’une église ? De toutes ? D’associations religieuses ou morales intégristes ? Pas du tout. Celle de l’état français impartial et laïque, toutes tendances politiques confondues, soutenu, pire du pire, par toutes les associations, -et là, je ne puis que mettre des guillemets, « féministes» !

    Marié pour la deuxième fois, très proche encore et toujours de ma première femme, m’autorisant depuis toujours, amantes, amoureuses ou petites amies (avec tous les ennuis que ça implique…), acceptant naturellement la réciproque (et les ennuis… etc.), je ne représente pas vraiment le prototype du mec frustré, sexuellement ou sentimentalement. Je n’ai pourtant jamais cessé depuis l’âge de 24 ou 25 ans d’avoir des relations -et des rapports- avec des personnes se prostituant. Serait-ce que je serais doté -ou affligé- d’une sorte de libido hors-normes? Je ne le crois pas (hélas, pourrais-je rajouter…). En revanche je sais que ce que je trouve avec une prostituée est une chose unique, que je ne trouverai jamais avec aucune autre personne, dans aucune relation dite « normale ». Il faut bien essayer, au moins de dire, sinon
    comprendre, pourquoi des hommes vont « voir les putes» avant de les punir. Non ? Ne pas vouloir les écouter, encore moins les entendre, se contenter de faire appel à la loi, à l’état, au
    législateur, je ne sais quoi de cet ordre-là, pour pouvoir plus vite et mieux les châtier, les sacquer, les humilier, c’est tout de même un acte d’une extrême indigence, d’une extrême pauvreté, d’une extrême lâcheté. Non ? J’ai vécu longtemps sous la coupe et la dictature d’une femme qui elle non plus ne voulait rien savoir, - ce n’était pas les putes à cette époque-là, c’était les femmes en général, le sexe en particulier. Cette femme, cette pauvre femme, c’était ma mère. Intelligente, brillante, charmante, amoureuse, généreuse, féministe avant l’heure, elle nous apprenait, à ma sœur et à moi, que les femmes devaient être les égales des hommes, qu’elles devaient travailler, être indépendantes, ne pas dépendre d’un homme etc. Mais dès qu’il s’agissait de sexe et de plaisir, elle devenait folle, méchante, abrutie, assassine, moyen-âgeuse. Son discours, d’éclairé, progressiste et anticonformiste, surtout à l’époque, devenait
    obscurantiste, obscène et mortifère. Et j’ai dû, tout au long de ma longue, si longue adolescence en subir les effets, les tourments, le martyre.

    Penser que ce discours imbécile est devenu celui, officiel, du « féminisme» d’aujourd’hui, gauche et droite réunis (c’est rare) me stupéfie, me consterne et m’insupporte. Car le but que poursuit cette proposition de loi n’est pas, comme le prétendent cyniquement ceux qui l’ont initié ou celles qui le défendent, de mettre à l’abri les prostituées. Pour eux, ces femmes n’existent pas, réduites à une sorte de sous-race composée uniquement de «victimes», des hommes évidemment, souteneurs, violeurs et clients mis désormais sur le même plan.
    Sans voix, sans parole, sans pensée ni jugement, on leur dénie tout autre droit que celui de se taire, se soumettre et rejoindre le camp des bien-pensants et ceux de redressement. Non, le but de cette loi n’est pas sûrement de défendre qui que ce soit -grossier mensonge !- mais bien de satisfaire les instincts du «bon» peuple, celui des électeurs, dans l’espoir bien entendu de pouvoir un jour, peut-être, obtenir leurs voix.

    Interdire, réprimer, ostraciser, humilier, frapper au plus intime, au plus secret, au plus fragile, dégrader enfin à travers le désir et le sexe, l’homme, la femme et en jouir. Et
    faire jouir. En toute tranquillité, toute bonne conscience. Voilà la vérité. J’avais de l’estime pour madame Bachelot. Mais je me souviens, comme d’une drôle d’histoire, d’un conflit
    qui l’avait opposé à un animateur de télévision qui, lors d’une soirée - où d’ailleurs, l’on se demandait un peu ce qu’elle foutait là… Que font les hommes ou femmes politiques dans de  telles galères ?- s’était moqué de son rire, lui prêtant une connotation sexuelle. Sa réaction, très violente, dramatique même -elle était allée jusqu’à refuser les excuses publiques de
    cet animateur- m’avait paru compréhensible et légitime. L’ayant vu l’autre soir à la télévision, les mâchoires serrées, le visage fermé, déclarer sa faveur pour ce texte répressif, dégradant, attentant de plein fouet aux libertés publiques, celle de se prostituer, comme celle de payer un service sexuel à un adulte consentant, j’ai pensé soudain que Laurent Ruquier avait du mettre le doigt (si j’ose dire…) sur un vrai problème. Que je connais. Ma mère avait le même. Il m’a fallu quelques années (et que je la joue dans de nombreux spectacles) pour le comprendre et l’assumer. Ma mère était une obsédée. Une vraie. Gravement perturbée, que sa frustration agitait parfois jusqu’à la démence, déclenchant en elle des accès d’une violence affreuse, castratrice et terriblement prédatrice. Pour ses enfants, pour son mari et surtout pour elle-même. Elle en a tout perdu, jusqu’à la vie. Je n’ai pu non plus faire semblant de ne pas voir dans les féroces demi-sourires de ces quelques « féministes» de gauche déclarant sur ce même écran leur satisfaction au sujet de cette loi qui allait, je les cite « apprendre un peu aux hommes qu’on ne paye pas une femme pour lui faire l’amour» les symptômes de ce mal.

    Un roman parle de cela. Celui, admirable, de Christine Angot, Les petits. Encore que dans un roman on ne «parle» pas «de», on écrit et qu’il ne s’agit pas d’un témoignage mais d’un récit, elle décrit une chose secrète, taboue, presque inavouable : la violence des femmes. On parle
    beaucoup – quoiqu’encore pas assez, c’est l’un des plus graves problèmes de notre société – de celle qui leur est faite. Du coup, c’est terrible, on ne peut plus parler de ce que Christine  Angot, avec un très grand courage -qu’elle paye aujourd’hui, comme autrefois Flaubert, devant les tribunaux- décrit sans pitié, avec la froideur et le savoir-faire d’un chirurgien de
    l’âme et de la société, la plaie la plus secrète, quelque part la plus abominable : la dégradation, la dérive et finalement la faillite d’un « féminisme» qui, s’inspirant du fameux «modèle
    suédois», -celui-là même qui permet à une journaliste adulte et responsable ayant accepté une relation sexuelle sans préservatif d’en faire envoyer l’auteur en prison- se consacre aujourd’hui à la pratique de cette nouvelle chasse à courre dont l’homme est le gibier, qu’il soit célèbre comme Julian Assanges, Bertrand Cantat ou Roman Polanski, ou inconnu (tel le soldat) comme moi, réduit que je suis désormais à ce statut pénal de «client de prostituées».

     

    Donc, je m’explique : ce que j’ai trouvé et que je trouve encore au bout de tant d’années auprès des personnes qui ont choisi de louer (et sûrement pas de vendre) leur corps et leurs talents pour de l’argent n’a rien à voir avec ce qu’une relation dite « normale» peut offrir de bonheur, d’amour et de plaisir ; comme d’ailleurs de souffrance ou de désespoir. Car l’amour, le bonheur et le plaisir se paient cher, tout le monde le sait ; dans son cœur comme dans sa vie. Les livres, les films ou les pièces de théâtre - ces laboratoires, les seuls où cette matière humaine si complexe est décrite, autopsiée, parfois même comprise - en sont pleins. On s’en  nourrit. Seule la relation sexuelle avec une personne qui demande de l’argent pour cela peut se prétendre et s’affirmer comme réellement gratuite. Si ce n’est cette somme d’argent,  librement et ouvertement échangée, si faible d’ailleurs au regard du «service» rendu – et que je déteste cette formulation ! Le sentiment n’est pas forcément exclu de l’échange, mais mis à l’écart ; il ne fait pas partie de la transaction, il ne « compte » pas. Donc, la souffrance non plus. Le ou la prostitué(e) ne fait que dévoiler et assumer le rapport d’argent et de commerce tapi sous n’importe quel rapport amoureux ou sexuel, - du dîner offert à la personne qu’on drague, ou qu’elle se fait offrir, jusqu’à -bien pire et plus banalisée- l’estimation de la situation sociale et financière de celle, homme ou femme, prétendant au coït ou au mariage. La prostituée -ou la personne qui décide de se livrer pour un moment à la prostitution- nous libère de ce chantage, de ce non dit, nous en délivre. On peut -enfin !- baiser gratuit.

     

    Cette proposition de loi, bien sûr, ne parle pas de cela. Mais des « réseaux». Ah, ces réseaux, comme ils sont bienvenus ! Comme il est plus facile - et rentable à tous points de vue : électoral, moral, télévisuel - de proscrire et interdire une activité humaine aussi nécessaire, vitale ; et sacrée, car son objet est la jouissance et donc, que ça vous plaise ou non, le bonheur  un bonheur simple, court, éphémère comme un orgasme, oui, mais aussi comme ce bref sentiment de liberté qui, le temps d’un instant, nous émeut, nous encourage en plein milieu de ce fleuve de soumission, d’esclavage, de servitude, qu’il nous faut chaque jour traverser, où chaque jour qui se lève nous retrouve à moitié noyés. Ah, oui, certes, il est plus facile de s’en prendre à ce moment de vie que de traquer vraiment, policièrement, militairement, ces fameux  réseaux, - bien réels, c’est un fait, il ne viendrait à l’esprit de personne de le nier ; mais je n’écris pas ce texte pour parler de cela, tout le monde le fera, ne fera que ça et bien mieux que moi. Comme il sera moins dangereux et surtout plus amusant pour les policiers comme pour les télés de prendre en chasse ces malheureux « clients» hagards, vulnérables et culpabilisés, pantalon sur les pieds, ainsi que leurs partenaires, les plus malheureuses encore prostituées,  doublement, triplement, infiniment humiliées ! On voit déjà l’aubaine pour M6 ou certaines émissions de France 2. Comme ils vont pouvoir en tirer tous les divertissements qu’autorisent -et encouragent pour sa publicité- cet État moraliste et immoral, ce proxénète officiel et donneur de leçons.

    Comment est-il possible qu’en 2011 en France, des caméras de télévision aient le droit de filmer des policiers en train de pourchasser, interpeler, malmener, invectiver des êtres humains qualifiés pour l’occasion d’ « individus » ou « délinquants» et que ce spectacle infâme, indigne, obscène et dégradant puisse être livré gratuitement, comme une sorte de  pornographie légale, une corrida humaine autorisée, des jeux du cirque tolérés, aux familles françaises bien-pensantes pouvant ainsi se repaître en toute hypocrisie du spectacle du malheur et de la punition des autres ? Comment est-il possible que soit proposée et protégée une telle prostitution?

     

    Je ne finirai pas cette chronique sans redire aux «filles» combien je les aime et les respecte, qu’elles sont mes sœurs, mes frangines, mes pareilles, - j’en suis une : sur la scène, la mienne, celle du théâtre (à une époque ce fut aussi celle de la rue), moi aussi je fais jouir. Avec mon corps, avec ma voix, avec mes mots ; et même avec ma vie. Pour un prix dont je m’efforce qu’il soit toujours le plus bas possible, quand j’essaie de donner en échange la prestation la meilleure. Autrement dit, j’essaie d’être une bonne pute, et si possible la meilleure sur le marché. Je ne finirai pas non plus sans leur redire que ce n’est pas cette loi scélérate qui m’effraiera, me culpabilisera, ni ne m’empêchera de revenir les voir où qu’elles seront, se planqueront, se terreront, pour les aimer encore et les payer pour ça. Il est un film qui, mieux que tous  les autres, incarne la France dans le monde entier, son cœur et son esprit. Il raconte une histoire d’amour, la plus belle, la plus ancienne, éternelle, entre un acteur et une putain. Joué par Jean-Louis Barrault et Arletty, il s’appelle Les Enfants du Paradis.  
    Libération - Société :

    http://www.liberation.fr/societe/01012331686-moi-philippe-caubere-acteur-feministe-marie-et-client-de-prostituees



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  • Point de vue

    Indignez-vous, oui mais…

    Slate.fr – 8 janvier 2011 - http://www.slate.fr/story/32517/indignez-vous-suite-eric-le-boucher

     Stéphane Hessel nous exhorte à nous «indigner» contre la société capitaliste, contre le règne de l’Argent, qui imposent une régression sociale et la remise en cause du modèle républicain. A mes yeux, cette analyse est fausse.

    Les réponses à mon article sur le livre de Stéphane Hessel, très critiques en général, sont intéressantes car elles portent sur ce que certains estiment être l’essentiel du malaise français, sur les «valeurs», sur le creuset de la République et de la France. Le fond de la divergence est celui-ci: Stéphane Hessel nous exhorte à nous «indigner» contre la société capitaliste, contre le règne de l’Argent, qui imposent une régression sociale et la remise en cause du modèle républicain. A mes yeux, cette analyse est fausse.

    A nouveau, je n’ai rien contre la personnalité de Stéphane Hessel au contraire. A nouveau, je n’ai rien contre l’indignation, au contraire. Je voulais d’abord souligner mon irritation contre une évidente indignation-spectacle à la française. A Noël, il faisait bien d’offrir à tout le monde le petit livre de Hessel. Voilà qui vous classait dans noble catégorie «des indignés». C’est peu coûteux, 3 euros le livre, mais ça rapporte gros en affichage poitrinal de ses «valeurs». Moi, Monsieur, je suis pour la solidarité! Le succès du livre m’a irrité pour cette solidarité en toc, ces valeurs en carton-pâte. Le sentiment d’indignation est salutaire, en effet. Il est premier, instinctif, il part de sa morale intérieure. Très bien. Mais les 500.000 lecteurs de Hessel ne devraient pas louper le passage du livre où l’auteur rappelle sa formation intellectuelle sartrienne et souligne que la suite nécessaire de l’indignation est «l’engagement». En France, Noël 2010, la belle indignation sera-t-elle suivie d’un minimum de conséquence ou le noble mais facile sentiment se suffira-t-il à lui-même? La France souvent se paie de mots… Mais OK, j’ai tort. Je minimise le phénomène, je le résume à tort à son côté médiatique et «bobo».

    Le succès du livre dit bien autre chose: il est une sorte de salutaire rappel aux valeurs françaises, républicaines et sociales, à l’heure où, justement, on a l’impression que tout cela vole en éclat. Nous voici au fond: ces valeurs et leur érosion. L’idée de Hessel à laquelle adhère donc une grande majorité des lecteurs-commentateurs de Slate est que le libéralisme, la mondialisation, l’économie de marché, la finance, Nicolas Sarkozy etc, conduisent à la destruction de ces valeurs auxquelles sont attachés les Français, valeurs qui sont l’ADN de la France depuis la Libération. Il est temps de «s’indigner» et de se lever pour les défendre!

    Pour le dire directement:

    1) Ces valeurs «françaises» de la Résistance sont mythifiées.

    La France n’a pas de quoi se vanter tant que ça.  Il suffit de voir ses échecs: l’intégration loupée, les banlieues ghettos, les 150.000 enfants abandonnés sans aucun savoir scolaire ou professionnel, le chômage persistant depuis trente ans, le sort ignoble fait aux jeunes, les prisons immondes. Etc. La France est un pays égalitaire en théorie, inégalitaire en vrai, découpé en statuts et maintenant une forte reproduction sociale de ses castes (j'en ai déjà parlé dans cet article sur polytechnique). 

    2) Les valeurs de solidarité ne sont pas attaquées «en tant que telles» par la mondialisation, la finance, Sarkozy et tutti quanti.

    Il faut sur cette question être beaucoup plus nuancé. Le thatchérisme, les déréglementations, l’ouverture des frontières ont libéré des forces considérables qui font pression à la baisse sur les salaires et sur le social en général. C’est vrai. Mais c’est sans doute le prix à payer pour sortir de la misère des milliards d’habitants du sud. Est-ce de cela qu’il faut s’indigner? De voir nos avantages d’hommes blancs un peu rognés pour laisser une part des richesses aux pays émergents? Surtout, cette «pression» du capitalisme n’a rien de terrible en vérité. Si cela était, on aurait assisté à une baisse générale et massive des prélèvements depuis trente ans. Or, les impôts et taxes ont cru dans l’ensemble de l’OCDE (pays développés) de 29% du PIB en 1975 à 32% en 1985 et 35% en 2008 et en France de 35% à 43% en 1985 pour plafonner ensuite. On ne peut pas dire que le niveau de socialisation soit en régression. D’ailleurs la Scandinavie, modèle social, aurait dû être rayée de la carte. Elle est toujours là avec une forte croissance et avec un taux de chômage bas. Il est faux de parler d’un «complot de la mondialisation et des riches contre le progrès social». 

    Prenez les retraites. Elles ne sont pas menacées dans leur existence ni par Sarkozy, contrairement à ce que dit trop vite Hessel, ni par la mondialisation. Elles ont un déficit de financement qui provient de l’allongement de la durée de vie.

    Prenez le lourd problème des inégalités. Elle croissent, c’est vrai, récemment, d’abord à cause de la pointe des hauts revenus qui ont explosé. Ce phénomène-là est lié à l’argent: les actionnaires ont pris le pouvoir dans les entreprises et ils gratifient les dirigeants. La solution est fiscale donc politique. A souligner quand même que les actionnaires sont souvent des fonds de pension qui gèrent l’argent… de  retraités. Il y a là une «financiarisation» qui a à voir avec le vieillissement de nos populations développées: nous privilégions les dividendes parce que nous privilégions les vieux! Les inégalités croissent aussi à cause d’un phénomène beaucoup plus vaste et plus difficile à corriger: le pincement des classes moyennes dont l’origine est technologique. Dans les pays industriels, les métiers de qualifications moyennes sont robotisés, informatisés. Est-ce attribuable au «règne de l’argent» ou au progrès technique? Encore une fois, il faut nuancer.

    3) Ce qui mine les valeurs sociales est beaucoup moins l’ouverture à la mondialisation que l’immobilisme, le renoncement aux réformes, le refus de tout changement.

    La France craque dans ses habits d’hier, trop usés. Voilà le fond de notre divergence: pour moi, le social français adapté à l’économie taylorienne de l’après-guerre «protège» encore les emplois à vie et à temps plein, mais laisse en déshérence les nouvelles souffrances de l’économie-monde d’aujourd’hui. Il ne prépare pas les enfants, il ne  «protège» pas les salariés qui doivent changer de job, il ne fait rien pour faciliter la mobilité, pour donner une nouvelle chance, etc.

    Les Hesseliens pensent que le problème, c’est le social. Ils clament que le capitalisme libéral voudrait le détruire parce qu’il serait trop coûteux. Ils se trompent. Le problème ce n’est pas le social, c’est son efficacité. Je dirai la même chose des autres valeurs morales, le respect des autres, la laïcité, l’éducation... que la France n’a pas su défendre face aux changements des  modes de vie d’aujourd’hui, à l’individualisme, aux divorces, à l’immigration. Le modèle républicain, qui a été établi en 1945 par Stéphane Hessel, n’est pas remis en cause per se mais parce qu’il n’a pas su s’adapter. La France défend aujourd’hui si mal ses belles valeurs qu’elle se ruine, les perd et se mine le moral.

    Eric Le Boucher

    http://www.slate.fr/story/32517/indignez-vous-suite-eric-le-boucher


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